les agriculteurs allument des bougies pour défendre leur exploitation face au gel. Joris Miachon

Gel dans les campagnes près de Lyon, un arboriculteur témoigne

Après la vague de gel de la semaine dernière, les agriculteurs sont durement touchés. En plus d'essuyer de lourdes pertes de récoltes, les conséquences économiques sont importantes. Un arboriculteur de la Drôme témoigne.

La situation est dramatique pour la plupart des agriculteurs de la région. Après avoir lutté pendant une semaine contre le gel pendant les nuits, avec notamment des températures à -7° dans la nuit du 7 au 8 avril, les cultivateurs doivent faire face aux conséquences économiques de ce désastre agricole. Le ministre de l'Agriculture, Julien de Normandie, parle - à juste titre selon ces agriculteurs - de "la plus grande catastrophe agronomique de ce début de XXIe siècle". 

En effet c'est plus des deux tiers des récoltes des plantations fruitières qui risquent de partir en fumée, brûlées par le froid. Les manques à gagner sont importants et la perte de chiffre d'affaire semble abyssale pour beaucoup. Un constat difficile, mis en relief avec le fait que seulement 15 % des agriculteurs sont assurés en cas de perte. Un chiffre qui s'explique par le montant élevé des assurances ainsi que la complexité des négociations lorsque l'agriculteur souhaite assurer seulement une parcelle.

Le cas d'un arboriculteur de la Drôme

Joris Miachon, un jeune arboriculteur de la Drôme, à la tête d'une petite exploitation familiale produisant principalement de la poire et de l'abricot, témoigne de son désarroi : "Bien qu'on ait allumé les bougies toute la nuit dans les plantations, je pense risquer 80 % de pertes au total. 90 % de mes plantations d'abricots ont été impactées et 100 % des cerises."


"Bien qu'on ait allumé les bougies toute la nuit dans les plantations, je pense risquer 80 % de pertes au total. 90 % de mes plantations d'abricots ont été impactées et 100 % des cerises."


Malgré d'importants moyens anticipés sur la vague de froid, l'agriculteur explique que lui et son équipe étaient sur le pont nuit et jour pour tenter de sauver ce qui pouvait l'être. "Lorsque l'alarme du thermomètre sonne, on allume 50 % des bougies. Et si la température continue de descendre, on allume le reste. Mais sous les -5°, aucune technique n'est vraiment efficace" explique l'arboriculteur avec émotion. Pour rappel, les températures sont descendues jusqu'à -7° dans la région lyonnaise.

L'attente d'un soutien de l'Etat

Si la plupart des agriculteurs touchés par le gel attendent un soutien financier des autorités publiques, beaucoup réclament aussi plus d'attention de la part du gouvernement. En effet, l'épisode de gel arrive dans un contexte tendu de longue date pour la filière agricole, notamment à propos des négociations des prix avec la grande distribution. La situation de Joris Miachon est emblématique : "Je ne sais pas ce que je vais dire à mes trois salariés. Peut-être vais-je recourir au chômage partiel mais il n'y pas de formule miracle". Lui comme beaucoup sont désoeuvrés tant les pertes économiques sont importantes. Contacté par Lyon Capitale, d'autres agriculteurs déclarent souhaiter une année blanche soutenue par l'Etat sur la question des emprunts. "L'idée est d'obtenir au moins ce que l'on dépense. On savait déjà que l'on ne gagnerait pas d'argent cette année" projette l'arboriculteur.

Comment gérait-on les vagues de froid dans le passé ?

L'utilisation des bougies, appelées aussi "flammèches", dans les exploitations des cultures fruitières, n'est pas nouvelle. Cependant on remarque que son usage est plus répandu en Bourgogne que dans la région lyonnaise. Une technique pour résister au gel parmi d'autres. En effet, lorsque les températures ne sont pas trop basses, certains agriculteurs projettent de l'eau sur les plantations, permettant la création d'un léger dépôt de gel qui protégera les bourgeons. Une technique contre intuitive qui nécessite beaucoup d'eau, et donc souvent difficile à mettre en oeuvre. Joris Michaon décrypte : "Les anciens s'appuyaient sur la polyculture. Si on perdait les fruits, il y avait les vaches ou d'autres cultures... aujourd'hui le marché nous oblige à nous spécialiser". Une situation qui rend plus vulnérables les exploitants en cas de gel comme la semaine dernière et peut-être comme la semaine à venir comme semble l'indiquer les services météo.

 

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