Lundi 9 août, à l’entrée du Hard-Rock Café, dans le 2e arrondissement de Lyon, le personnel effectuait les premiers contrôles du pass sanitaire. (Photo Hadrien Jame)

Dix jours après l’entrée en vigueur du pass sanitaire "la procédure est rodée" dans les restaurants de Lyon

Contrôlé depuis le 9 août dans les cafés et restaurants de Lyon, le pass sanitaire fait désormais partie du quotidien des professionnels du secteur à Lyon. Passée l'inquiétude des premiers jours, marqués par une baisse de la fréquentation, le secteur repart de l’avant après avoir pris le pli du pass sanitaire. Geoffrey Clavel, le président des bars et brasseries à l’Umih du Rhône, revient pour Lyon Capitale sur le déploiement de cette mesure et évoque les pistes développées pour faciliter l’accueil des clients tout en rappelant que des craintes persistent à l’approche de la rentrée. Entretien. 

Après les cinémas, les musées ou encore les espaces de loisirs, lundi 9 août les cafés, bars et restaurants de Lyon se frottaient pour la première fois au contrôle du pass sanitaire. Ce jour-là, Lyon Capitale s’était rendu à la rencontre de ces professionnels et si chez certains tout se passait bien, chez d’autres la mise en place de cette nouvelle mesure se révélait nettement plus compliquée. Laissant craindre à ces derniers des jours sombres, avant que la situation ne s’améliore. 

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Une dizaine de jours plus tard, la procédure est désormais bien rodée, selon Geoffrey Clavel, le président des bars et brasseries à l’Umih du Rhône. Les chaises vides de la première semaine, chez certains, se sont remplies et le secteur repart de l’avant. Le contrôle du pass sanitaire "se passe globalement bien" et la mesure imposée par la préfecture semble respectée par la majorité des professionnels, selon l’Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH) qui compte 1500 adhérents dans le Rhône, dont près de 800 à Lyon. 

Un passage obligé pour garder ouverte la porte des cafés, bars et restaurants et que l’UMIH entend faciliter au maximum. À cet égard, l’organisme a travaillé à la mise en place, prochaine, de centres de dépistage dans sept ou huit points centraux d’animation CHR (Café-Hôtel-Restaurant) de la ville de Lyon. Malgré cela, quelques inquiétudes persistent par rapport à la rentrée. Entretien

Lyon Capitale : Une dizaine de jours après l’entrée en vigueur du pass sanitaire dans les cafés et restaurants quelle est la situation à Lyon ?

Geoffrey Clavel. Il faut être réalistes, lucides et dire la vérité, globalement cela se passe bien. Lorsqu’on nous a rajouté cette contrainte, il y a eu une levée de boucliers, parce que c’est toujours la même profession qui est ciblée. Mais dix jours après l’entrée en vigueur du pass sanitaire, dont une bonne semaine de pédagogie, on se rend compte que ça se passe plutôt bien. 

Il y a eu une baisse de la fréquentation lors des deux premiers jours, certaines personnes étant opposées à cette mesure. Je ne vous cache pas que c’était un peu la grande inquiétude dans le milieu à Lyon. Mais, finalement, au bout du troisième jour, les personnes qui étaient réfractaires ont réalisé qu’une bière en terrasse ça leur manquait et elles sont revenues dans nos établissements [avec un test PCR /antigénique négatif ou un pass vaccinal valide, NDLR]. C’est un peu comme ce qui s’était passé au début avec le port du masque.

Globalement, la semaine dernière, nos adhérents ont enregistré une baisse de 20 % [par rapport à la même semaine lors d’un mois d’août, hors période Covid-19, NDLR]. Après, à savoir si c’est lié au pass sanitaire ou à la canicule et aux nombreux départs en vacances c’est compliqué à dire. Néanmoins, il faut souligner que les bouchons sont remplis de touristes anglos saxons, ce qui est un bon signe, et que les terrasses ne sont pas vides. 


"Cela fait quinze mois que l’on fait de la pédagogie auprès des clients, sur les masques, le lavage des mains avec du gel hydroalcoolique, l’encaissement à table, les jauges [...] nos équipes sont maintenant bien éduquées pour expliquer calmement les choses."


Après la relance exceptionnelle du mois de juillet, ça a tout de même mis un sacré frein à l’activité de la profession …

Oui, il y a eu un coup de frein, mais cela a duré trois jours. Auparavant pendant les mois de mai, juin, juillet ça a véritablement été les 30 glorieuses. Celui qui vous dit qu’il n’a pas gagné d’argent sur ces mois-là alors que l’activité était exceptionnelle pour une sortie de crise, malgré la météo en juillet, et que l’on était encore aidé par l’État, c'est difficile à croire.

C’est aussi pour ça que certains vous disent qu’ils ont ressenti un coup de froid avec l’entrée en vigueur du contrôle du pass sanitaire, tout simplement parce qu’ils étaient en surchauffe juste avant. On fait partie des métiers où, bizarrement, on oublie de le dire quand ça va bien. 

Même s’il y a encore un petit frein aujourd’hui, les aides du fonds de solidarité, proportionnelles à la perte de chiffre d’affaires que vous aviez avant la crise, vont continuer jusqu’à la fin du mois d’août et il reste aussi du chômage partiel. Tout est fait pour que le retour à la normale se passe bien. 

Malgré le contrôle du pass sanitaire les clients sont bien présents aux terrasses des établissement de Lyon. (Photo d'illustration JEFF PACHOUD / AFP)

Certains restaurateurs craignaient que cette nouvelle mesure complique les relations entre le personnel et les clients. Qu’en est-il ? 

La procédure est rodée et hormis quelques personnes "anti tout", je trouve que les clients sont plutôt agréables et comprennent bien que nous y sommes strictement pour rien. Il n’y a pas l’agressivité que l’on pouvait craindre, c’est surtout ça qui faisait peur à nos adhérents. Mais, encore une fois, cela fait quinze mois que l’on fait de la pédagogie auprès des clients, sur les masques, le lavage des mains avec du gel hydroalcoolique, l’encaissement à table, les jauges, etc. Donc finalement nos équipes sont maintenant bien éduquées pour expliquer calmement les choses. Je pense aussi que les clients sont tellement à bout que maintenant ils arrivent spontanément avec leur QR code en main.


"Des centres de dépistage dans sept ou huit points centraux d’animation CHR [...] dans le Vieux-Lyon (5e), à Bellecour (2e), aux Terreaux (1er), à Confluence (2e), aux Brotteaux (6e)."


Des exploitants ont installé des centres de dépistage devant leurs établissements pour tester les clients. Est-ce que dans certains quartiers, les moyens pourraient être mutualisés entre les cafés et restaurants pour mettre en place ce genre de dispositif ? 

Il y a un travail qui est en cours à ce sujet entre l’UMIH et la Ville de Lyon. Ces échanges doivent permettre la mise en place de centres de dépistage dans sept ou huit points centraux d’animation CHR [Café-Hôtel-Restaurant, NDLR] de Lyon. Dans le Vieux-Lyon (5e), à Bellecour (2e), aux Terreaux (1er), à Confluence (2e), aux Brotteaux (6e). Les lieux d’occupation ont été validés par les services municipaux.

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L’UMIH et son président départemental, Thierry Fontaine, ont travaillé activement sur ce dossier et normalement on va pouvoir mettre cela en place la semaine prochaine. Ce qui fait que les clients, qui veulent sortir dans ces pôles majeurs, pourront aller se faire tester chaque jour de la semaine, avant d'aller au restaurant par exemple. C’est bien, parce qu’un petit restaurant ne peut pas prendre ça à sa charge. En revanche, l’organiser par le biais de l’UMIH c’est réalisable et ça permettra aussi de montrer que tout le monde a travaillé ensemble. 

On sera prêt pour la rentrée, c’est une certitude. Mais encore une fois pour que tout cela fonctionne bien il faut vraiment que chacun mette en place ce petit contrôle à l’entrée de son établissement, ça prend deux secondes et puis les clients sont habitués. Il ne faut surtout pas que l’on ferme de nouveau et que l’on clignote encore comme une corporation qui s’oppose à tout ce que l’on [l’État, NDLR] veut mettre en place.

Justement est-ce que la rentrée est un sujet d’inquiétude pour vos adhérents ? 

Aujourd’hui, la seule véritable crainte que l’on peut avoir c’est que beaucoup de Lyonnais sont en vacances et comme tout le monde on se demande ce que cela va donner quand les vacanciers vont rentrer. Le brassage de population avec les personnes qui pourraient être asymptomatiques inquiète. Il faudra être très précautionneux et continuer à respecter les protocoles mis en place, ainsi que les gestes barrières. 

J’invite donc tout le monde à bien jouer le jeu, parce que sinon ce qui nous pend au nez c’est une grosse reprise épidémique dans le Rhône en septembre, qui pourrait alors être synonyme de couvre-feu. Pour freiner l’épidémie, notre métier sera la première variable d’ajustement. Il faut donc montrer aux forces de l’ordre et à la mairie que notre corporation joue le jeu. 

À un moment donné, il faut arrêter d’être réac. On a une obligation qui est de moyens [le contrôle du pass sanitaire, NDLR] et tous nos collaborateurs ont des smartphones avec l’application TousAntiCovid Verif. Que des clients décident de tricher, ça ne nous regarde pas, mais nous on doit se montrer de bonne foi, parce que la seule chose que l’on veut c’est la reprise normale de notre activité. 


"Il faut que celui qui ne joue pas le jeu soit contrôlé et sanctionné, parce que c’est lui qui pénalisera toute la branche après. Il faut que notre profession soit unie et solidaire."


Pour le moment comment se passent les contrôles effectués par les forces de l’ordre ? Est-ce que vous avez eu vent de mises en demeure ? 

Jusqu’à présent, c’était très pédagogique. Il y a eu deux tournées médiatisées, dans le Vieux Lyon et sur la Presqu’île. Au niveau de l’UMIH, nous avons beaucoup discuté avec les services de l’État, chargés de la crise sanitaire, et les consignes sont vraiment de faire de la pédagogie sur les premiers contrôles. Mais, en revanche, il faut que celui qui ne joue pas le jeu soit contrôlé et sanctionné, parce que c’est lui qui pénalisera toute la branche après. Il faut que notre profession soit unie et solidaire. 

Pour l’instant, il n’y a pas eu de mise en demeure, la période d’une semaine de tolérance s’est un peu élargie à une dizaine de jours. C’est comme tout, si chacun est à peu près respectueux et que personne n’abuse, peut-être que cela durera plus longtemps… Il ne faut pas qu’il y ait des personnes qui commencent à claironner "nous on ne contrôle pas", c’est une question de bonne intelligence et de respect des règles, à minima. 

De ce que l’on comprend, la procédure semble donc désormais bien rodée à Lyon. Mais qu’en est-il dans le reste de la Métropole et le Rhône, dans des communes où la couverture vaccinale est plus faible ? 

J’ai des retours des villes moyennes et des petites villes où effectivement, pour le moment, la mise en place est plus compliquée. On est sur des secteurs où les catégories socioprofessionnelles sont un peu moins élevées qu’à Lyon et où les personnes sont moins vaccinées. Il y a également un peu plus d’énervement, du coup l’exploitant qui ne veut pas non plus passer sa journée à se battre avec les clients, et voir son chiffre d’affaires réduit à zéro, est peut-être plus enclin à moins contrôler.

Au café Mercière, pour le premier jour du contrôle du pass sanitaire le 9a août il y avait du monde en terrasse mais on était tout de même loin de l'affluence habituelle, selon le responsable de l'établissement. (Photo Hadrien Jame)

La vaccination du personnel des cafés et restaurants représente un enjeu important pour la rentrée ?

Effectivement, c’était un sujet sensible. Néanmoins, aujourd’hui ils se rendent bien compte que ce n’est pas que pour aller au travail qu’il va falloir se faire vacciner, mais bien pour pouvoir redonner un sens à sa vie. Donc finalement cela nous aide pas mal que le pass sanitaire soit élargi. 

Mais attention, il faut être clairs, ce n’est pas le pass vaccinal qui est exigé au personnel, mais bien le pass sanitaire, certains confondent un peu tout. Si pour X ou Y raison ils ne veulent pas se faire vacciner, ils iront se faire tester toutes les 72 heures. Et si au bout d’un moment ils ne veulent plus se faire tester, l’État est en train de mettre en place différentes choses comme les changements de postes ou la mise en veille du contrat de travail. Même si l’on ne sait pas encore comment cela tiendra devant les prud’hommes.

Certains membres de la profession semblaient avoir du mal à recruter depuis la réouverture. Est-ce que c’est toujours un problème ? 

C’est un peu bizarre. Certains de nos adhérents n’ont eu aucun problème alors que pour d’autres c’était effectivement très compliqué. Mais depuis deux ou trois jours, il y a quand même beaucoup plus de CV qui tombent. Pour ma part, j’ai déposé des annonces sur Indeed et je crois qu’hier sur un poste d’employé polyvalent en restauration on avait 32 candidatures. 

Les étudiants ont commencé à revenir à Lyon et les contrats saisonniers se terminent également, donc ça repart. Et puis il y a la fin du chômage partiel, certaines personnes sont donc obligées de se remettre au travail. 

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