Délivrance : Amère Nature

Une bonne raison de réfléchir à deux fois avant d'envisager la descente des gorges de l'Ardèche cet été.

Délivrance ****

De John Boorman. Avec Jon Voight, Burt Reynolds, Ned Beatty. Thriller. Etats-Unis. 1h50.

Dernière diffusion le dimanche 1er juin à l'Institut Lumière, 25, rue du Premier-Film, Lyon 8e. 04 78 78 18 95 ou www.institut-lumiere.org.

Quand Ed, Lewis, Bobby et Drew, quatre citadins, décident de se payer une petite descente en canoë au fin fond de la Géorgie (avant que tout le site ne soit inondé par la construction d'un barrage), ils ne s'attendent guère à vivre l'enfer. C'est sans compter sur l'hostilité des locaux, des rednecks ravagés par la consanguinité et coupés de la civilisation. Comme le dit l'un des autochtones, en guise d'avertissement aux aventuriers du dimanche, entrer sur la rivière est facile, le problème c'est d'en sortir. Et d'en sortir vivant. La présence de Lewis (Burt Reynolds, publicité vivante pour la testostérone), un surhomme avide d'aventure, ne les aidera guère. Quand il se brise la jambe dans un rapide, il devient carrément un poids mort. Et c'est le timoré Ed (Jon Voight, tout en intensité écarquillée) qui devra prendre les choses en main et apprendre la survie. Si le film de Boorman a choqué lors de sa sortie en 1972, c'est notamment pour sa violence crue, symbolisée par la scène de viol au grand air dont est victime Bobby. Après ce film sur l'impossible retour à la Nature, Boorman réalisera une dizaine d'années plus tard, son anti-Délivrance : La Forêt d'Emeraude, l'histoire d'un jeune citadin adopté par une tribu amazonienne, où il célébrera la dimension nourricière et spirituelle de la Nature face aux assauts de l'homme (il y est aussi question d'un barrage qui menace la rivière). Interprété en son temps comme une métaphore de la guerre du Vietnam, mais aussi de l'arrivée des premiers colons sur le continent, on dit que Délivrance inspira notamment Michael Cimino pour Voyage au bout de l'enfer. Mais le film annonce aussi toute une série de "survivor movies", dont il est le mètre-étalon : Sans Retour de Walter Hill (1981), où des militaires en manœuvre sont victimes de méchants paysans du Sud, ou encore La Colline a des Yeux (1977), version gore, dégénérée et post-atomique de Délivrance. En 2006, le britannique Christopher Smith, réalisera même Severance, une version ironique et corporate de Délivrance, où un séminaire d'entreprise en Hongrie vire à la boucherie sous les assauts répétés de villageois timbrés. Au fond, derrière sa dimension panthéiste, le message universel de Délivrance est peut-être plus simple qu'il n'y paraît : "méfiez-vous des bouseux". A méditer à un mois des vacances.

KM

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