Giovanni Anselmo MAM 3
© Yves Bresson / MAM

Expo : Giovanni Anselmo, brut de pierre à Saint-Étienne

L’artiste italien Giovanni Anselmo, associé au mouvement de l’Arte Povera, déploie huit pièces au musée d’Art moderne, pour un moment de poésie pure. L’exposition sera visible jusqu’au 24 janvier, mais la collection d’Arte Povera du musée présentée en regard ne l’est que jusqu’à dimanche…

Giovanni Anselmo – Vue de l’exposition © Yves Bresson / Musée d’Art moderne et contemporain de St-Étienne

© Yves Bresson / MAM

Sans le vivant point d’équilibre

Il y a une œuvre phare, Struttura che mangia l’insalata  : une laitue coincée entre deux blocs de granit tenue par un fil de cuivre. Inexorablement, la salade flétrit, perd de son volume et met en péril le maintien de la pierre. Il faut alors changer le végétal, tout aussi inexorablement. Sans le vivant, point d’équilibre entre les deux éléments, entre le végétal, fragile, d’une part et le minéral, éternel, d’autre part.

La précarité de l’œuvre (réalisée en 1968), la poésie qui s’en dégage et le rapport au temps sont la marque de fabrique de Giovanni Anselmo (né en 1934), figure de proue de l’Arte Povera. Succédant à l’exposition consacrée à son collègue Giuseppe Penone en mai dernier au musée de Grenoble, la rétrospective que lui consacre celui de Saint-Étienne réunit dans l’espace central huit pièces réalisées entre 1967 et aujourd’hui.

Toutes les formes du granit

Le granit noir, matériau prédominant chez Anselmo, décliné sous plusieurs formes, déploie un paysage gris qui tantôt défie les lois de l’apesanteur (Gris qui s’allègent vers l’outre-mer, série de 22 pierres suspendues en binôme par un fil de fer au mur, convergeant vers un aplat rectangulaire, sorte de trou bleu) ou au contraire s’étend au sol comme un champ de ruines (Où les étoiles s’approchent alors que la Terre tourne).

Mais les blocs de granit peuvent servir de promontoire d’où l’on domine un tapis de terre moulue marron au centre duquel est enfouie une petite boussole. Si l’on connaît donc sa position cardinale, on ignore tout à fait le temps (cf. Documentation d’interférence humaine dans la gravitation universelle, variation photographique infime d’un paysage au soleil levant ou couchant selon le sens de lecture que l’on fait de ces minuscules frames en noir et blanc).

Associations libres

Giovanni Anselmo – Vue de l’exposition © Yves Bresson / Musée d’Art moderne et contemporain de St-Étienne

© Yves Bresson / MAM
Giovanni Anselmo – Vue de l’exposition.

Il y a toujours chez Anselmo association de matériaux, de mots, contradiction d’un titre avec ce qui est montré, qui perturbent la perception que l’on peut en avoir ou demandent un temps de réflexion et, a fortiori, ouvrent les œuvres : Invisible montre un bloc de pierre gravé du mot “visible” sur un des bords ; on découvre avec un léger décalage la lumière colorée (de la peinture acrylique) qui émane au-dessus de quatre blocs verticaux de granit noir.

Ce qui fait aussi toute la beauté du travail d’Anselmo, c’est la place laissée au vide. Comme autour de cette main dessinée et à peine finie au beau milieu d’une large page, qui semble tendue vers nous, ou celle que l’on tend pour pouvoir lire le mot Particolare, projeté dans le néant si nous ne servions pas de support.

Art pauvre

Le musée replace l’œuvre d’Anselmo dans un ensemble de pièces issues de l’Arte Povera, dont la Struttura che mangia l’insalata précitée, une Suite de Fibonacci par Mario Merz, un arbre débité de Penone, ou encore Divisione e moltiplicazione dello specchio, une installation de mobilier-miroir de Michelangelo Pistoletto.

Mouvement artistique dont la réflexion portait sur la dialectique entre nature et culture au moyen de gestes simples et matériaux naturels, l’Arte Povera a marqué la fin des années 1960 par l’extrême sensibilité et la ténuité des œuvres. Dans un rapport très massif aux matériaux, terrestre dirait-on, les œuvres de Giovanni Anselmo relèvent de cette même veine, tout en ménageant une touche céleste : “Tandis que la main indique, la terre s’oriente, les étoiles s’approchent d’un empan de plus, les gris s’allègent jusque vers l’outre-mer” (poème introductif écrit par l’artiste).

Rétrospective Giovanni Anselmo – Jusqu’au 24 janvier, au musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne.
Ouvert le 31 décembre jusqu’à 16h30 et les 2 et 3 janvier.
• Également au MAM en ce moment : les dessins mystérieux de Pierre Seinturier, les paysages du photographe coréen Dae Bien-U et l’hommage à William Blake de Nina Kovacheva.

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