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Incident du Bugey : la direction de la centrale reconstitue le fil des événements

Si le camion chargé de béton contaminé a pu sortir du complexe nucléaire et se déverser dans une carrière ordinaire à Pérouges, ce n'est pas à cause du portique de sécurité. Selon les premiers éléments de l'enquête interne, ce sont les équipes de contrôle qui ont failli. Version des faits selon la direction.

Comment des gravats radioactifs ont-ils pu échoir dans une carrière ordinaire, à Pérouges, en dépit des procédures de contrôle ? Ce vendredi, la direction de la centrale du Bugey a reconstitué le fil des événements.

Mardi 9 août, en début de matinée. Un camion charge le contenu d'une benne à gravats (5m3), située à côté d'un tour qui coule du béton. Ces "fins de coulure", inutilisables, sont vouées à la déchèterie. Comme l'insiste la direction de la centrale, il ne s'agit ni de gravats de démolition, ni de déchets nucléaires, mais de bétons fraichement formés. Pourtant, lorsque le chargement parvient au portique de sécurité, celui-ci sonne, signalant la présence de radioactivité. Ce sas se présente sous la forme d'une voie routière, encadrée de deux plaques verticales d'un mètre cinquante de haut. Le déclenchement de l'alarme n'est pas exceptionnel. Il arrive qu'elle retentisse lorsque le chargement contient des sacs de sable renfermant du potassium, source de radioactivité naturelle. A chaque fois, des mesures complémentaires sont effectuées, et si la radioactivité est naturelle, le chauffeur peut repartir, muni d'une attestation.

Cette fois, la procédure n'a pas été appliquée. Aucun examen supplémentaire n'est accompli et le camion quitte la centrale. L'équipe de contrôle réalise semble-t-il très vite son erreur. "On aurait presque pu intercepter le camion. C'était une question de minutes", assure la direction de la centrale. Trop tard, le chargement est vidé dans une carrière, à Pérouge. En fin de matinée, plusieurs agents s'y rendent. La mairie de Pérouges, le propriétaire du site et l'Autorité de Sûreté nucléaire sont prévenus de l'incident. Des mesures montrent alors un taux très faible de radioactivité, contenu sur une partie seulement des gravats. En l'occurrence 3 micro sievert/heure, "soit trois cents fois moins que la limite annuelle", précise la centrale.

Le lendemain, à 7h30, une équipe vient récupérer le béton pour l'entreposer à nouveau à l'intérieur du complexe nucléaire. Des mesures indiquent un taux normal de radioactivité dans la décharge. "Cet événement n'a eu aucune conséquence sanitaire et environnementale", conclut positif le communiqué de la centrale du Bugey. L'incident est classé au niveau 0 de l'échelle internationale des événements nucléaires, graduée de 0 à 7. En 2010, 40 incidents de ce type ont été constatés par l'Autorité de sûreté nucléaire au Bugey. Une enquête devra toutefois déterminer pourquoi, en dépit de l'alarme déclenchée, l'équipe de sécurité a laissé sortir le camion sans examen supplémentaire. Et pourquoi du béton fraichement formé a pu présenter des taux anormaux de radioactivité.

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Michèle Rivasi © Tim Douet
Michèle Rivasi est députée Europe Écologie-Les Verts au Parlement européen. Membre de la commission Environnement, santé publique et sécurité alimentaire (Envi), elle est régulièrement confrontée aux représentants de divers groupes de pression.
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