Gaz dans la vallée du Rhône : le risque d'une eau contaminée ?

Des arrêtés publiés au Journal Officiel viennent d'autoriser plusieurs sociétés pétrolières et gazières à faire des recherches de gaz dans les régions d'Alès (Gard), de Montélimar (Drôme) et de Villeneuve de Berg (Ardèche).

En région Rhône-Alpes, c'est la région de Montélimar qui est la plus concernée avec une zone de 4 327 km2 et s'étendant du sud de Valence au nord de Montpellier : c'est le "permis de Montélimar". L'État vient d'y autoriser les sociétés Total et Devon Énergie Montélimar SAS à y faire des recherches "exclusives" de gaz de schiste. L'exploitation de ces gisements gazeux est très développée aux États-Unis selon une technique qui sera mise en oeuvre dans la Vallée du Rhône. Cette technique consiste à creuser des puits verticaux, puis des puits horizontaux pour y injecter de l'eau à très haute pression afin de libérer le gaz emprisonné dans la roche. Cette technique n'est pas sans effets sur l'environnement et notamment sur les nappes phréatiques. Il faut en effet énormément d'eau pour fracturer les roches et lorsque cette eau est récupérée, elle est chargée en métaux lourds potentiellement toxiques.

Notre partenaire Rue89 a publié un article relatant ces techniques aux États-Unis et les effets sanitaires et environnementaux qu'ils induisent. Il n'est pas inutile de s'y pencher à l'heure où le gouvernement vient d'autoriser des exploitations similaires dans la Vallée du Rhône.

Pour exploiter les gisements de gaz des Appalaches, les Américains utilisent une technique qui pollue les eaux naturelles.

Echange énergie 100 % américaine et milliers d'emplois dans région en crise, contre environnement pourri et eau non potable. Tel est le dilemme des Appalaches, qui vivent une incroyable ruée vers l'or gazeux. Economie contre écologie, un choix pas nouveau sous le soleil.

Ce marché de dupe n'est de toute façon pas soumis à référendum. Les millions d'habitants de Pennsylvanie, d'Ohio et de l'Etat de New York ont certes besoin de l'eau qui vient des montagnes, ils ne remettent pas pour autant en question la nécessité d'exploiter les gisements récemment découverts : ils veulent les jobs, et ils veulent que leur pays ne dépende plus des importations de l'étranger.

Résumons l'affaire. La moitié nord-est des Appalaches, vaste comme la Grèce, est un massif schisteux nommé Marcellus Shale. Cette formation contient la majorité des réserves gazières et pétrolières découvertes aux USA ces dernières années.

Les géologues disent que ce champs gazier pourrait être le plus important des Etats-Unis et qu'il serait capable de répondre aux besoins du pays pour au moins deux, voire trois décennies. Ces réserves ont été détectées dans les années 90, mais elles n'étaient pas facilement accessibles à cause de la manière dont elles sont piégées dans la roche.

Injecter de l'eau pour fracturer la roche

Les compagnies de forage ont mis au point une technique adaptée : la fracture -ou fracturation- hydraulique, dite « fracking ». Des millions de mètres cube d'eau, de sable et d'additifs divers sont pulvérisés dans les puits. Les schistes sont brisés, le gaz est relâché.

Le fracking n'est pas nouveau. Ce qui l'est, c'est sa combinaison avec une nouvelle technique de forage horizontal. La technologie est chère, elle consomme de folles quantités d'eau, mais la production de gaz est également phénoménale.

Que devient l'eau qui a servi à craquer la pierre ? On a vu qu'au départ, elle avait été mélangée à quelques produits chimiques. Lesquels ? Eh bien… nul ne le sait, car les industriels ne sont pas tenus par la loi de divulguer la composition des additifs utilisés pour le fracking. Ah !

Il se trouve qu'en 2005, le Vice-président des Etats-Unis, Dick Cheney, avait spécifiquement fait exempter le fracking des techniques régulées par l'EPA (l'agence de l'environnement), au prétexte que les additifs ne représentaient que 0,5 % du fluide total.

L'eau, donc, après être passée au travers des roches et du gaz, est devenue déchet industriel. Elle est maintenant ultra salée, chargée de sulfates, de chlorides et de benzène, un hydrocarbure présent dans le gaz naturel.

Le foreur en récupère une partie, le reste -entre 15 % et 40 % selon les sites- retourne ou reste dans le milieu naturel. Ce déchet liquide rejoint tout naturellement les aquifères, qui alimentent les rivières.

Des stations d'épuration pas conçues pour ça

Au début de l'exploitation, l'eau récupérée était envoyée vers les stations municipales d'épuration des eaux usées, pour y être pré-traitée avant d'être rejetée en rivière.

Mais ces stations sont conçues pour des eaux usées domestiques, pas pour des déchets industriels liquides. Les traditionnelles filtrations et décantations sur sable laissent passer beaucoup de polluants : les benzènes, à coup sûr, ainsi que les fameux additifs dont on ne connaît pas la composition.

Pour limiter les dégâts, les foreurs ont commencé à recycler la partie de l'eau usée qu'ils parviennent à récupérer. Ils la réinjectent dans les puits pour des nouveaux fracking. Mais cela ne peut résoudre le problème de fond : la pollution progressive des eaux naturelles.

Les polluants se retrouvent dans les rivières. Ces rivières coulent vers l'aval, vers les grandes villes, qui y puisent l'eau qui va être « potabilisée » par une série de traitements censés ôter ce qui est mauvais pour la santé.

Les traiteurs d'eau et les scientifiques, appelés à la rescousse par les écologistes, constatent que l'eau venue des Appalaches présente des traces de benzène de plus en plus importantes. Elle contient aussi des perturbateurs endocriniens qui n'étaient pas là avant l'exploitation du gaz.

On veut les jobs, pas la pollution

Tout cela promet des lendemains sanitaires difficiles, car on est aux Etats-Unis, un pays où les citoyens estiment avoir le droit à une eau potable de qualité.

Ces mêmes citoyens qui applaudissent à l'exploitation de ces gisements de gaz vont détester payer les taxes que vont bientôt leur réclamer les pouvoirs publics. En effet, il va falloir investir dans de nouvelles usines de potabilisation, capables d'éliminer les polluants dérivés du fracking.

Ça s'appelle vouloir le beurre sans payer le prix du beurre. Vouloir l'industrialisation sans les défauts de l'industrialisation.

On peut aussi voir les choses avec une perspective radicalement différente : l'autre gros problème des Appalaches -de leur partie sud-ouest cette fois- est l'exploitation du charbon. L'extraction s'y pratique en rasant les montagnes une à une, rien de moins.

Les dégâts sur le paysage sont irréversibles et la pollution induite est effroyable. Bien pire que celle générée pour l'instant par l'exploitation du gaz. En outre, à condition d'y mettre le prix, il est toujours possible de rendre potable une eau polluée. Enfin, la combustion du gaz émet moins de carbone que celle du charbon.

On en revient au constat du début : échangerai peste contre choléra…

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2 commentaires
  1. slim mazni - 2 avril 2010

    @golden touch merci pour votre commentaire. Mais savoir que cette technique de forage et de fracking élaborée aux États-Unis et qui va être utilisée dans les recherches de la vallée du rhône pollue constitue au contraire une vraie information. Il n'y a ici nulle comparaison des sites géologiques, mais un simple éclairage sur une technique de forage. Que cette technique provoque des pollutions à l'autre bout du monde constitue une réelle information au contraire, ne serait-ce simplement que pour faire un usage du principe de précaution dans le cadre des projets de Total à Montélimar...

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