Les nanotechs : fin des débats ?

Le débat public national commandé par le Grenelle de l'Environnement s'est achevé mardi soir à la Cité des sciences et de l'industrie de Paris. Pour l'ultime réunion de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) sur la question des nanotechnologies, seuls les invités au débat pouvaient participer. Un débat qui se conclut dans la confusion et l'inquiétude.

Les nanotechnologies ne sont pas quelque chose de nouveau. Pourtant, pour la majorité des citoyens français, c'est une découverte. C'est d'ailleurs ce que souligne Jean Bergougnoux, président de la CNDP : "avant ce débat national, 5 % des Français connaissaient les nanotechnologies. Ce débat public est une étape marquante : la médiatisation et la participation de plus de 3000 citoyens ont fait avancer l'information."

Un débat qui a tout l'air d'une campagne d'information

Aujourd'hui, les nanotechnologies sont présentes dans plus de 800 produits commercialisés. Ils sont très divers : crème solaire, produits de beauté, batteries de portable, caméras, climatiseurs, raquettes de tennis, etc. Les nanotechnologies utilisent comme unité de mesure le nanomètre, c'est-à-dire le milliardième de mètre. "A cette échelle, les matériaux peuvent acquérir des propriétés inattendues", explique Vivian Gateau, réalisateur, dans son documentaire "Le nanomonde ou l'abîme" (2008). L'implantation de nanoparticules dans certains matériaux en modifie les caractéristiques. En outre, les secteurs de la médecine et l'armée ne cachent pas leur espoir dans les nanotechs.

Le hic dans cette révolution technologique, c'est la méconnaissance des impacts sur la santé et l'environnement, puisque très peu d'études ont été menées sur ce sujet. Les nanotechnologies posent aussi la question de la gouvernance et d'éthique, concernant par exemple, les limites entre le vivant et l'artificiel. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Jean Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de la Mer, avait convoqué un débat public national et souhaité que celui-ci ne soit pas "un débat d'experts".

Pourtant, la tournée des 17 villes françaises n'aura pas été concluante. Plus de la moitié des débats se sont tenus en visio-conférence avec un panel d'experts replié dans une salle fermée au public. D'autant que la discussion était préparée, selon les questions, posées à l'avance sur Internet.

Une opposition forte

Par ailleurs, l'action de Pièce et Main d'Oeuvre, collectif grenoblois "anti-nanomonde", aura largement contribué à faire échouer la tenue des débats. PMO dénonçant la volonté de "faire accepter" l'utilité des nanotechnologies lancée par la Commission nationale du débat public (CNDP), avait d'abord boycotté puis largement perturbé les débats locaux, comme à Lyon. Ils avaient même provoqué l'annulation du débat grenoblois. Cependant, ce ne sont pas les seuls à avoir contesté le débat : les Verts dénoncent une "entreprise de justification", "une parodie de concertation". Ils demandent une seconde phase de débat et l'application du principe de précaution sur les nano-sciences.

D'autres associations de défense de l'Environnement comme la Frapna, France Nature Environnement, après avoir produit des cahiers d'acteurs et demandé un moratoire sur ces technologies, ont décidé finalement de se retirer des débats, alors qu'ils avaient poussé, au Grenelle de l'Environnement, pour remettre ce sujet au devant de la scène.

Et l'Etat continue à developper les nanotechs

De son côté, Jean Bergougnoux a annoncé mardi qu'il n'y aurait pas de moratoire global mais la nécessité d'une réglementation adaptée. PMO dénonce les actions de la CNDP en faveur d'un"encadrement de la nano-camelote" par les "marionnettes de la CNDP-Nanos".

En réalité, ce qui suscite l'opposition, comme pour les OGM ou le nucléaire, c'est le manque de transparence sur les liens entre politiques et industriels. Alain Chabrolle, (Europe Ecologie) affirme : "On a un vrai problème de responsabilité. La région Rhône-Alpes doit-elle financer la recherche sur les nanotechs, le pôle de compétitivité grenoblois Minatec ? Avec quels résultats et pour quels objectifs ?" Le gouvernement Sarkozy a déjà tranché : il attribue un budget de 70 millions d'euros pour son Plan Nano-Innov pour la création de centres d'intégration des nanotechnologies à Grenoble, Saclay et Toulouse.

L'analyse des propositions de la réunion de clôture sera en ligne jeudi sur lyoncapitale.fr

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