Baptiste W.Hamon

Country : un Bourguignon pour enflammer Lyon

Country. Toujours un pied aux States et l’autre en France, le Bourguignon Baptiste W. Hamon cache sous un improbable alliage de country music et de chanson française, dans leurs acceptions les plus nobles, un talent d’écriture qui en fait sûrement l’un des plus grands talents, par trop méconnu, du paysage musical hexagonal.

Lorsqu’on a découvert Baptiste W. Hamon avec sa chemise à carreaux et sa casquette de camionneur siglée Chablis (né dans les Yvelines, grandi à Nice, il arbore fièrement ses origines bourguignonnes), on a vu un jeune homme réaliser ce qu’on pensait impossible : livrer une musique dans la plus pure tradition country américaine assortie de textes remarquables chantés en français.

Pour ainsi dire un véritable oxymore musical, un blasphème presque, aussi bien pour ce monument de la culture américaine qu’en France où la country, réhabilitée sur le tard par un Johnny Cash devenu hype à l’approche de la tombe, a souvent été réduite à une musique pour cow-boys amateurs de rodéos et de cravates-ficelles à tête de bison. Sauf que la country de Baptiste W. Hamon ne se réduit pas à véhiculer une Amérique de carton-pâte telle que fantasmée jadis sur les cartes postales ou dans les vieilles scies wok’n’woll de Dick Rivers ou Monsieur Eddy, pas plus qu’il ne se contente des évocations impressionnistes d’un Murat ou d’un Belin.

Hamon fait bien mieux que ça, il l’incarne, cette Amérique, sans la flatter, dans des chansons dont l’apparente simplicité voile la grande sophistication. Cela sans chercher à se prendre pour un autre, et sans se soucier de la réception, déclamant sur l’un de ses premiers grands titres, Joséphine : "Allez, chante ma douce, c’est si bon l’insouciance."

Grands maîtres

Au vrai, Baptiste a deux grands maîtres avoués qui ont fait se télescoper fort naturellement ces deux continents musicaux que sont la country et la chanson : Townes Van Zandt (à qui il consacre une chanson sur son premier album), et Jacques Bertin, journaliste, poète et chanteur rennais, double lauréat du grand prix Charles-Cros, dont la carrière s’est faite à contre-courant du grand fleuve de la variété française. Deux noms qui ne disent peut-être pas grand-chose à grand monde mais qui ont le mérite d’affirmer une position claire, de dessiner un cadre dans lequel se construire.

Comme chez le trio Ferré-Ferrat-Ferrer, auquel il fait beaucoup penser aussi, comme chez Jean-Roger Caussimon, collaborateur du premier cité, Baptiste W. Hamon a quelque chose d’à la fois infiniment auroral et triste à mourir, se "balladant" comme ses aînés, dans le paysage de la si sacrée chanson française comme un hobo aux poches crevées, un homme que la solitude transcende, qui chante la vie, l’amour, la guerre (sur le très bel EP Ballade d’Alan Seeger, grand disque sur la Grande Guerre, inspiré par son arrière-grand-père et le père du chanteur américain Pete Seeger, tous deux morts au front).

Frissons d’un autre temps

Ce grand écart permanent n’aura sans doute jamais été mieux symbolisé que par son deuxième album Soleil, Soleil Bleu, où l’on croise, pour une reprise francisée et en duo de son Black Captain, son ami Will Oldham, pape de l’alternative country (qui est au genre ce que le rock indépendant est au rock : un dépoussiérage en règle et un rebattage des cartes) et le Breton à textes Miossec, pour un Hervé, qui n’est pas sans rappeler Reggiani. Symbole paradoxal car Soleil, Soleil Bleu, paru dans le sillage d’un morceau parlé-chanté transi d’amour, Je brûle, est peut-être son disque le plus éloigné de l’ADN country, obliquant vers une pop plus ample et plus orchestrée où son timbre désuet donne ce qu’il aime à nommer des "frissons d’un autre temps".

De frissons, Soleil, Soleil Bleu, en est aussi peu avare qu’un matin de rosée à peine ensoleillé, comme sur les poignants J’aimerais tant que tu reviennes, Le visage des anges et un Comme on est bien au texte sublime : "Chaque jour, nos peines étranglent le temps / Et le temps de demander de l’aide on se renferme et l’on se disait grand / Et tu résistes encore, comme au défi des rêves / Mais le rêve c’est toujours ta peau contre ma peau / Le rêve c’est maintenant, tu me crois ? / Si tu lisais dans mes songes ce soir jusqu’à demain / Tu crèverais les ombres de cet indicible entrain, vois / Comme on est bien." Ainsi traverse-t-on les chansons de Baptiste W. Hamon : avec l’impression d’être chez soi et que ce chez soi est un ailleurs, un entre-deux où se lover, un océan, peut-être.

Baptiste W. Hamon – Le jeudi 3 octobre à A Thou bout d’chant

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Pass découvertes : le prix de la curiosité

À l’initiative de la Ville de Lyon, de la DRAC et de la Région, A Thou bout d’chant, où se produira Baptiste W. Hamon, appartient au réseau Scène découvertes, soit “huit lieux pour sortir curieux” qui comptent aussi le théâtre des Marronniers, L’Élysée, l’Espace 44, Les Clochards Célestes, le Kraspek Myzik, l’école de Cirque de Lyon et le Croiseur. Autant de salles ouvertes sur l’émergence qui proposent un pass scène donnant droit pour 40 euros à 4 spectacles pour 2 personnes sur tout le réseau précité pendant une saison. Soit 5 euros par personne le spectacle. Pas cher payé pour des découvertes qui n’ont parfois pas de prix.

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