Qui ne veut plus gagner des millions ?

Il en ressort quelques devises... mais uniquement philosophique ! Paul Ariès animera une conférence le 7 février à 19 h00 à l'université populaire de Lyon et il vient de publier un nouveau livre : Le Mésusage, essai sur l'hyper-capitalisme, aux éditions Parangon.

Lyon Capitale : Quand on regarde la campagne, on a l'impression que les Français n'aspirent qu'à une chose : avoir plus d'argent !

Paul Ariès : Effectivement, la campagne présidentielle de 2002 s'est jouée sur les questions de sécurité et il semble que 2007 soit largement centré autour du pouvoir d'achat. C'est la surenchère, tout le monde propose le SMIC à 1 500 euros tout de suite ou un peu plus tard. On fait comme si être de gauche c'était simplement une question de niveau de vie, de partage du gâteau alors qu'il faut d'abord en changer la recette car elle est mauvaise. Etre de gauche ce devrait être de défendre les cultures populaires et le droit à une vie qui ne soit pas régentée totalement par l'argent et les valeurs économiques. Osons le dire : l'avenir n'est pas à la voiture climatisée pour tous. On promet aujourd'hui du poulet à tout le monde mais attention, c'est un piège... car il y a ceux qui mangeront toujours du poulet en batterie et ceux qui se nourriront de poulet fermier.
L'argent est-il une notion qui vous dérange ?
Pas du tout car l'argent peut être la meilleure ou la pire des choses. C'est la meilleure des choses s'il sert à rappeler que le monde n'est pas sans limites. Mais ce qui m'interroge c'est de voir aujourd'hui l'argent devenir tout puissant. Non seulemeut tout s'achète mais il n'y a même plus vraiment de juste prix. C'est la victoire suprême de l'argent sur tous les repères, contre tous les interdits !
Est-ce dangereux de vouloir gagner toujours plus ?
Ce qui est dangereux c'est de laisser croire que l'argent soit le but de la vie. Nicolas Sarkozy réhabilite la notion de travail mais pas seulement économiquement. Il veut nous faire croire que l'oisiveté serait la mère de tous les vices. On s'en prend aux chômeurs, aux érémistes, aux jeunes et aux vieux sans emploi. La mission de la gauche serait de rappeler que nous ne sommes pas plus des forçats du travail que de la consommation. Nous ne sommes pas seulement des homo economicus. Nous sommes aussi des citoyens, des parents, des poètes, des parents, etc... Les Grecs ont inventé la tragédie pour montrer ce qui pourrait leur arriver s'ils se prenaient pour des dieux, s'ils se croyaient toutpuissants. Actuellement, notre société sombre dans la démesure et les seules limites qu'elle rencontrera ce sont l'explosion des inégalités, l'épuisement des ressources et le réchauffement planétaire. Le grand danger c'est que cette foi béate dans le progrès laisse croire que nous trouverons toujours des changerons pas le monde si nous ne modifions pas notre rapport au temps, à l'espace, et à la nature. C'est une véritable révolution Copernicienne qu'il faut opérer et à laquelle ni la droite ni le gauche ne répondent. Comment alors remettre l'argent à sa juste place ? Je crois que l'hyper capitalisme est fondé sur l'Interdit de la gratuité. Tout est marchand, même les produits faussement gratuits comme les journaux gratuits car ils sont soumis à la publicité... Pour moi, une vraie politique alternative devrait défendre la sphère de la gratuité. On pourrait par exemple aller vers la mise en place de tarifs variables en fonction de l'usage des choses. Pourquoi payer l'eau le même prix pour faire son ménage ou pour remplir sa piscine ? Pourquoi payer les mêmes impôts fonciers pour une résidence principale et une résidence secondaire ? Je suis convaincu que l'école devrait être de plus en plus séparée des enjeux économiques pour que l'on puisse vraiment apprendre notre métier d'homme. Ce n'est pas dans "le toujours plus" que les gens retrouveront une joie de vivre. Il faut inventer ensemble une pensée alternative. Il faut sortir des fausses réponses dans lesquelles on s'est enferré depuis un demi-siècle.
Mais ne sommes nous pas définitivement enfermés dans des logiques de consommation inextricables ?
Je ne le pense pas même si nous sommes en train d'enfanter la première population mondiale qui communie dans les mêmes marques, les mêmes produits, et qui a oublié l'acquis des cultures traditionnelles. Personnellement je ne suis pas convaincu que, dans quelques décennies, l'être humain aura toujours les mêmes capacités de réaction et de changement que nous possédons aujourd'hui. C'est pour cela qu'il faut réagir vite et théoriser rapidement les principes d'une refondation globale. Je crois que nous pouvons encore rêver notre monde différent ! Le grand écrivain Georges Bernanos disait que le réalisme est la bonne conscience des salauds. Souvenons- nous en !

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