Mercredi 11 janvier environ 150 salariés de Place du Marché attendaient devant le tribunal de commerce de Lyon le verdict du juge sur la liquidation de leur entreprise. Celui-ci avait finalement été mis en délibéré à ce vendredi. (Photo Hadrien Jame)

Liquidation de Place du marché ? Les 1 600 salariés seront fixés vendredi

Les 1 600 salariés de l’entreprise Place du marché (ex-Toupargel) devront encore patienter 48 heures pour que soit officialisée l’avenir de leur société installée dans le Rhône. Selon les syndicats "il n’y a aucun espoir de reprise". 

L’audience tenue ce mercredi 11 janvier par le tribunal de commerce Lyon sur la liquidation judiciaire de l’entreprise Place du marché (ex-Toupargel) n’a pas abouti à un verdict définitif. Le juge a choisi de mettre en délibéré sa décision à vendredi, "vu l’importance du dossier et le nombre de salariés qui risquent d’aller sur le carreau. On est quand même 1 600 sur toute la Franc", nous a précisé Wafaa Koihly, la secrétaire du Comité social et économique (CSE). 


"Tout le monde s’est impliqué jusqu’au bout et en trois mois mettre 1 600 familles sur le carreau c’est ubuesque", Wafaa Koihly (CGT), secrétaire du CSE


La décision du tribunal de commerce de Lyon ne fait toutefois guère de doute alors que les salariés du groupe sont en dispense d’activité depuis vendredi 6 janvier. Pour cette représentante de la CGT, "il n’y a aucun espoir de reprise", aucun repreneur ne s’étant positionné. Présent à l’audience, le président de Place du Marché, Brieuc Fruchon, s’est contenté de confirmer la mise en délibéré sous 48 heures de la décision de liquidation judiciaire pour les quatre sociétés Agihold (la holding des frères Léo et Patrick Bahadourian), Place du marché et ses filiales Eismann et Touparlog.

Avant de quitter le tribunal, le représentant de l’entreprise a tout de même concédé à la presse, venue en nombre, "notre priorité est de travailler sur la préparation de cette liquidation et d’accompagner au mieux les salariés de ces trois sociétés pour qu’ils rebondissent le plus rapidement possible", ne laissant ainsi que peu de doute sur l’issue du verdict. En comptant les 1 600 salariés de Place du Marché et les quelque 300 employés de ses deux filiales, au total 1 900 personnes pourraient perdre leur emploi. 

1 600 salariés bientôt sur le carreau

Attendu de pied ferme devant l’entrée du tribunal par environ 150 salariés en colère, qui n’ont pas arrêté de scander "on ne lâche rien" tout au long de l’audience, Brieuc Fruchon a dû être exfiltré par une autre sortie afin d’éviter d’éventuels débordements. Comme Wafaa Koihly,  ils sont "en colère qu’encore une fois ils aient joué sur les salariés. Le capital de certains passe avant des vies brisées". 

Le président de place du Marché était attendu de pied ferme par les salariés devant le tribunal. Il a été exfiltré par une autre sortie pour éviter d'éventuels débordements. (Photo Hadrien Jame)

a aurait pu être évité en cherchant des solutions alternatives. Les chauffeurs m’ont expliqué qu’ils partaient presque à vide. Quand vous savez ce que coûte aujourd’hui la logistique et que vous envoyez des camions avec seulement une ou deux palettes, je ne comprends pas cette stratégie", déplore Hamache Ratiba (CGT) employée dans le Rhône, où se trouve deux plateformes plus le siège social de l’entreprise situé à Civrieux-d’Azergues. 

Les critiques fusent contre les Bahadourian

Déjà placée en redressement judiciaire il y a quelques années, l’entreprise avait été reprise en janvier 2020 par les frères Léo et Patrick Bahadourian, cofondateurs et actionnaires de Grand Frais. Avec un modèle de vente bâti sur le commerce de produits par téléphone, l’entreprise n’a pas réussi à prendre le virage de la vente en ligne souhaitée par ses repreneurs, qui ont également tenté de diversifier leur offre au-delà du surgelé, vers les produits frais et l’épicerie. En vain. Chiffrées à 271 millions d’euros en 2017, les ventes étaient passées à 200 millions en 2021-2022. 


"On est désarroi total, car on a vu que même aujourd’hui les Bahadourian n’ont pas daigné nous donner des réponses claires et entre", Wafaa Koihly (CGT), secrétaire du CSE


Absents de l’audience, les frères Bahadourians étaient la cible de nombreuses critiques des employés ce matin. "On est désarroi total, car on a vu que même aujourd’hui les Bahadourian n’ont pas daigné nous donner des réponses claires et entre. Je leur en veux énormément", confie Wafaa Koihly. "Au vu de l’importance du patrimoine des Bahadourian", les syndicats réclament donc le versement d'une prime "supra-légale de 100 000 euros par salarié". Ce qui, pour eux, serait une manière de reconnaître les nombreuses années de travail de salariés parfois employés depuis plus de 20 ans. Pour l'instant le juge ne s'est pas prononcé à ce sujet et ne l'a d'ailleurs pas évoqué lors de l'audience. 

Si la liquidation est confirmée ce matin par le tribunal, cela entraînerait l’un des plus importants plans sociaux en France des derniers mois, après la liquidation de l'enseigne textile Camaïeu en septembre (2 100 salariés) et les 1 200 emplois supprimés (sur 2 300) annoncés fin décembre chez Scopelec, groupe spécialisé dans les technologies de communication.

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