@Antoine Merlet
Article payant

“L’alimentation est devenue une simple marchandise”

Julia Csergo, historienne, spécialiste des patrimoines et des cultures alimentaires, auteure de La gastronomie est-elle une marchandise culturelle comme une autre ?

Lyon Capitale : La notion de “souveraineté alimentaire” évoquée au plus haut niveau de l’État avant même le début de la crise rencontre-t-elle un plus grand écho aujourd’hui ?

Julia Csergo : En coupant les liens qui existaient de façon intrinsèque entre l’aliment et la nature, en déconnectant l’aliment et sa consommation de sa sphère culturelle de production, on a fait de l’alimentation une simple marchandise. La crise nous révèle justement que l’agriculture et l’alimentation sont des biens essentiels. Ils répondent au besoin fondamental de nous nourrir et sont au cœur même de notre souveraineté et aussi de notre identité culturelle. Il s’agit donc de tout sauf d’un bien ordinaire. À partir de là, comment peut-on approuver la dépendance, le règne de la loi des marchés internationaux, l’absence de garanties de normes et de traçabilité, donc de sécurité, que nous imposons à nos propres producteurs ? Comment consentir que les produits culturels profitent d’une “exception culturelle” dans le système de libre-échange mondial alors que l’alimentation et l’agriculture n’en bénéficient pas ? Ne pas considérer tout ce qui relève de l’alimentation et de l’agriculture comme objet culturel fait que finalement on les laisse être régulées par les lois du marché et par les accords de libre-échange internationaux qui réduisent la souveraineté alimentaire des États. Cela aboutit à une uniformisation de l’alimentation, les spécificités agricoles étant gommées, alors que tout un chacun devrait pouvoir avoir accès aux spécificités alimentaires et agricoles de son territoire.

Il vous reste 52 % de l'article à lire.
Article réservé à nos abonnés.

Connectez vous si vous êtes abonnés
OU
Abonnez-vous

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut