"Renoir de Villeurbanne" : une nouvelle expertise relance l’affaire

Ahmed Ziani, un villeurbannais d’une cinquantaine d’années se bat depuis maintenant 3 ans pour que son tableau, dont il prétend qu’il est du peintre Auguste Renoir, soit authentifié comme tel. Après une première expertise négative, une récente analyse de l’université de Bourgogne vient tout remettre en question.

Tableau d'Ahmed Ziani, supposé

Ahmed Ziani
Tableau d'Ahmed Ziani, supposé "Soir d'été" d'Auguste Renoir

En mai 2014, Ahmed Ziani, un villeurbannais d’une cinquantaine d’années, fait l’acquisition via internet d’un tableau pour la somme de 700€. Après l’avoir minutieusement étudié, l’homme en question y déniche une signature, celle d’Auguste Renoir et une date, 1864. Persuadé qu’il s’agit d’un authentique tableau du célèbre peintre, il décide de le faire analyser.

Une première expertise très rapide, offerte gratuitement par l’institut Wildenstein

En 2016, Ahmed Ziani se rend à l’institut Wildenstein de Paris, un centre de recherche en histoire de l’art, qui lui propose d’authentifier gratuitement ladite peinture. Sur place, le tableau est passé à la caméra multi-spectrale qui permet de visualiser des détails non visibles à l’œil nu. "Quand je suis arrivé, il y avait un certain Monsieur Pascal Perrin, chargé de recherche à la fondation Wildenstein et Monsieur Jean Penicaut de la société française Lumière Technology. Je leur ai laissé le tableau toute la journée, ils m’ont dit d’aller me promener sur Paris. Je suis revenu le soir, ils m’ont annoncé que j’aurais la réponse dans 2 ou 3 jours." Quelques jours plus tard, les résultats tombent. Pascal Perrin et Jean Penicaut sont unanimes : "le tableau de Monsieur Ziani Ahmed n’est ni daté, ni signé." Ce qui rend toute authentification impossible.

Pour Ahmed Ziani, cette expertise réalisée en un après-midi paraît fort suspecte. "C’est une magouille entre ces deux personnes" lâche-t-il. "J’ai dit à Monsieur Penicaut qu’il avait voulu se faire de la publicité en m’offrant l’analyse multi-spectrale. J’aurais préféré payer et que mon tableau soit reconnu. Parce que quand vous payez, et c’est aussi pour ça que la fondation Wildenstein m’a fait l’analyse gratuitement, ils sont obligés de vous faire un avis écrit. Ce sont des marchands d’art, venir sur leur business, ça les dérange parce que ça risque de tout foutre en l’air. Surtout que c’est un des plus gros tableaux de Renoir ! À mon avis, c’est une question financière. C’est un tableau qui est estimé à plus de 200 millions d’euros."

Ahmed Ziani mène l’enquête

Après quelques recherches, Ahmed Ziani poste une annonce sur le Bon Coin où il demande le livre d’un écrivain qui parlerait du tableau "Soir d’été" de Renoir. Une Alsacienne l’appelle et lui fait savoir qu’une de ses amies est en possession d’un livre qui l’intéresserait : un ouvrage de Maximilien Gauthier critique d’art et journaliste dans lequel est écrit où Renoir a exécuté "Soir d’été". "C’est là que j’ai tout enclenché, que j’ai retrouvé le plan d’état major avec mon livre, que j’ai retrouvé les cartes postales du lieu de la peinture et que je me suis rendu à Paris pendant 3 jours à l’hôtel afin de sillonner toute la forêt de Fontainebleau jusqu’à retrouver la carrière des roches Courteau à Veneux-Les-Sablons. C’est un petit village qui est à l’intérieur de la forêt. C’est la région des impressionnistes."

Cartes postales du 18e et 19e siècles : carrières des roches Courteau

Ahmed Ziani
Cartes postales du 18e et 19e siècles : carrières des roches Courteau

Ahmed Ziani se rend aux carrières des roches Courteau à Veneux-Les-Sablons, à l’embouchure du Loing et de la Seine en pleine forêt de Fontainebleau où il retrouve le lieu de la peinture. Monsieur Ziani prend le paysage en photo et commence à constituer un dossier de preuves. "Quand vous regardez mon tableau, Renoir est posé quelque part, on a l’impression qu’il est sur l’eau. En fait, il est sur un pampton. J’ai retrouvé des cartes postales datant du 18e et du 19e siècles représentant les carrières des Roches Courteau. C’est le même paysage, mais bon, comme c’était une falaise calcaire, la falaise a été dégagée de la rive. Il y avait une petite maisonnette et comme il n’y avait personne, j’ai été derrière la petite maisonnette et c’est là que j’ai photographié ce qui reste de la falaise calcaire. Et j’ai retrouvé le pampton car à l’heure actuelle, il reste un petit bout du pampton où Renoir était assis."

"Le nom et la date sont probablement codés en utilisant le motif de l’herbe."

Afin de contrer la première expertise de l’institut Wildenstein, Ahmed Ziani entre en contact avec Alamin Mansouri et Gaëtan Le Goïc, tous deux professeurs à l’université de Bourgogne d’Auxerre. Ce ne sont pas des experts en art mais Monsieur Ziani ne leur a demandé d’analyser que les herbes au bord de l’eau car c’est là qu’il pense avoir trouvé le nom du peintre ainsi qu’une date. En juin 2016, Monsieur Ziani leur apporte le tableau accompagné de toutes ses recherches scientifiques et administratives. Les résultats de l’analyse des deux professeurs sont récemment tombés. Monsieur Ziani tient le rapport scientifique entre ses mains. Sur la page blanche, il est écrit : "le nom et la date sont probablement codés en utilisant le motif de l’herbe."

Ahmed Ziani a ensuite transféré le rapport du docteur Mansouri au cabinet d’avocats de Maître Welzer qui s’occupe du dossier. Même si elle semble en bonne voie, l’affaire risque de prendre encore un peu de temps. Cela ne semble cependant pas décourager le Villeurbannais qui lâche plein d’espoir : "je ne peux pas laisser tomber !"

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