Geoffrey Clavel, patron de la branche cafés et brasseries de l'Umih du Rhône@Antoine Merlet
Geoffrey Clavel, patron de la branche cafés et brasseries de l’Umih du Rhône@Antoine Merlet
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"Nous, les cafés et brasseries, avons avant tout une vocation sociale" (Geoffrey Clavel, bistrotier)

Geoffrey Clavel est un autodidacte du monde de la restauration et de la nuit, dans lequel il est arrivé en extra pour financer ses études. Aujourd’hui propriétaire de quatre établissements courus à Lyon, il a pris la présidence, en pleine crise Covid, de la branche "cafés et brasseries" de l’Umih du Rhône, premier syndicat du secteur. Un "mec sympa" comme il se définit, survolté, révolté et "disruptif".


Geoffrey Clavel, président de la branche cafés et brasseries de l'Umih du Rhône@Antoine Merlet Geoffrey Clavel, président de la branche cafés et brasseries de l'Umih du Rhône@Antoine Merlet

Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?
Geoffrey Clavel : Je n’ai pas l’impression de l’être mais on le dit parfois de moi.

Vous râlez souvent ?
Non, jamais.

Alors pourquoi les gens disent que vous êtes une grande gueule ?
Parce que j’utilise un vocabulaire percutant. J’appelle un chat un chat, un con un con.

Quel est votre dernier coup de sang ?
Le truc qui me les a brisées menu, c’est qu’on nous a minutieusement, méthodiquement, longuement cassé les couilles avec le passe vaccinal. On a tous joué le jeu, bien gentiment, on l’a fait intégrer à nos clients, on est allé se faire vacciner trois fois, les cafetiers et bistrotiers ont été de bons petits soldats. Et badabam ! La mesure présentée comme indispensable, comme censée nous rouvrir les portes de la vie, disparaît de nos quotidiens d’un coup d’un seul. J’en viens à me demander si, finalement, dans la vie, on n’a pas plutôt mieux fait d’être passager clandestin en attendant tranquillement que les choses se tassent. Parce qu’à la fin, tout le monde est traité pareillement. Ce qui me tape sur le système, c’est la facilité avec laquelle on peut prendre des mesures et vous forcer à les respecter, immédiatement, sous la contrainte. On a dérouillé les cafés et brasseries. Notre métier a été classé comme un danger pour la société, on a été les pestiférés de la Covid, il ne faut pas l’oublier.





"On a été les pestiférés de la Covid"









Quelle est la proportion d’établissements ayant mis la clé sous la porte ?
Il n’y a pas eu tant de défaillances immédiates à Lyon et dans le Rhône car il fallait vraiment ne pas pouvoir cocher une case pour ne pas toucher d’aides. Pour le coup, le gouvernement a bien joué et les syndicats ont défendu le morceau. On était tous sous perfusion. Les défaillances vont commencer maintenant parce que les gars vont attaquer le remboursement de leur PGE auquels ils ont souscrit pour subvenir à ces longs mois sans activité. On a entendu dire que les cafés et brasseries avaient pris 20 % de leur chiffre grâce aux aides, c’est vrai la deuxième fois, mais lors du premier confinement, à l’époque où on allait tous crever, où on ne savait pas où on allait, on avait 1 500 balles par affaire. Donc quand tu as des loyers à 6 000 euros, des charges fixes qui courent, six mois à 1 500, tu en bouffes vite des ronds. Les établissements se sont donc endettés et les gars vont commencer à rembourser un prêt souscrit de manière contrainte et forcée. Ils vont charger leur exploitation, en moyenne entre 3 000 et 6 000 euros par mois et par entreprise sur cinq ans. C’est de l’argent qui ne va pas contribuer au renouvellement des investissements, au développement des concepts, à l’augmentation du staff. Et à la fin, certains vont se scléroser. Je pense qu’on a entre 20 ou 30 % des affaires qui sont en très très grand danger, qui vont avoir du mal à s’en sortir et défaillir.

À côté de cela, il y a des affaires qui ont eu un effet d’aubaine non ?
C’est clair et franchement insupportable. Des types qui n’avaient pas de gros frais fixes ont eu droit à 10 000 euros par mois pendant un an et demi de manière forfaitaire alors qu’ils n’ont jamais fait ce chiffre en exploitant. Ils se sont refait la griotte pour le coup et n’ont jamais eu autant de trésorerie. C’est dur à avaler parce qu’on est un métier avec deux niveaux.

Quand on est investi dans un syndicat, qui plus est patronal, avoir le verbe haut est une option ou une exigence ?
C’est une exigence. Il faut savoir s’imposer pour la cause qu’on défend, hausser le ton quand on te marche sur les pieds. Et puis les petits commerçants, les cafetiers et bistrotiers, c’est plutôt une corporation qui a tendance à être un peu réac, trouvant systématiquement tout gênant et problématique. Il faut donc parfois être un peu virulent pour contenir les adhérents de manière à leur faire entendre qu’on est nous responsables de syndicats, un peu dans la manipulation parce qu’on ne peut pas être toujours bruts de décoffrage, on doit composer avec les institutions, être habiles, pour essayer de les mener là où on veut aller. Il faut parfois s’opposer à la Ville, à la Métropole, surtout en ce moment.

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