Du pétrole à la sauce Nantua

En revanche, peu de gens savaient que le sous-sol de la région renfermait l'un des produits les plus recherchés de la planète : le pétrole.

A 127 dollars et des poussières le baril (159 litres)*, autant dire que la moindre trace d'or noir aiguise les appétits. A tel point qu'une jeune société pétrolière anglaise, basée à Londres, la Celtic Petroleum Limited, a demandé l'autorisation à la Direction générale de l'énergie et des matières premières de forer dans l'Ain. Une nouvelle qui n'a pas vraiment surpris Jean-Pierre Carminati, le maire de la ville de Nantua, au sud de laquelle devrait avoir lieu les forages : " il y avait déjà eu des recherches dans le coin, fin des années 80. Apparemment, il y avait une nappe, mais je n'en sais pas plus ".

Essais abandonnés fin 89
Vérifications faites, il y a bien eu des travaux de forage dans cette région. Du 30 mai au 18 juin 89 exactement. C'était alors la compagnie Esso REP (aujourd'hui propriété de l'entreprise canadienne Vermilion) qui prospecta la zone, à Chaleyriat, sur la commune de Lantenay. Dans le rapport de fin de sondage (septembre 1989) que Lyon Capitale s'est procuré, Esso REP arrive à la conclusion que malgré un débit de 300 litres de pétrole obtenu sur deux heures, " la faible épaisseur et perméabilité (des roches, ndlr) rendent hypothétiques leur mise en production ". En clair, les investissements prévus pour pomper le pétrole de l'Ain sont trop élevés compte tenu du prix du baril. " A l'époque, le baril flirtait entre 15 et 20 dollars pièce, explique Guy Feugère, consultant et représentant de Celtic Petroleum Limited en France. Ça ne valait pas le coup de mettre de l'argent pour un gisement dit " marginal ". Aujourd'hui, le contexte a fortement changé et ce genre de production intéresse tout le monde. Celtic Petroleum les premiers ".

Un minimum de 1 200 barils/jour sur 10 ans
D'autant que les technologies ont fortement évolué. Et qu'à l'époque, les puits n'avaient pas été testés " pour la production ". Il y a donc du pétrole dans l'Ain. Et la compagnie pétrolière anglaise, qui a déjà trois permis de recherches en France, dont celui de Nantua, et plusieurs autres en Europe, entend bien exploiter au maximum les richesses souterraines de la région avec les dernières techniques de pointe. Pour l'heure, Celtic Petroleum a repris les études d'Esso et s'est engagé à investir un peu plus de 1,7 millions d'euros en recherches. "Les recherches en bureaux sont très longues, continue Guy Feugère, car la géologie du Jura fait qu'il est très compliqué de creuser. C'est pour cela qu'il faut des données très précises pour localiser le type de pièges dans lequel l'huile (le pétrole, ndlr) est présente". Au vu des résultats qui s'annoncent " prometteurs ", Celtic Petroleum décidera de forer à l'été, pour une exploration des sous-sols prévue courant 2009. De ce petit trou, d'à peine 20 centimètres de diamètre qui descendra jusqu'à 2 500 mètres de profondeur dans la roche jurasienne, devra jaillir au minimum 1 000 barils/jour de ce liquide vert-noir visqueux pendant dix ans pour que l'affaire soit rentable.

Pour Charles Lamiraux, expert-géologue responsable du suivi des exploitations pétrolières en France et outre-mer : " c'est une très bonne nouvelle ! Avec cette province prétrolière encore inexplorée dans l'Ain, on peut envisager un doublement ou un triplement de la production française". De quoi couvrir les besoins français en pétrole d'au moins 5 %. Nantua, nouvel eldorado de l'or noir ? A suivre.

* Cours du lundi 2 juin.

Repères
0,97 million de tonnes de pétrole brut ont été produites en 2007 (1,06 en 2006) en France, soit 1 % des besoins français en pétrole
59 champs ont produit du pétrole (sur 63 en activité)
les principales zones pétrolières françaises sont le bassin d'Aquitaine (dans les Landes, la Gironde et les Pyrénées Atlantiques) et le bassin de Paris (Marne et Seine-et-Marne). On trouve aussi du pétrole, en moindre quantité, dans le bassin du Jura-Bresse-Savoie-Vercors-Valence, dans le sud-est et dans le domaine marin.

Les principaux gisements français
Production/an  % nationale
Parentis (bassin d'Aquitaine) : 113 277 t (11,6 %)
Itteville (bassin parisien) : 110 066 t (11,3 %)
Chaunoy (bassin parisien) : 78 508 t (8,1 %)
Villeperdue (bassin parisien) : 68 216 t (7 %)
Cazaux (bassin d'Aquitaine) : 51 004 t
Champotran (bassin parisien) : 44 666 t
Lagrave (bassin d'Aquitaine) : 43 160 t
Pécorade (bassin d'Aquitaine) : 39 114 t
Courbey (bassin d'Aquitaine) : 30 795 t
Vic Bilh (bassin d'Aquitaine) : 26 887 t
Vert le Grand (bassin parisien) : 24 588 t
La Torche (bassin parisien) : 23 567 t

Source : Direction générale de l'énergie et des matières premières, Bureau d'exploration-production des hydrocarbures (BEPH).

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