Cités végétales : Lyon dans l’imaginarium de Luc Schuiten

Lyon en 2100 ? A quoi ressemblera notre capitale des Gaules dans 90 ans ? Dans l’imaginaire de Luc Schuiten, elle est devenue une « cité végétale ». Cet architecte belge expose à la Sucrière du 27 avril au 27 juin 2010.

Des véhicules futuristes, des habitations sur des arbres, des villes recouvertes de verdure, voici le rêve de Luc Schuiten pour 2100. Dans son exposition « cités végétales » à la Sucrière à Lyon, il dévoile un visage optimiste du futur, inspiré de ses réflexions sur le gaspillage et le changement climatique.

Cet architecte belge, qui se décrit comme un «  homme-volant passionné de 3D », est né à Bruxelles en 1944. En 1968, il participe au Mass moving, un mouvement artistique radical et se réapproprie des modes d’expression. « C’était le temps de la prise de conscience, » justifie-t-il. Dans les années 1970, il s’en démarque pour construire la première maison autosuffisante en énergie : la maison Oréjona. Dans l’exposition, il nous fait visiter en image cet habitat bioclimatique.

Ni science-fiction, ni réalisme

Ses dessins mêlent à la fois la science architecturale, biologique, climatique et la lumière, les couleurs, les formes de « son monde, son univers  ». Ses visions de Lyon en 2100 ont l’aspect des BD futuristes. Pourtant, ce n’est pas de la fiction pour lui. « La science-fiction oblige à raconter quelque chose de palpitant. Moi, je ne veux pas être dans la narration. Je plante un décor futuriste mais pas forcément réaliste. Je trouve important de montrer ce à quoi j’aspire pour demain. Comment peut-on avancer si on ne connaît aucune des perspectives possibles ? »

La nature comme modèle

Dans ses esquisses de ce monde futur possible, l’arbre est un élément essentiel, qu’on retrouve au cœur de son oeuvre. Il explique : « Je prends le vivant comme modèle. Le modèle que nous suivons, le modèle industriel mène dans une impasse, c’est un modèle destructeur qui ne peut pas perdurer. Le vivant, au contraire est durable, se développe, se perfectionne. » Faut-il simplement remettre du vert dans les villes, dans les habitations et prendre la nature comme exemple ? Non, répond l’artiste. Il refuse qu’on assimile son œuvre singulière à de l’Art Nouveau. Il ne fait pas du « biomorphisme  » mais du « biomimétisme  ». Explications : « L’art nouveau ne va pas assez loin. C’est une recherche formelle, intéressante pour son esthétique mais on peut faire mieux qu’être dans l’interprétation de la nature, découper des formes organiques dans l’architecture, on peut travailler avec le vivant directement. » L'expo montre en effet quelques-unes de ses réalisations, notamment le pavillon à 7 côtés, "une archiborescence", bâtie en 1982 en périphérie bruxelloise sur et autour d'un arbre vivant. Elle montre surtout la puissance imaginative de Luc Schuiten qui réinvente les paysages urbains et nous présente un "Urbacanyon", la "Cité des vagues" et les "Habitarbres".

« Recycler les paysages urbains avec la créativité humaine »

Il avoue que ses dessins sont « sûrement symptomatiques de la recherche d’un paradis perdu  ». Pourtant, il ne prône pas un retour à la nature sauvage. Dans la lignée des Nicolat Hulot et Yann Arthus Bertrand, il refuse la modernité « qui nous pousse à jeter des choses parce que les critères de consommation ont changé  » mais cherche « un mode de vie qui apporte le bonheur, où on sera bien dans notre peau, dans nos relations, dans notre environnement. » Il considère qu’ « on est à un carrefour, il est encore temps de prendre les bonnes décisions, de prendre un virage différent.  » Alors on repart de zéro, pour commencer sur de meilleures bases ? Pas question : « construire a un coût énergétique, détruire aussi. C’est pour cette raison qu’il me semble mieux de partir de ce qui est existant mais de recycler les enveloppes. »
Son avis sur la Confluence ? « C’est bien de ne pas laisser à l’abandon ce quartier. Mais je n’aime pas cette architecture qui vise un impact maximum. Je n’aime pas les effets, c’est un appauvrissement des valeurs. L’architecture doit restée liée à un territoire, à une identité locale. Avec ce type de quartier, on perd en diversité architecturale, on obtient des choses stéréotypées, sans créativité humaine. Les maisons devraient être comme des visages.  »

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