Moi, Jean-Marie Le Pen, homme normal

Ce qu’il y a de remarquable, avec Pierre Péan, c’est que, lorsqu’il publie un ouvrage, il ne se contente pas d’enfoncer des portes ouvertes. Après François Mitterrand et sa francisque n° 2202, l’écrivain journaliste, au terme de deux ans d’enquête minutieuse avec son complice Philippe Cohen, s’intéresse cette fois à Jean-Marie Le Pen*. Instrumentalisation de SOS Racisme, ambiguïté de la gauche vis-à-vis du FN, participation du leader frontiste au Congrès juif mondial… jusqu’aux penchants sexuels supposés de ce dernier qui, dans les années 80, fustigeait l’homosexualité en tant qu’ "anomalie biologique et sociale", cette Histoire française recèle son lot de révélations.

Que Le Pen, qui le nie farouchement, ait eu ou non de "délicieux moments passés" avec feu André Labarrère -le maire de Pau qui dévoila publiquement son homosexualité il y a dix ans- n’est pas le problème. Non, la question est ailleurs et n’est pas personnelle. Ainsi, il y a quelques jours, nous écrivions, dans un éditorial intitulé Najat Vallaud-Belkacem, le révisionnisme pour les nuls, (lire ici) : "Si l’on considère que les pratiques et les penchants sexuels d’un auteur ou d’un personnage historique sont des marqueurs tellement puissants qu’ils suffisent à en expliquer l’essentiel, on entre de façon irrémédiable dans l’arbitraire, le subjectif et l’incertain", ajoutant par ailleurs, "que dire, à un enfant, d’un auteur homosexuel et antisémite ?". Nous y voilà, c’est allé aussi vite que prévu, il ne pouvait de toute façon en être autrement, tant le risque était grand et l’argumentation de la porte-parole du gouvernement fallacieuse.

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Ecce homo

"La difficulté de beaucoup de nos enfants qui se découvrent cette orientation homosexuelle, c'est qu'ils ne peuvent s'identifier à personne et qu'ils se considèrent donc comme anormaux" avait notamment déclaré Najat Vallaud-Belkacem à l’appui de sa démonstration, n’hésitant pas à convoquer Arthur Rimbaud. Désormais, une nouvelle référence pourra donc nourrir les futurs manuels scolaires. Ainsi, quand les jeunes Français aborderont l’étude de l’histoire contemporaine, ils pourront peut-être lire, à propos de Jean-Marie Le Pen : homme politique français d’extrême droite, élu plus jeune député poujadiste en 1956, lieutenant en Algérie, président fondateur du Front national en 1972, député de Paris de 1986 à 1988, qualifié au 2e tour de l’élection présidentielle face à Jacques Chirac en 2002. Coupable de nombreux dérapages à caractère raciste et antisémite, dont le célèbre "Monsieur Durafour crématoire, merci de cet aveu", il a néanmoins été le pionnier de la cause des homos, bi et peut-être transsexuels, en déclarant dès le mois de juin 2004 : "Qu’il y ait des hommes qui s’aiment, pourquoi pas ? Si l’on veut donner à cet outing un caractère officiel, ce n’est pas une affaire d’État".

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Grâce au nouveau paradigme gouvernemental, Jean-Marie Le Pen a presque gagné ses galons "d’homme normal". Voilà ce qui arrive quand on situe l’organe, communément appelé cerveau, sous la ceinture. On finit toujours par faire la nique au bon sens. Pour Najat Vallaud-Belkacem, est-ce bien "ce qui s’appelle un détail " ?

* Le Pen, une histoire française, de Philippe Cohen et Pierre Péan (Robert Laffont, 550 pages, 23 €)

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Il y a une part de provocation dans le titre de cet édito. Certains auront reconnu une référence à la campagne de 2008, quand, six mois avant l’échéance, Gérard Collomb s’était lâché lors d’un déjeuner de presse en proclamant : “Perben, c’est cuit !” Cela avait fait la une de Lyon Capitale, accusé par les confrères d’avoir “brisé le off”.
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