Cathédrale Saint-Jean © Tim Douet

10 avril 1312 : Lyon rejoint le royaume de France

Histoire de Lyon - Les XIIe et XIIIe siècles sont marqués par les luttes entre l’Église et la bourgeoisie pour accaparer le pouvoir à Lyon. Révoltes et rébellions vont s’enchaîner, entraînant en 1312 un profond changement : Lyon, ville frontière, rejoint le royaume de France. 

Lyon XIIe siècle, la ville fait partie du Saint-Empire romain germanique et non le royaume de France. La gloire romaine a disparu depuis longtemps. Les ruines ont été largement utilisées pour construire ailleurs et les 15 000 âmes qui peuplent alors la ville ont préféré s’installer au bord de la Saône. Dans ce contexte, Guy II, comte de Forez, et l’archevêque, Héracle de Montboissier, se battent pour la domination de la cité. Cette dernière attise les convoitises par sa position géographique. L’empereur Frédéric Ier Barberousse tente de mettre fin au conflit en 1157, accordant tous les droits à l’archevêque. Guy II résiste pendant un temps, avant de retourner définitivement à ses terres en 1173.

Les graines des futures contestations sont alors semées : l’Église toute puissante domine la ville et la justice. L'archevêque dispose de son tribunal et de sa prison et charge le sénéchal de rendre justice. La bourgeoisie n’a pas d’autre choix que de courber l’échine. Mais elle ne peut se résigner à se soumettre totalement et les tensions vont rapidement apparaître. En 1208, l’église rétablit un impôt taxant les denrées vendues dans la ville. Outragée, la bourgeoisie se rebelle et obtient gain de cause. Régulièrement, elle va s’imposer comme un contre pouvoir et s’organiser en groupe comme les Pennons.

Les archevêques de Lyon doivent également faire face à des luttes intestines dans leur propre camp. Le chapitre de Lyon composé des chanoines désire lui aussi avoir sa part de pouvoir. Ces derniers, héritiers du titre de Comtes de Lyon depuis 1157, ne souhaitent pas se contenter d’organiser la vie de l’église et revendiquent toujours plus de droits. Ils disposent eux aussi de leur tribunal et prison, point de sénéchal pour eux, mais un "chamarier".

La colère de la bourgeoisie

Dès lors, de 1267 à 1320, la vie lyonnaise va être marquée par les affrontements récurrents entre l’archevêque, le chapitre et la bourgeoisie. Cette dernière voue une haine féroce envers les chanoines qui abusent régulièrement de leur pouvoir. Des éléments extérieurs à la ville vont tenter de profiter de ces antagonismes avec plus ou moins de succès. Ainsi. Philippe Ier de Savoie pose ses pions et comprend qu’il doit être en bon terme avec la papauté. En 1244, il protège ainsi le pape se rendant à Lyon. Un an plus tard, Philippe Ier devient archevêque de la ville, mais doit renoncer à la fonction en 1267 pour devenir comte de Savoie. Le lointain évêque d’Autun assure l’intérim. Cette vacance du pouvoir va être saisie par la bourgeoisie, frustrée des exactions des chanoines qui font emprisonner les leurs. Des affrontements éclatent un premier temps en 1267, avant de s’arrêter subitement faute d’organisation.

Les braises ardentes couvent pourtant toujours. En 1269, les bourgeois se soulèvent contre les Chanoines de Saint-Jean. Au cri de "Avant ! Avant ! Lion le melhor", ils occupent le pont de Saône, font fuir les chanoines jusqu’au du chapitre de Saint-Just, l’assiège sans parvenir à le prendre. Les Chanoines utilisent alors la seule arme à leur disposition : l’excommunication.

Ce ne sont pas quelques mots qui vont arrêter les bourgeois : ils pillent, incendies et massacres sur les terres de l’Église dans les environs de Lyon. Durant neuf mois, le chaos est total. Il faudra attendre l’arbitrage entre le roi de France et le Pape en 1270 qui exigent un retour au statu quo pour faire cesser les incidents. La décision soulève une nouvelle fois la question de la justice. À qui incombe ce privilège, le roi de France, l’archevêque ou le chapitre ?

La récupération de Lyon dans le Royaume de France

L’arrivée dans le jeu en 1292 du roi de France, Philippe le Bel, va faire pencher la balance. Une nouvelle fois confrontée aux chanoines qui prennent part à la justice, la bourgeoisie fait appel à lui pour protéger la cité. Il ne peut rater cette occasion qui lui permettrait d’asseoir son pouvoir dans la ville de Lyon qui appartient toujours au Saint-Empire romain germanique. Il prend donc la ville sous sa protection et pour contrer le pouvoir des chanoines et de l’archevêque, met en place un gardiateur pour défendre les bourgeois. Il leur permet également de s’organiser comme ils le souhaitent. Loin d’être totalement acquis à la cause de la bourgeoisie, Philippe le Bel va utiliser toute sa sagesse et sa diplomatie pour ménager les acteurs de la vie publique lyonnaise ainsi que la papauté. En 1307, l’archevêque Pierre de Savoie n’a pas d’autre choix que de se soumettre et le gardiateur est maintenu, mais la bourgeoisie est exclue de l’accord. Pierre de Savoie tente alors d’en profiter et de lever le peuple contre le roi de France. En 1310, le fils de Philippe le Bel, Louis, arrive à Lyon à la tête d’une armée et arrête Pierre de Savoie.

La charte Sapaudine

En 1312, Lyon est annexée et rentre dans le Royaume de France grâce au traité de Vienne. L’archevêque renonce à ses pouvoirs, mais conserve le château de Pierre Scize, son palais ainsi que quelques privilèges, en échange d’une rente. Les chapitres perdent tout. La bourgeoisie exulte, l’ennemi historique est à terre et humilié. Cependant, la municipalité de Lyon n’est pas encore fondée.

Il faut attendre huit ans et la "charte Sapaudine" du 21 juin 1320 pour voir l’apparition du Consulat, premier pouvoir municipal de la ville. Il possède le droit de lever des impôts, acheter d’avance le blé, vérifier les poids et les mesures, aligner les maisons, de s’occuper des défenses de la ville, accorde les permis de bâtir, et peut gérer les conflits entre patron et ouvrier. Peu de temps avant la signature de la charte, l’archevêque a récupéré une partie de la justice, mais les Lyonnais peuvent faire appel devant la cour du roi à Mâcon. Le Consulat est alors composé de douze membres nommés échevins ou consuls, six de la rive droite de la Saône, six de la rive gauche. Ils sont tous égaux. À l’origine, les membres du Consulat devaient être élus par une assemblée du peuple, mais rapidement ils le sont par les maîtres des métiers, eux-mêmes nommés par les membres du Consulat. La boucle du pouvoir est bouclée, ceux à l’extérieur sont exclus et des dynasties de membre du Consulat vont se forger.

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