AG à Lyon 2 le 23/04/2018 - © Elie Guckert
AG à Lyon 2 le 23/04/2018 – © Elie Guckert

Université Lyon 2 : "Il était impossible de passer nos examens ainsi"

Il y a un peu plus d'une semaine, Cyrine Makhlouf, étudiante en 3e année de Sciences Politiques à Lyon 2 lançait une pétition pour demander l'annulation des examens dans des circonstances inenvisageables. Avec plus de 6 800 signatures et l'annonce de l'annulation des épreuves sur table par l'université hier, les événements ont finalement donné raison à cette jeune étudiante qui ne fait partie d'aucun syndicat ni d'aucun mouvement politique.

Lyon Capitale : Vous n'étiez pas partie prenante du mouvement de protestation au départ ?

Cyrine Makhlouf : Non pas du tout, je ne suis pas dans un syndicat ou dans un mouvement politique. J'étais contre la loi ORE et Parcoursup, mais je n'étais pas favorable au blocage parce que je pense que ce n'était pas le meilleur moyen de faire comprendre ses idées, d'autant que notre présidente s'est officiellement opposée à la réforme.

Qu'est-ce qui a motivé le lancement de cette pétition ?

C'est un mail de l'équipe présidentielle qui est arrivé tardivement dans la soirée du 7 mai nous informant que les partiels de mercredi seraient reportés à samedi, qu'il faudrait être présent sur le campus 1 H 30 avant le début des examens, soit à 6 H 30. Cela nous a fait dire que cette fois c'en était trop, que cela allait trop loin. Arriver aussi tôt avec les grèves SNCF, les travaux sur le T2, tout ça un samedi où certains d'entre nous travaillent sans avoir eu le temps de poser un jour de congé, ce n'était clairement pas possible.

Les partiels ont été annulés hier. L'université n'aurait-elle pas pu prévoir le coup ?

Je l'ai dit qu'elle aurait dû annuler depuis bien longtemps. Tout le monde savait que ça allait se passer comme ça. Il n'y avait aucune raison que l'université qui est bloquée depuis un mois soit débloquée soudainement le jour des partiels. Mais au fond, je pense que la présidente n'a pas eu le choix de les maintenir, probablement pour pouvoir dire qu'elle n'a pas cédé aux pressions étudiantes et que l'annulation n'était pas de sa volonté. Un de mes professeurs nous a aussi expliqué que trouver des modalités alternatives d'évaluation pour une promo comme la nôtre où l'on est 250 était compliqué. Il espérait que les filières non mobilisées pourraient passer leurs partiels. Finalement aucune n'a pu passer ses examens.

Lire aussi : Université Lyon 2 : les épreuves sur tables définitivement annulées

Ces modalités ont-elles été précisées depuis hier soir ?

On en saura plus aujourd'hui. Le département de Sciences Po s'est réuni hier à 14H. On a eu un mail hier soir d'une de nos professeurs concernant sa matière, qui est couplée avec un TD. Elle gardera donc les notes du TD, ce qui revient à faire une évaluation sur la base d'un contrôle continu.

Cette annulation n'enlève-t-elle pas du mérite aux étudiants et de la valeur à leur diplôme ?

Il y a des bons et des mauvais côtés. On est beaucoup à trouver que c'est finalement arrangeant, le contrôle continu étant plus représentatif de notre travail. C'est un travail que l'on a eu le temps de peaufiner chez nous, qui est abouti et qui porte sur des sujets qui nous plaisent. C'est finalement plus valorisant que d'avoir 2 H pour disserter sur un sujet imposé.

"La réforme est engagée et elle passera de toute façon."

On a plus facilement une bonne note en TD qu'en partiel, parce qu'il y a plusieurs notes où l'on peut se rééquilibrer. Mais cela dépend des étudiants et des matières. En droit j'ai cru comprendre que leur seule note de TD c'est un partiel de mi-semestre, et que s'ils se sont plantés sur cette épreuve, ils seront clairement pénalisés.

Cette pétition avec ses 6800 signatures n'a-t-elle pas finalement servi la cause des bloqueurs ?

Cela a évidemment servi la cause des bloqueurs. Au final cela a fini par tous nous mettre d'accord, pas sur la loi ou sur le blocus, mais sur le fait qu'il était hors de question de passer nos examens dans ces conditions.

Lire aussi : Lyon 2 : Tensions entre les pros et les anti-blocus

Ce genre de mobilisation peut-elle faire fléchir le gouvernement ?

Pour moi c'est peine perdue. On n'est pas la seule université bloquée, il y a Toulouse, Nanterre, Marseille... tout cela dure depuis un mois et le gouvernement n'en parle même pas, à part la ministre de l'Enseignement supérieur qui a bien démontré qu'elle était opposée aux mobilisations. Rien ne montre pour l'instant qu'ils sont prêts à écouter ou à faire un effort. La réforme est engagée et elle passera de toute façon.

Pourquoi étiez-vous opposée à cette réforme ?

Quand j'ai passé le Bac l'accès à l'enseignement supérieur se faisait par APB (admission post-bac) donc je n'ai pas connu Parcoursup. Mais j'en ai parlé avec des profs de lycées et ils m'ont expliqué qu'ils doivent se prononcer sur les vœux de leurs élèves. C'est horrible autant pour les jeunes que pour les profs. Des lycéens ne sont peut-être pas très bons, mais n'attendent que de pouvoir se spécialiser à l'université, ou au contraire de s'y découvrir et trouver leur chemin. Et pour ceux qui ont un dossier médiocre, s'il n'y a plus d'université alors il n'y a rien d'autre. Avec juste le Bac tout le monde sait que l'on n'obtient rien. Cette loi faite pour désengorger l'université ne dit pas ce qu'elle va faire pour les bacheliers qui ne pourront y rentrer, vont-ils sortir du système ? Pour moi c'est une catastrophe.

 

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