Pôle Emploi Rhône-Alpes : “Les conditions de travail se dégradent de jour en jour”

Mardi 9 novembre, les employés de Pôle Emploi étaient de nouveau appelés nationalement à cesser le travail*. Cette grève a été la plus suivie depuis la fusion entre Assedics et ANPE en janvier 2009. Le signe, encore et encore, d’un énorme ras-le-bol des conseillers. Lyon Capitale a recueilli les témoignages d’employés d’une agence de la banlieue Est lyonnaise.

C’est l’annonce, le 4 novembre, de la suppression de 1 800 postes d’ici fin 2011, au niveau national, qui a de nouveau poussé les conseillers Pôle Emploi à faire grève. Selon la CGT, 30 CDI et 150 CDD seront supprimés en Rhône-Alpes.

Les conseillers avaient déjà fait grève en nombre le 8 juin (lire ici). Ce mardi 9 novembre, ils étaient encore plus nombreux : 60 % de grévistes, selon les syndicats et 44 % selon la direction.

Les employés de l’agence de la banlieue lyonnaise, que Lyon Capitale a rencontré, ne font pas seulement grève contre la suppression d’emplois. Les conditions de travail et le service rendu aux usagers sont aux coeur de leur mouvement de protestation.

“De plus en plus de collègues se mettent en arrêt maladie. Il y a aussi des tentatives de suicide”, expose cette ex-employée Assedics. Comment ces personnes en arrivent à craquer ?

“Avec la désorganisation liée à la fusion et l’augmentation du chômage, on inscrit les demandeurs d’emploi trois semaines après leur demande. S’il leur manque une pièce, ça rajoute encore quinze jours alors que les dossiers devraient être traité en quinze jours”, poursuit-elle.

Du retard dans l’inscription des chômeurs

Inscrire les chômeurs pour qu’il puisse avoir accès à leurs indemnisations, s’ils en ont droit, est fondamental. Pour “liquider” les dossiers, le directeur de cette agence a mis au point des rendez-vous collectif. “Désormais, nous sommes deux personnes à recevoir cinq demandeurs d’emplois en une demi-heure. C’est ultra stressant”.

Désormais tous ces ex-conseillers Assedics doivent aussi faire du placement, comme le font leurs collègues de l’ex-ANPE. Et inversement. Ce qui n’est pas sans poser de problèmes. “Les ex-ANPE reçoivent une formation de quelques jours sur l’indemnisation alors qu’il faut deux ans pour être opérationnel. Du coup, ils ont du mal à répondre aux demandes de renseignement des usagers”, ajoute David, cinq ans d’ancienneté.

Conséquences, pour ces conseillers, les chômeurs sont de plus en plus “énervés” quand ils viennent en agence. “Quand on est à l’accueil, on est sous pression. Les agressions verbales sont monnaie courante. Elles sont aussi parfois physiques. En ce qui me concerne, après trois jours de formation, j’ai de grandes difficultés à répondre aux demandes qui concernent à 80 % l’indemnisation” explique une employée qui vient de l’ANPE. Elle enchaîne : “j’ai 220 demandeurs d’emploi à suivre. Si je veux me renseigner sur les formations à proposer et les offres disponibles, je dois faire des heures supplémentaires. Mais elles ne sont pas autorisées. On le fait quand même mais sans être payés”.

Les mauvaises informations de Lagarde

Ce mardi matin, ces trois employés de la banlieue Est de Lyon étaient présentes, parmi deux cent autres conseillers, devant l’agence Pôle Emploi de Vivier-Merle, au moment où Christine Lagarde, la ministre de l'Economie, faisait son déplacement à Lyon pour les Journées de l'Economie. Ils ont tenté de l’approcher mais la ministre a refusé de recevoir une délégation.

Elle a toutefois tenu à rendre "hommage" au travail de cette administration pendant la crise. Elle a affirmé que leurs équipes avaient été "renforcées par des CDD" et des redéploiements en interne. Ses conseillers ne lui avaient certainement pas dit que, le 4 novembre, la direction générale de Pôle Emploi avait annoncé la suppression de 1 800 postes (notamment des CDD) d’ici fin 2011. A noter que Pôle Emploi est sous tutelle de son ministère.

*En Rhône-Alpes l'intersyndicale regroupe les organisations CFDT, CFE-CGC, CGT, FO, SNAP, SUD, SNU/FSU et UNSA

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