Quand j’étais chanteur (entretien avec Michel Delpech)

En plus de quarante ans de carrière Michel Delpech a connu le succès comme les désillusions. De ses concerts en première partie de Jacques Brel, jusqu’à la sortie de son nouvel album Sexa en juin 2009, l’interprète de Pour un flirt avec toi s’est toujours appliqué à travailler selon ses envies. À l’occasion de son concert le 26 novembre à Lyon, il revient sur sa carrière.

Lyon Capitale : Après plus de quarante ans de carrière, quel regard portez-vous sur votre parcours ?

Michel Delpech : Lorsque je vois certains artistes des années 60/70 qui n’ont connu qu’un succès, je me dis qu’être auteur compositeur, ça m’a sauvé. J’ai toujours été un peu décalé par rapport au mouvement yéyé, j’étais dedans sans en faire vraiment partie. J’ai la chance d’avoir eu un public qui répondait toujours présent et qui ne m’a pas oublié.

Vous avez pourtant traversé une période de dépression dans les années 80…

Avec du recul cela m’a apporté du bon. Le cerveau humain est fantastique, il ne garde que le positif. J’ai la faculté d’oublier extrêmement vite les choses douloureuses. Je ne suis pas rancunier, je pardonne facilement.

Vous avez entamé une nouvelle série de concerts, comment abordez-vous cette tournée ?

Concert est un mot prétentieux, je préfère dire spectacle. Quand on me parle de concert, je pense plutôt à de grands artistes américains tels que James Taylor ou Bruce Springsteen. Mon spectacle évolue sans cesse. Ma prestation du 26 novembre à Lyon sera sûrement très différente de celle que je ferai en mars 2010 au Grand Rex à Paris. Cependant, en live, je ne veux pas prendre le parti pris de transformer mes chansons, les changements s’opèrent sur d’autres points. Je donne aux gens ce qu’ils attendent de moi. Il y aura des anciens titres, mais aussi des plus récents. Quand je vois des enfants qui connaissent mes tubes par cœur, ça me touche.

Cette passion de la scène vous anime-t-elle depuis toujours ?

Quand j’ai débuté, j’avais peur du live. J’étais jeune et mon public était essentiellement féminin. Les hommes ne m’aimaient pas. Ce n’était pas toujours de tout repos. En plus j’étais plus fragile et ça a duré de longues années avant que j’arrête de croire que la scène n’était qu’une obligation. Aujourd’hui c’est elle qui me motive. Je me sens moi-même. C’est là que je suis le plus heureux. Quand je ne tourne pas je m’ennuie.

Aujourd’hui on parle beaucoup de piratage, en tant qu’artiste cela vous fait-il peur ?

Je ne suis pas à la pointe, donc loin d’être un hacker. J’écris encore sur un carnet. Je suis profondément “old school” mais je ne crois pourtant pas en la dématérialisation. Aujourd’hui nous sommes dans une époque ou la quantité passe avant la qualité. On ne regarde plus le film en entier, juste le moment qu’on aime. Personnellement, j’écoute de la musique sur des trucs pas possibles. Il me faut juste une touche lecture/stop. Je suis plus vinyle que mp3.

Par contre en studio je suis exigeant. Avant j’enregistrais en Angleterre pour avoir le meilleur son. Un jour j’en suis arrivé à mettre un album entier à la poubelle alors qu’il était terminé. Je ne sais même pas s’il a vraiment été détruit. Peut-être qu’il ressortira quand je serai mort. Je n’espère pas, c’était très mauvais.

Comment se déroule l’écriture de vos albums ?

En classe, j’étais le partisan du moindre effort. Je n’ai jamais été du genre à faire une chanson tous les matins. Il me faut une carotte pour avancer, en l’occurrence l’idée que je vais en faire un album puis une tournée. En fait c’est tout un trip. À un moment donné j’ai quelque chose en moi qui doit sortir et je l’extériorise. À chaque fois, j’essaie de faire la meilleure chanson possible.

Dans votre dernier album Sexa vous portez un regard très critique sur la télévision, qu’est-ce qui vous énerve au point d’y consacrer une chanson ?

Je n’arrive pas à comprendre pourquoi les gens se confient à la télé, qu’est-ce qui les pousse à l’exhibitionnisme ? Avant on allait voir l’instit’ ou le curé, maintenant c’est l’animateur et la caméra qui font référence. Par contre je ne mettrais pas la Star academy sur le même plan. Je parle uniquement des émissions où l’on vient se répandre. Pour la Star ac’ les mômes ont l’ambition de chanter, je trouve ça sain. Il y a des gens pas mal qui en sortent mais beaucoup restent sur le carreau. C’est la vie. Quand j’étais ado, j’ai fait un radio crochet sur une plage de Bretagne. Je me suis fait recaler. J’étais déprimé mais j’étais aussi opiniâtre. On est obligé de l’être dans ce métier et ça m’a permis de m’en sortir.

En 2007, vous vous êtes engagé aux côtés de Ségolène Royale, le referiez-vous ?

Je l’ai soutenue à cause de Dominique Besnehard qui était proche d’elle. Mais je ne recommencerai jamais à prendre parti officiellement. Je ne me sens pas bien au milieu de tout cet étalage. Je suis observateur du monde politique. Je trouve que tout est devenu lamentable. Entre Sarkozy qui fait de la présomption de culpabilité dans l’affaire Clearstream ou un PS toujours divisé, tout m’énerve. Même Bayrou que j’aime beaucoup m’a déçu lorsqu’il a dérapé en direct face à Cohn-Bendit. Les hommes politiques ne savent plus se tenir, ils font des fautes de français à tous les mots. D’un point de vue strictement culturel, De Gaulle ou Mitterrand, c’était autre chose. J’en suis arrivé à ne plus regarder les informations. Lorsque j’allume ma télé ce n’est plus que pour voir des documentaires ou du foot, ça m’aide à rester serein.

Michel Delpech à la Bourse du Travail de Lyon le 26 novembre 2009.
Album Sexa, déjà disponible.

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