Perben en route pour la mairie

Soutien de Sarkozy, il veut désormais se consacrer aux municipales lyonnaises.

Lyon Capitale : Plus qu'un mois avant la présidentielle. Et Sarkozy est toujours ministre de l'Intérieur...

Dominique Perben : Je pense qu'il va partir cette semaine.

Pour vous aussi le départ est proche. C'est donc l'heure du bilan. En quoi avez-vous été le ministre de Lyon ?

J'ai d'abord été le ministre de la France. S'agissant de la région lyonnaise, j'ai donné beaucoup d'énergie à faire sortir un certain nombre de dossiers qui étaient complètement enkystés !

Ces dossiers de contournements, périphériques, et autres liaisons avec Saint-Etienne ou Turin donnent mal à la tête. On a l'impression que rien ne se fait jamais.

Ah non ! Avant, c'est vrai, il ne se passait rien de rien. Mais en deux ans, on a plus avancé que depuis 15 ans ! Aujourd'hui les dossiers sortent, on en parle. La création de la première société aéroportuaire de Saint-Ex, c'est fait ; la modernisation du port Edouard Herriot, c'est inauguré. Lundi, on a signé un accord très important entre l'Etat et les collectivités locales pour financer les voies d'accès au Lyon-Turin, et ça veut dire aussi les liaisons ferrées entre Lyon, Chambéry, Grenoble. J'ai aussi avancé de façon déterminante le contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise. Tout ça, ce sont des dossiers décidés, et bouclés.

Et dans le domaine routier ?

C'est pareil ! L'A89 était complètement enlisée, c'est parti, les travaux ont démarré. On est en train de finaliser le raccordement de l'A 89 à l'A6, A 46. Sur l'A45, (Saint-Etienne) il ne reste plus à la commission d'enquête qu'à rendre son avis. Pour le contournement ouest, j'ai restauré le dialogue avec les élus pour trouver un cheminement à ce dossier. Tous les dossiers que j'ai pris en main, ça a avancé et c'est conclu. Alors, c'est vrai, il reste le périphérique. Mais là, l'Etat n'a aucun mot à dire. Le périphérique dépend du Grand Lyon et de Gérard Collomb, et il ne se passe rien. Collomb, c'est vraiment l'immobilisme. D'ailleurs sur tous ces dossiers, il n'a jamais poussé dans le bon sens. Chaque fois, il avait des considérations politiques et il adoptait la plus grande prudence.

Revenons à la présidentielle. Il y a deux ministres lyonnais dans le gouvernement Villepin. Vous soutenez Sarkozy et Azouz Begag choisit Bayrou.

C'est la liberté d'Azouz Begag. Je suis étonné par un point : il est membre d'un gouvernement contre lequel monsieur Bayrou a voté la censure.

Comment expliquez-vous le phénomène Bayrou ?

La candidature de madame Royal a des difficultés. Une partie des cadres du PS ne fait même pas sa campagne. Elle n'arrive pas à rassembler son propre camp, ça pose question. Regardez le maire de Lyon : on n'a pas l'impression qu'il se déchaîne dans son soutien à madame Royal. Il était pourtant un des premiers à la soutenir.

Nicolas Sarkozy veut créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. C'est la meilleure idée qu'il ait eu récemment ?

Notre système de gestion de l'immigration n'est pas satisfaisant. Il y a trois ministères compétents. Il est bon de regrouper l'ensemble des services comme c'est le cas dans les grandes démocraties européennes. Peu importe le nom.

Rien ne vous choque dans le mot "immigration" collé à "identité nationale" ?

Soit on écoute ce que dit Sarkozy quand il explique ses choix, soit on fantasme. Moi j'écoute et je trouve grotesque les références à des périodes du passé de notre histoire. C'est agressif pour Sarkozy et pour ceux qui ont vécu ces périodes. On est là dans des dérapages intellectuels complets ! Qui peut nier qu'il est nécessaire, pour que la France garde ses principes de vivre ensemble, qu'on soit attentifs à l'expression de notre langue, au respect de certaines règles, aux droits des femmes en particulier. Par exemple nos concitoyens sont choqués de voir certains de nos systèmes sociaux piégés par la polygamie. Alors que c'est interdit par la Constitution et contraire aux grands principes de la République. Il serait normal que la solidarité nationale ne participe pas au maintien de la polygamie. Dans sa volonté de rupture, Nicolas a raison de vouloir s'attaquer au problème.

Comment définissez-vous votre champion ?

Ce qui me plaît beaucoup chez Sarkozy, c'est sa manière d'aller vers la difficulté pour la traiter. C'est le contraire de l'esquive, de la prudence tactique systématique. La France a un certain nombre de dossiers économiques, sociaux, sociétaux qui nécessitent un vrai courage. Ce qui est intéressant aussi, c'est que Sarkozy dit les choses à l'avance pour se donner les moyens politiques de les traiter après l'élection s'il est élu. C'est tout sauf un conservateur.

Souvent Sarkozy inquiète ; on se demande de quoi il est capable.

Le mois de campagne avant le premier tour doit être l'occasion d'une meilleure connaissance de Sarkozy par les Français. Le fait qu'il se libère de sa charge ministérielle devrait lui donner plus de temps, lui permettre plus de contacts, plus de respiration.

Que diriez-vous de Royal et de Bayrou ?

Ségolène Royal est parlementaire depuis longtemps, j'ai été parlementaire. C'est quelqu'un qu'on ne voit pratiquement jamais à l'Assemblée. Les rares fois où elle vient, elle est très distante, elle ne va pas vers les autres, elle ne leur parle pas. Elle est très sèche avec ses collègues. François (Bayrou) je le connais beaucoup mieux, on a été ministres ensemble. J'ai toujours eu des relations très cordiales avec lui. Mais je ne partage pas son analyse politique. Il se trompe sur la possibilité de faire fonctionner notre République selon le modèle qu'il propose. Je suis très attaché au système bipartisan à l'anglo-saxonne, avec un système d'alternance claire entre deux camps. C'est vraiment le bon système démocratique moderne.

Pourriez-vous être ministre de Bayrou ?

Non, politiquement je ne voudrais pas participer à une erreur. De toute façon, c'est très clair je souhaite mettre toute mon énergie au service de Lyon.

Même si Sarkozy est élu, vous ne serez plus ministre ?

Tout à fait. J'ai une très large expérience ministérielle qui me sera très utile et je souhaite construire un projet pour Lyon. Je veux le faire sérieusement. Dans les municipales, il y a une très forte dimension strictement locale et ce sera projet contre projet, équipe contre équipe.

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