Najat Vallaud-Belkacem, candidate PS aux régionales © Antoine Merlet
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Entretien : Najat Vallaud-Belkacem confie les raisons de son retour à Lyon

À trois mois du premier tour des élections régionales et lassée de voir le rassemblement de la gauche échouer, Najat Vallaud-Belkacem a décidé d’entrer en campagne. Elle mènera la liste PS. Un retour à la vie politique qu’elle justifie par l’action et la personnalité de Laurent Wauquiez : "Il est la quintessence de ce que je combats en politique."

Lyon Capitale : Vous avez passé trois ans en retrait de la vie politique. Qu’est-ce qui motive votre retour ?

Najat Vallaud-Belkacem : Je n’ai pas le sentiment de m’être éloignée de l’engagement politique ces dernières années. Certes, j’ai renoncé à tout mandat et je ne passais pas mon temps à commenter la vie politique. J’ai pris trois ans pour me ressourcer, prendre du champ. Mais durant ces trois années, j’ai fait des choix particuliers. Dans le secteur privé, je n’ai pas rejoint n’importe quel groupe. J’ai intégré une entreprise [l’institut de sondages Ipsos, NdlR] dont la vocation est de comprendre ce qui traverse le monde : la montée du populisme, l’explosion des inégalités, les appréhensions des gens. C’était un observatoire pour mieux appréhender le monde et répondre à ces enjeux dans le sens du bien commun. Ensuite, j’ai rejoint une ONG de lutte contre l’extrême pauvreté. L’intérêt général a guidé mes pas depuis toujours. Je ne l’ai pas fait dans le format politique auquel nous sommes habitués, c’est une autre forme d’engagement. La vie civile est la norme, la vie politique l’exception. Je décide aujourd’hui de me présenter devant les électeurs, car j’estime qu’il y a un combat majeur à mener dans cette région dont je conteste les politiques conduites par le président sortant sur le fond, mais aussi sur la forme. Il est la quintessence de ce que je combats en politique. Je ne peux pas me dérober. Il y a ceux qui déchirent, ils sont nombreux, et ceux, plus rares, dont je fais partie, qui recousent. Le lieu d’observation du monde qui a été le mien ces dernières années m’a convaincue que le plus grand danger qui guette nos sociétés, c’est précisément le fait qu’on ne laisse la parole ou le pouvoir qu’à ceux qui divisent alors même que nous sommes confrontés à des défis majeurs, comme la lutte contre le changement climatique ou l’explosion des inégalités, qui réclament de la concorde. Face à ces défis, nous n’avons pas besoin de gens qui approfondissent les clivages et ne préparent en rien l’avenir. C’est pour offrir cette alternative indispensable que je viens mener ce combat.

Différents sondages montrent pourtant que la population s’estime satisfaite de la politique de Laurent Wauquiez…

À la Région, Laurent Wauquiez a réussi le tour de force de ne répondre à aucun besoin des habitants en matière d’accès à la santé, de transports collectifs ou de formations qualifiantes. Sur tous ces sujets, il y a un recul. Et sur tous les grands enjeux d’avenir que j’évoquais, il s’est contenté de monter les uns contre les autres, comme les chasseurs et les associations environnementalistes. Il a radicalisé les acteurs en leur laissant croire qu’ils ne pouvaient pas travailler ensemble. Dans cette région, nous avons des chaînes de montagnes, des métropoles, des zones rurales, des pôles scientifiques mondiaux. Avec une telle diversité, de tels atouts, nous pourrions faire des choses exceptionnelles en travaillant les uns avec les autres. Au lieu de quoi, la seule chose qu’il ait installée c’est un système institutionnalisé de distribution de subsides uniquement destinés à capter et garder le pouvoir. C’est quasiment une privatisation des fonds publics de la Région pour sa communication personnelle et sa réélection. Mediapart le démontrait il y a quelques jours : si vous avez la malchance d’habiter dans une commune qui n’a pas la bonne étiquette politique, vous ne serez pas aidé par ce président. C’est le cynisme à l’état pur. Le creusement délibéré des inégalités territoriales là où sa responsabilité était de les résorber.

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