Procès Mathiolon : le complot au coeur des débats

Guy Mathiolon, ancien président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Lyon était poursuivi pour prise illégale d’intérêts et détournements de fonds publics devant le tribunal correctionnel de Lyon ces 3 et 4 mai. Après deux jours d’audience, les réquisitions du procureur de la République sont modérées. Compte-rendu.

Un sentiment d’incertitude plane au-dessus du procès de Guy Mathiolon, Christian Barthélémy et Yves Guyon. Au terme de deux jours de débats, il est encore malaisé d’affirmer que les faits reprochés à l’ancien président de la CCI de Lyon sont avérés. Car en l’absence de partie civile dans cette affaire, personne, en effet, n’a vraiment porté l’accusation contre M. Mathiolon en cherchant à présenter les preuves du détournements de fonds publics et de la prise illégale d’intérêt qui lui sont reprochés à la suite des doutes émis par la Chambre Régionale des Comptes sur la qualité de plusieurs rapports commandés, en 2007, à M. Barthélémy pour un montant de plus de 46 000 euros. Même le procureur de la République, dans son réquisitoire, a réclamé, de son propre aveu, des peines "modérées"  : 50 000 euros d’amende contre Guy Mathiolon pour détournements de fonds publics et prise illégale d’intérêt, 30 000 euros contre Christian Barthélémy, consultant extérieur (CB Connexion) pour recel et 20 000 euros contre Yves Guyon, ancien directeur général de la CCI, pour complicité.

Complot

Les avocats de M. Mathiolon conduits par Me Alain Ribeyre ont surtout cherché à discréditer le sérieux et la qualité de l’enquête de la Brigade Financière en tentant de faire émerger la thèse du complot. Guy Mathiolon s’est retrouvé accusé en pleine période électorale sur fond de bataille intersyndicale entre le Medef et la CGPME, syndicat d’origine de Mathiolon. L’enquête de police a d’ailleurs conclu à des faits présumés de prise illégale d’intérêt car, selon ses conclusions, ce serait François Turcas, président de la CGPME, qui aurait recommandé Christian Barthélémy à Guy Mathiolon. Ainsi, les commandes effectuées à Christian Barthélémy l’auraient été afin de faire plaisir à "l’ami" Turcas.

Dans sa plaidoirie, Me Ribeyre s’est employé à ruiner cette thèse en visant le comportement du procureur de la République, M. Dages-Desgranges, qui a ouvert l'enquête après le signalement de la Chambre régionale des comptes en juin 2010. Il pointe du doigt notamment la visite effectuée par Dages-Desgranges à M. Guyon lors de sa garde-à-vue. Ce dernier a d'abord affirmé dans une première déposition qu’il ne savait pas qui avait recommandé M. Barthélémy à M. Mathiolon. Mais Yves Guyon est revenu sur ses déclarations dans une deuxième déposition indiquant que c’est François Turcas qui a demandé à M. Mathiolon de faire travailler Barthélémy. Une contradiction que Me Ribeyre met sur le compte de la visite du procureur de la République à M. Guyon.

Visite

L'entretien n’a pas été notifié dans les procès-verbaux d’audition. "M. Guyon a changé de point de vue peut-être parce qu'il vous a vu M. le procureur (...) Pourquoi ce deux poids, deux mesures monsieur le Procureur ?" interroge Me Ribeyre en pointant son index en direction de M. Dages-Desgranges. "Lors de sa garde-à-vue, mon client n’a pas eu cette faveur". À l’audience, Philippe Dibilio, ancien membre du cabinet de Gérard Collomb au Grand-Lyon, a pourtant affirmé que c’est bien lui qui avait favorisé la rencontre entre Mathiolon et Barthélémy en organisant un déjeuner. "Or, vous persistez, M. le Procureur à dire que c’est Turcas sur la base d’une seule affirmation. Celle de M. Guyon qui contredit sa première déposition après que vous lui ayez rendu visite (…) Moi je sais pas, je suppute" lance Me Ribeyre. Ce n’est plus le procès de Mathiolon. Ribeyre veut instruire celui du procureur de la République qui, à ce moment de l'audience, n’ouvre la bouche pour ne parler que pour lui-même. Quant à l'autre accusation, celle de détournement de fonds publics, la défense de Mathiolon a procédé de la même manière. Avec grandiloquence.

Kierkegaard

Le reproche de la Chambre Régionale des Comptes fait aux rapports de Barthélémy est leur caractère sommaire. Le travail "d’un attaché ou d’un assistant" dira le procureur, ne justifiait pas les honoraires perçus. La défense de Guy Mathiolon présentera le rapport d'un autre consultant au Tribunal. "Payé 25 000 euros par la CCI de Lyon, ce rapport est creux. À côté, Barthélémy, c’est du Kierkegaard !" ironise Me Ribeyre ajoutant que les membres de la Chambre Régionale des Comptes "ne sont pas allés cherchés ce rapport. Pourquoi ?" Sur la table du président du tribunal de la 11e chambre correctionnelle trône un autre document. Celui de M. Bruyas, un expert bien connu des milieux judiciaires, mandaté par exemple par le procureur Courroye dans l’affaire Bettencourt.

Le "rapport Bruyas" estime que le travail de Christian Barthélémy est utile à la CCI de Lyon. "Pourquoi Bruyas aurait tort et les gens de la Chambre des comptes auraient-ils raison ?" interroge la défense de Guy Mathiolon. Les avocats des trois prévenus ont, chacun à leur manière, rappelé Jean-Louis Cor, le président du tribunal, à un principe de la justice pénale : le doute. L'avocat de Yves Guyon en a donc conclu : "moi j’ai des certitudes, mais si vous n’avez qu’un doute M. le Président, vous pouvez vous contenter d'un seul doute, vous devez en tirer les conséquences qui honorent notre justice pénale". Le tribunal rendra sa décision le 23 juin prochain.

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