Pascal Lardellier, sociologue : "Le 14 juillet n'est jamais ringard"

Comment expliquer cette ferveur pour la fête nationale ?
Pascal Lardellier : Beaucoup de fêtes - notamment religieuses - ont perdu leur notion de rites et sont assez peu célébrées. C'est notamment le cas pour Pâques ou Pentecôte. A l'inverse, La fête nationale connaît une incroyable cote d'amour. Il y a plusieurs raisons à cela.
Tout d'abord, c'est une fête qui, au fil du temps, a pris le relais du rite du carnaval. Tout le monde descend dans la rue, communique et, dans une certaine mesure, communie. Ce n'est pas une fête inventée par les politiciens - comme la fête de la musique ou celles des secrétaires. Elle n'a pas non plus été conçue par le commerce ou par des effets de mode, tel Halloween ou la Saint-Valentin. Le 14 juillet, c'est avant tout la fête de la France moyenne et profonde, dans le bon sens du terme.

Mais surtout, le 14 juillet nous renvoie à un certain imaginaire, à une certaine image de la France. La fête nationale, c'est une parenthèse régressive, nostalgique. Celle de la France éternelle, des 30 glorieuses, des congés payés, de Raymond Poulidor et du plein emploi. A la différence de nombreuses fêtes, le 14 juillet n'a jamais fait de concession à la modernité. Ce n'est pas une parade techno ou un défilé gay, mais plutôt une photo à la Robert Doisneau, une fête où Yvette Horner ne joue pas de la guitare électrique pour avoir l'air à la mode. Le 14 juillet, c'est indémodable. Et donc jamais ringard.

Qu'est-ce qui justifie, selon vous, le succès des traditionnels bals des pompiers du 14 juillet ?
La fête nationale, c'est la seule vraie célébration laïque, œcuménique de la Nation. On y célèbre donc les grands défenseurs du pays : la légion d'honneur, l'armée à travers le défilé sur les Champs-Elysées. Mais aussi les pompiers. De plus, comme je le disais précédemment, le 14 juillet s'ancre puissamment dans l'imaginaire des années 50. Et donc dans les bals musettes de l'époque, dont le bal des pompiers n'est que la transposition, la suite logique.

Au micro : Mat Gallet

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