"Le stress au travail est un facteur important de crise cardiaque"

Démonstration tragique qu'à 49 ans, personne n'est à l'abri d'un infarctus. Est-on tous égaux devant cette maladie ? Que peut-on faire pour l'éviter ? Eléments de réponse avec le professeur Jacques Beaune, chef de service cardiologie à l'hôpital cardio-vasculaire et pneumologique de Bron et président de la Fédération française de cardiologie.

Lyon Capitale : Le journaliste Thierry Gilardi est décédé d'une crise cardiaque alors qu'il n'avait pas encore 50 ans. S'agit-il d'un fait rare ?
Jacques Beaune : Le taux de mortalité par infarctus du myocarde, qu'on appelle aussi syndrome coronaire aïgu ou, plus couramment crise cardiaque, touche aujourd'hui 100 000 à 110 000 personnes en France, et augmente fortement avec l'âge. En Rhône-Alpes, on en recense 10 000 à 11 000 chaque année, dont plus de 2 000 aboutissent à des décès. Une étude régionale a montré que les décès sont rares avant 40 ans et atteignent un maximum entre 75 et 79 ans. Avant 45 ans, chez les hommes, 85 % des infarctus touchent de gros fumeurs. J'aurais tendance à penser que Thierry Gilardi était un gros fumeur.

Qu'est-ce qu'un infarctus ?
Il s'agit d'une mauvaise irrigation du myocarde, autrement dit du muscle qui constitue le coeur. Un caillot sanguin bouche l'une des artères coronaires qui permettent de vasculariser, c'est-à-dire de nourrir le coeur. Les cellules du myocarde irriguées par ces artères ne sont alors plus oxygénées.
L'artère va se rebeller en faisant une fibrillation ventriculaire : autrement dit, au lieu de battre de façon homogène et normale à 70/80 pulsations minute, tout le système va s'emballer et battre de façon anarchique. On dit alors que le myocarde souffre (c'est la douleur ressentie). A ce moment, il faut intervenir le plus rapidement possible, car le temps c'est du myocarde de sauvé.

Vous parlez de douleur. Comment sait-on quand survient un infarctus ?
Il faut préciser que l'infarctus peut arriver aussi bien pendant l'effort physique qu'au repos. D'abord, on souffre d'une douleur au milieu de la poitrine plus ou moins intense. Cette douleur peut se propager dans le bras gauche, le cou et les mâchoires. Ce sont des irradiations évocatrices. Devant une douleur thoracique qui dure 15 minutes, il faut venir dans un centre de cardiologie ou consulter immédiatement. Il existe aussi d'autres symptômes plus trompeurs : par exemple, les troubles digestifs à la fin d'un repas peuvent être des signes avant-coureurs d'un infarctus. Les malaises également : lorsqu'on a des transpirations, la tête qui tourne un peu, l'envie de s'asseoir.

Au-delà de 50 ans, quand on fait un malaise, il faut toujours penser à un problème cardiaque. Pour les diabétiques, les personnes âgées ou certains malades psychiatriques, dont la sensibilité est diminuée, dans un cas sur trois, ils font des infarctus sans s'en apercevoir.

L'alimentation a donc un rôle déterminant dans les causes d'infarctus ?
Oui, très certainement. Il faut manger sain et équilbré, des fruits, des légumes, un peu de protéines mais pas uniquement des viandes rouges.
L'Organisation mondiale de la santé a mené une étude sur Lille, Strasbourg et Toulouse. On s'aperçoit qu'il y a deux fois plus d'infarctus à Lille et à Strasbourg qu'à Toulouse. Lyon se situe dans la fourchette intermédiaire en étant un peu plus proche de Toulouse. Bref, en Rhône-Alpes, on est plutôt dans des taux bas. Les Toulousains se sont enorgueillis des résultats en disant que les graisses d'oie et de canard sont meilleurs que celles de mouton, de bœuf ou de cochon. C'est vrai. L'alimentation a donc un rôle important. D'ailleurs, plus on va au sud, moins il y a de crises cardiaques.
Lyon est pourtant plus réputée pour ses cochonailles que pour son penchant au régime crétois...
Je ne crois pas. C'est en tous cas pas l'image qu'on s'en fait avec les bouchons. Je pense qu'à Lyon, la population est plus sur le versant méditerrannéen que sur le versant alimentation grasse.

On parle également d'alcool : le vin est-il meilleur à la santé que la bière ?
Certains le disent. C'est vrai qu'à Lille et à Strasbourg, on boit plus de bières qu'à Toulouse, où, comme à Lyon, on boit plus de vin. Ceci étant dit, on a aucune preuve scientifique que le vin protège plus que la bière.

Quel bilan peut-on tirer de l'interdiction totale de fumer dans les lieux publics ?
C'est spectaculaire. Moins de six semaines après l'application du décret (1er janvier, ndlr), on a recensé une diminution de 15 % des admissions aux urgences pour infarctus du myocarde. Extrapolé à l'année, cela conduirait à faire baisser de 10 000 le nombre d'infarctus en 2008 ! C'est simple : dès le lendemain de l'arrêt du tabagisme, le risque cardio-vasculaire baisse considérablement. Après trois ans, il diminue de 100 %. Autrement dit, on touche tout de suite les royalties de l'arrêt du tabac. On a tendance à oublier que les maladies cardio-vasculaires sont la deuxième cause de mortalité en France après les cancers (30 % contre 29 %).

Une étude dijonnaise de 2003 a aussi montré que le nombre d'infarctus du myocarde s'accroît de 160 % lorsque l'air est de mauvaise qualité, tandis que ce chiffre atteint les 250 % chez les fumeurs...
Je connais très bien cette étude. La pollution est clairement un facteur de risque de l'infarctus du myocarde. On s'est même aperçu que les changements de pression atmosphérique, qui précèdent parfois les changements de températures, sont aussi un facteur de risque de l'infarctus du myocarde.

Cela veut donc dire qu'il vaut mieux vivre dans les pays ensoleillés ?
Je suis d'accord, on peut très bien l'imaginer. On sait très bien que dans les pays du nord où il y a moins de soleil, il y a plus de dépressions. Or, on sait aussi très bien que la dépression est un facteur de risque de l'infarctus du myocarde.

Des sociologues anglais ont récemment démontré qu'une crise bancaire mondiale pourrait entraîner une augmentation de 6,4 % des crises cardiaques dans les pays développés. Un krach peut-il nous briser le coeur ?
C'est toute la question du stress, question très difficile à étudier. Le stress est une agression sur l'organisme. Il peut donc être une cause d'infarctus du myocarde. Dans nos sociétés actuelles, il est devenu omniprésent : d'un point de vue professionnel, ce sont les conflits du travail, les taches mal définies, le licenciement ; d'un point de vue personnel, cela peut être une rupture amoureuse, un divorce. Pour vous dire l'importance de ce risque, on a même étudié sa prise en charge : savoir mieux vivre en collectivité par des séances de psychologie collective ou comportementale aident à diminuer ce risque. Cela montre bien l'influence du facteur psychologique sur le déclenchement de la crise cardiaque. Mais le stress peut aussi être positif : le défi que vous arrivez à relever par exemple.

Comment éviter l'infarctus du myocarde ?
D'un point de vue médical, lutter contre le cholestérol, l'hypertension artérielle, pour le quotidien manger sainement, équilibré, avoir une vie libre sans tabac et faire de l'exercice physique à raison de trois fois une heure ou six fois 30 minutes par semaine.

Le mot de la fin ?
Entretenez votre coeur ! Le coeur bat au moins 2 milliards de fois dans une vie d'homme et globalement, ça ne s'use pas beaucoup. Faites cela avec votre biceps, au bout d'un quart d'heure vous avez une crampe.

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