Mères porteuses : " je suis très partagé "

Principal intervenant, Jean-François Guérin fait le point sur la prochaine révision de la loi bioéthique et sur la situation de l'AMP (Assistance médicale à la procréation) à Lyon.

Lyon Capitale : La loi bioéthique de 1994 est en cours de révision pour une application courant 2010. En quoi cette loi est nécessaire ? Existe-t-il des dérives en France ?
Jean-François Guérin : L'éthique n'est pas la loi, elle fait appel à la conscience des chercheurs. Une loi est donc nécessaire pour donner un cadre défini dans la recherche. En 1994, on a affirmé l'indisponibilité des éléments du corps humain, ce qui signifie l'interdiction de vendre ses organes et par la même occasion d'en acheter. Cette loi s'est également beaucoup intéressée à l'assistance médicale à la procréation. Avec cette loi, qui plus est assez précise, on évite tout type de dérive.

Dans la prochaine révision, on parle beaucoup de l'autorisation ou non de la recherche embryonnaire ? Pour ou contre ?
Jean-François Guérin : A titre personnel, je suis absolument pour la recherche embryonnaire. Etant membre de la commission d'experts de l'agence biomédecine, je peux garantir que les dossiers sont très encadrés et qu'il n'existe aucune dérive justement au niveau national. Il faut montrer un certains nombre de preuve sur l'intérêt scientifique de l'étude et se conformer à la loi et aux règles éthiques. C'est en travaillant que nous ferons progresser la médecine et la science. Si on interdit tout, on se bloque un grand nombre de possibilités.

Parlez-nous de l'AMP. Quels sont les chiffres en 2009, à Lyon et en France ?
Jean-François Guérin : Les chiffres que nous détenons sont datés de 2007 mais ils sont vraisemblablement similaires depuis ces deux dernières années. A Lyon, dans mon centre à l'hôpital femme-mère-enfant, unique centre public des hospices civils, il y a 1 200 ponctions pour fécondation in vitro par an pour 700 à 800 cycles d'insémination artificielle. En France, on compte 50 000 ponctions par an et 50 000 cycles d'insémination ce qui aboutit à un total à 20 000 naissances par an.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les couples ?
Jean-François Guérin : Il est vrai que ce n'est jamais simple pour un couple de voir qu'il y a un problème quand on veut faire un enfant. Les situations les plus difficiles sont celles où l'un des membres du couple a une stérilité qu'on peut considérer comme définitive. Dans ce cas, on rentre dans une procédure encore plus difficile avec un travail de deuil de ses propres gamètes donc de ses propres gènes. On ne transmettra pas ses gènes à la génération suivante mais on pourra avoir un bébé, ce qui est important.

Dans certains Etats américains et canadiens, certains couples font appel à une mère porteuse. Quelle est votre point de vue sur une légalisation en France.
Jean-François Guérin : Le problème de la mère porteuse, ou gestation pour autrui, est un débat compliqué. D'un coté, au nom de la compassion, c'est désolant de voir des femmes, jeunes souvent, qui n'ont jamais eu d'utérus fonctionnel capable de supporter une grossesse ou qui ont eu une rupture utérine à l'occasion d'un accouchement qui s'est mal passé. Ces femmes ne pourront jamais porter d'enfant alors qu'elles ont des ovaires fonctionnels et qu'elles peuvent donc transmettre. Elles peuvent avoir un enfant génétiquement. Pourquoi ne pas faire appel à une mère porteuse dans ces cas là ? Cette situation pose pourtant un certain nombre de problèmes. Le risque de dérive si un problème d'anomalie est découvert sur l'enfant par exemple. Qu'est-ce qu'on fait dans ces cas là ? Et puis, il y a tout le problème des liens qui s'établissent progressivement au cours de la gestation entre celle qui porte l'enfant, qui n'est pas la mère génétique, et l'enfant qui grossit dans l'utérus. Enfin, il existe un problème de reconnaissance juridique à l'heure actuelle. Je suis donc très partagé sur cette question qui sera longuement débattue tout au long de cette année précédant la révision.

Qu'apportent les débats publics ?
Jean-François Guérin : Pour une fois, il y a un débat avec le public. Le fait que chaque débat donnera lieu à une synthèse remise à la commission parlementaire chargée de la révision de la loi bioéthique est une bonne initiative. Cela contribuera à une décision démocratique. Bien sur, la Commission a auditionné en amont un certain nombre d'acteurs et d'experts tels que des responsables de commissions d'éthiques, des médecins spécialistes mais aussi des philosophes et autres courants religieux. Le débat public n'apportera donc qu'une seule pierre à l'édifice générale.

Emeric Merlin

" Assistance médicale à la procréation ", le 11 juin de 18h à 20h. Faculté de Médecine Laennec. Entrée libre.

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