L’Islande, aux sources d’une île

Durement touchée par le krach boursier d’octobre 2008 et la dévaluation spectaculaire de sa monnaie, il y a un point sur lequel l’Islande ne sera jamais en crise : la beauté ”larger than life”, et le charme lunaire de ses sites naturels.

L’Islande fait partie de ces pays du bout du monde dont on n’entend guère parler. La faute à la discrétion de sa population, descendant à part égale des vikings et de leurs esclaves anglo-saxons, et à leur propension quasi nulle à chercher des noises à leurs voisins (facile, certes, quand on n’en a pas). Ces dernières années, on a entendu parler de l’Islande pour deux raisons. La première est une chanteuse mondialement connue répondant au nom de Björk, dont la voix baroque provoque, au choix, poussées extatiques ou descentes d’organes. Celle-ci a d’ailleurs tant fait pour la renommée de son pays que l’Etat islandais lui a offert une île qu’elle a refusée (qui a besoin d’une île ?).

La seconde c’est la récente crise économique qui a plongé ce pays florissant, premier mondial à l’Indice de Développement Humain (1), dans une situation gravissime. Pour s’en remettre, ces vikings à l’éternel optimisme pourront toujours compter sur trois atouts majeurs : l’aluminium (sujet de controverse nationale, à cause de la pollution que l’industrie engendre), la morue (sujet de controverse internationale, car c’est pour préserver cette ressource d’exportation que les Islandais chassent la baleine et ont fait “la guerre” aux Britanniques (2)) et, last but not least, le tourisme.

Sur ce point, la crise économique est presque un bienfait, pour le touriste comme pour l’Islande. Car la vie en Islande est réputée très chère et en proie à une inflation galopante (20 % depuis janvier). Mais la couronne islandaise s’étant effondrée, le change est extrêmement favorable aux touristes de la zone euro. Bien entendu, l’Islande a autre chose à offrir qu’un taux de change aguicheur et des boutiques Tax Free à tous les coins de rue.
Marcher sur la lune

Pour les amoureux de grands espaces nordiques et ceux qui ont toujours rêvé, tel Tintin ou Armstrong, de “marcher sur la Lune”, l’Islande a peu d’équivalent dans le Monde. Ce pays grand comme la moitié de la France a une population équivalente aux deux tiers de Lyon intra-muros, dont un tiers vit à Reykjavik, l’une des capitales les moins peuplées du monde. C’est d’ailleurs cette “modestie” qui rend Reykjavik si agréable, notamment sa vieille ville et les îles qui garnissent sa baie, et empreinte d’une tranquillité absolue. Laquelle n’enlève rien au caractère branché de la ville, l’une des places fortes du rock mondial (Sugarcubes, Sigur Ros, Emiliana Torrini) très ouverte sur la culture.

Si bien qu’il y a quelques années, une poignée de rock stars anglo-saxonnes y établit ses quartiers d’été. Damon Albarn de Blur y a encore une maison carrée marron du plus bel effet dans un quartier très Desperate Housewives où les 4x4 hypertrophiés semblent toiser la “baie des fumées” (appellation française de “Reykjavik”). Au-delà du charme de Reykjavik, que l’on peut admirer depuis le point de vue en hauteur du “Pearl”, une construction en forme de bulle qui domine la ville, l’Islande vaut surtout pour sa nature que les guides touristiques qualifieront de “sauvage et puissante”, faute de vocabulaire. Ils sont à vrai dire loin du compte pour rendre justice au pouvoir tectonique d’un paysage que le temps n’a pas encore eu le loisir d’éroder.

Ou plutôt de paysages au pluriel, car il suffit bien souvent de cligner des yeux pour qu’une prairie verdoyante (parfois fluo, à cause du soufre) se change en champ de lave ou en désert de roches rouges. Falaises, chutes d’eau colossales, volcans, geysers, champs de lave ou de soufre, glaciers (dont le Vatnajökull, plus grand glacier d’Europe, qui recouvre 8 % de l’île), autant de monuments naturels souvent liés à l’activité volcanique d’une île qui constitue l’une des rares parties émergeantes de la dorsale atlantique. Là où se déchirent les plaques tectoniques américaines et européennes.

Mais l’Islande vaut aussi pour sa faune unique au monde et quasi exclusivement marine : pour les amateurs d’ornithologie (près de 300 espèces d’oiseaux marins) et de baleines, l’Islande est un eldorado. Sur terre, en revanche, l’Islande, dépourvue de batraciens et reptiles, a la particularité de n’afficher péniblement que cinq espèces de mammifères. Parmi eux, le cheval islandais, de petite taille mais dont l’autochtone n’admettra pas que vous l’appeliez “poney”, et plus de 600 000 moutons en liberté dont le sport favori consiste à se jeter sous les roues des voitures : on comprend vite pourquoi, au milieu de nulle part, les Islandais klaxonnent comme en plein Paris.
Tout ou rien

Qu’on ne s’y trompe pas, en dépit de cet isolement absolu, de cette nature coupée du monde et de la marche du temps, les Islandais sont très portés sur les nouvelles technologies : l’ensemble de l’île est couvert par le Wifi et le moindre cabanon a accès au Net. Ce qui, vu de France, semble constituer un authentique exploit. De même, les Islandais ont-ils su exploiter au mieux les richesses naturelles de leur pays. On ne sera alors pas surpris de voir au milieu de paysages vierges de présence humaine, des usines hydroélectriques ou des tuyaux transportant à travers le pays l’eau naturellement chaude jusqu’aux robinets de chaque islandais (où l’eau coule donc à près de 100°, attention aux brûlures).

C’est l’une des multiples contradictions de ce pays, passé du statut de plus pauvre d’Europe il y a une trentaine d’année à celui d’économie florissante (aujourd’hui en péril donc), où nature sauvage et technologie de pointe se côtoient naturellement comme le feu cohabite avec la glace. Et où même le soleil fait dans le “tout ou rien”, travaillant à temps plein les mois d’été et se levant à grand peine pour deux petites heures au cœur de l’hiver (choisir la date de son voyage en fonction de cette donnée).

Et ce sont bien ces contradictions assumées avec force qui donnent à l’Islande ce caractère unique qui fait dire à Jean-Louis Mathon, grand voyageur nordique et laudateur de l’île dans ses ouvrages : “L’Islande demeure une expérience dont on ne revient pas tout à fait intact. Croiser ce pays une fois dans son existence revient à l’inscrire définitivement dans sa mémoire.” On ne saurait mieux dire.
(1) L’indice de développement humain ou IDH est un indice statistique composite, créé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en 1990. Il évalue le niveau de développement humain des pays du monde à partir de nombreux critères tels que la santé/longévité, le niveau d’éducation ou le niveau de vie.
(2) Entre 1958 et 1976, trois “guerres de la morue” ont opposé l’Islande au Royaume-Uni suite à un conflit sur les zones de pêche à la morue. Malgré la violence de certaines opérations d’éperonnage de bateaux, la “guerre” ne fit aucune victime et ne fut jamais officiellement déclarée.

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