Paul Agnew et Les Arts Florissants © Bertrand Pichene
Paul Agnew et Les Arts Florissants © Bertrand Pichene

Ambronay 2018 : Vibrations cosmiques du baroque

Comme chaque année, le festival d’Ambronay prend en charge la transition entre l’été des festivals et la rentrée des saisons classique et baroque. Un rendez-vous placé cette année sous le signe du cosmos…

Bientôt quarante bougies pour le petit festival familial perdu quelque part dans l’Ain, devenu institution incontournable à l’échelle internationale dans le domaine de la musique ancienne. Ambronay, c’est un travail de fourmi dès le départ, en collaboration avec une génération d’interprètes pionniers, mais c’est également un effort constant de valorisation du patrimoine autour de la fameuse abbaye, ses rénovations, son label “Centre culturel de rencontres”. Placée sous le signe des “vibrations” et du cosmos, cette 39e édition réunit, une fois encore, les ingrédients qui ont fait sa réputation : une programmation exigeante, une volonté de défrichage et d’encourager les jeunes et nouveaux ensembles, un cadre historique qui ne se contente pas d’être un écrin pour les concerts mais dont on exploite chaque recoin et potentialité.

Savall présente Copernic

Qui dit cosmos dit astronomie et c’est l’un des parrains spirituels du festival qui illustrera le mieux la thématique 2018. Toujours au rendez-vous, Jordi Savall nous a en effet concocté un tout nouveau programme, baptisé Copernic, Armonia universalis : un récit en musique de la vie de l’astronome polonais (1473-1543). Un de ces concerts “théma” dont le chaman catalan a le secret, qui sera certainement prétexte à un voyage spéculatif et mystérieux au cœur de la Renaissance. Des allusions au cosmos, la musique baroque (et classique) en regorge, comme dans cette Création de Joseph Haydn, interprétée par la cheffe Laurence Équilbey à l’Auditorium de Lyon.

Comme chaque année, les stars se bousculent à Ambronay : Savall, bien sûr, mais aussi René Jacobs à la tête du Freiburger Barockorchester dans l’oratorio programmatique Il trionfo del tempo e del disinganno de Haendel.

La relève passe par la Croix-Rousse

Mais, à Ambronay, la problématique dépasse le fait de programmer des superstars du passé… Encore faut-il veiller à ce que la relève soit assurée. C’est là que le festival tire son épingle du jeu, privilégiant les étoiles montantes et les très jeunes ensembles en développement via le programme d’accompagnement EEEmerging.

De ce point de vue, on suivra de près le programme-hommage à Farinelli par le contre-ténor Valer Sabadus, accompagné par le Concerto Köln. On se ruera aussi au théâtre de la Croix-Rousse pour le nouveau spectacle de l’ensemble Correspondances, audacieux comme toujours, réunissant comédiennes, mise en scène et Songs du XVIIe siècle anglais interprétées par la mezzo Lucile Richardot, soliste titulaire au sein de l’ensemble. Côté musique médiévale, c’est le Sollazzo Ensemble qui nous ravira de certaines des plus belles pages puisées dans l’Ars nova français et italien, aux subtilités étonnantes. Sans oublier la recréation mondiale du Sémiramis de Destouches par le jeune ensemble Les Ombres.

Une décadence florissante

Impossible ici d’être exhaustif tant le menu proposé paraît plantureux, mais citons encore le récital exceptionnel du luthiste Hopkinson Smith, dont les sorties se font hélas rares, ainsi que les Repons des ténèbres du tumultueux Carlo Gesualdo. Ce sont les Arts Florissants en version ensemble vocal, emmenés par le ténor Paul Agnew, qui nous feront vivre ce sommet de la musique polyphonique un brin décadente (mais ô combien envoûtante) à la charnière de la Renaissance finissante et du premier baroque.

Festival d’Ambronaydu 14 septembre au 7 octobre


[Article publié dans Lyon Capitale n°780 – Septembre 2018]

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