Amer Eldorado

J'aurais dû être réduit en savonnette, il se trouve que je ne le suis pas. Le seul moyen que j'ai eu pour vivre avec cette énorme absence, ce trou béant en moi, c'est de rire, ou alors de passer le reste de ma vie à souffrir, puis de me suicider comme Primo Levi ou Paul Celan. Le rire m'a sauvé. Je suis joyeux.' Raymond Federman est né en 1928 à Paris. En 1942, sa mère a juste le temps de le cacher dans un placard avant qu'elle, son père et ses sœurs ne soient arrêtés et déportés vers les camps de la mort. Après la guerre, Federman débarque en Amérique. Amer Eldorado "est le road movie d'un p'tit frenchy débarqué aux Etats-Unis qui s'engage dans l'armée pour obtenir la nationalité américaine". Angélique Clairand et Eric Massé, après avoir monté Les moinous l'an dernier, empoignent encore Federman : "Son œuvre prolifique nous a séduits par son humour grinçant, son écriture mélangeant apostrophes aux spectateurs et allers-retours entre fantasmes délirants et réalité grinçante." Comme en 2006 avec un franc succès partout en France avec L'île aux esclaves de Marivaux, cette saison s'avère fructueuse pour leur compagnie, Les Lumas. Eric Massé a mis en scène le concert inaugural de l'ONL et vient de jouer dans la création de Nathalie Veuillet, San Diego. Outre Amer Eldorado, il créera deux œuvres en janvier prochain : Migrances aux Subsistances et La boîte à joujoux au Théâtre de Villefranche.

Amer Eldorado, mise en scène Angélique Clairand et Eric Massé. Du 12 au 15 novembre au Théâtre du point du jour, 7 rue des aqueducs, Lyon 5. 04 78 15 01 80 ou www.lepointdujour.fr

CRITIQUE

Le prétexte : un jeune juif français sauvé de la Shoah raconte ses périples et ses rencontres humaines, culturelles, sexuelles aux Etats-Unis. On retrouve dans ce spectacle ce que l'on avait apprécié dans San Diego, mis en scène par Nathalie Veuillet, (en octobre dernier aux Subsistances). Des jeunes talents qui, avec peu de moyens, conjuguent rigueur, inventivité, drôlerie, utilisation astucieuse de la vidéo et de la musique, direction efficace de jeunes comédiens fougueux. Nonobstant, ici et là, on regrette les textes qui inspirent leur travail. David Greig pour Veuillet et Raymond Federman pour Clairand-Massé sont certainement des auteurs importants, mais leur prose est, à vrai dire, ennuyeuse, pauvre comme l'est souvent l'autofiction, tellement ruisselante en ces temps d'exhibitionnisme médiocre. Les nouvelles formes artistiques manque-t-elles d'auteurs
convaincants ? Réponse lors de la prochaine création d'Eric Massé sur un texte de Dorothée Zumstein, en janvier aux Subsistances.

Guillaume Tanhia

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