Rue Mercière à Lyon lors du couvre-feu. (Photo by JEFF PACHOUD / AFP)

Coronavirus : peur de la 3e vague, faut-il s'inquiéter ? A Lyon, que disent les chiffres et les courbes ?

Après plusieurs semaines de baisse, le nombre de cas positifs ne baisse plus à Lyon et dans la région. Qu'est-ce que cela veut dire ? Est-ce que Noël et le Nouvel An sont en danger ? Le risque d'une 3e vague est-il très fort dans la région ? Analyse.

Ce lundi, le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, le ton grave, a fait un nouveau point sur l'épidémie de coronavirus en France, indiquant que "depuis quelques jours, le niveau des contaminations quotidiennes ne baisse plus", ajoutant que l'impact de l'épidémie de Covid-19 sur le système hospitalier "reste majeur", notamment dans la région Auvergne-Rhône-Alpes (voir ci-dessous). Il a aussi mis en garde contre "un risque élevé de rebond épidémique" avec la perspective des fêtes de fin d'année...

Peu réjouissant... tout ça. Surtout à quelques jours de la 2e phase du déconfinement, le 15 décembre, avec la réouverture prévue des cinémas, des théâtres, des musées et le passage du confinement au couvre-feu à 21h.

Encore beaucoup de monde dans les hôpitaux de la région ce 8 décembre

Mais que disent vraiment les chiffres à Lyon et dans la région Auvergne-Rhône-Alpes ? Est-ce que ça a beaucoup baissé ces dernières semaines ? Ou pas assez ? Où en est-on par rapport au printemps ?

Décryptons les chiffres. Déjà la tension hospitalière. Elle reste forte dans la région. C'est simple, il y avait 3 055 patients suivis pour covid-19 dans les hôpitaux de la région au pic de la 1ère vague, le 6 avril. Au pic de la 2e vague, le 15 novembre, toujours dans la région, il y avait 7 200 patients covid. Ce 8 décembre, 5 000 patients covid sont encore hospitalisés dans la région. Alors oui il y a eu une baisse depuis le 15 novembre, mais le situation reste très compliquée dans les hôpitaux de la région. C'est factuel. Comme le montre notre graphique de suivi quotidien de l'épidémie depuis le 15 mars dans la région.

En réanimation, là-aussi, la pression n'est pas encore retombée dans la région. Loin de là. Au pic de la 1ère vague, près de 800 patients covid uniquement (pour 559 lits de réanimation de base). Lors de la 2e vague, le pic était à près de 900 patients le 15 novembre dans la région. Sans compter tous les patients non covid, beaucoup plus nombreux que lors de la 1ère vague. Sans compter aussi tous les patients covid transférés dans d'autres régions pour soulager et "sauver" la région Auvergne-Rhône-Alpes. Depuis le 15 novembre, la pression est moindre mais 550 patients uniquement covid sont toujours en réanimation ce 8 décembre. C'est encore beaucoup. Encore beaucoup trop.

Mais ce qui inquiète le plus les autorités, ce n'est pas la pression hospitalière actuelle, qui est forte mais contenue. La pression hospitalière va même encore baisser ces prochains jours, au moins jusqu'au début des fêtes de Noël. Ce qui inquiète, c'est la reprise épidémique dans les jours qui viennent. Notamment lors des fêtes de fin d'années, où le brassage va être important.

Le feu est prêt à repartir...

L'indicateur qui est regardé de très près, l'indicateur clé, c'est le taux d'incidence. Il mesure bien la circulation du virus à un instant t sur un territoire. Il détermine le nombre de cas positifs sur les 7 derniers jours pour 100 000 habitants. Or, ce taux d'incidence, après des semaines de nette baisse, il ne baisse plus depuis début décembre. Il est stable. Il est de l'ordre d'environ 150 dans le Rhône depuis une semaine, à un niveau équivalent à celui de début septembre. Il n'a pas du tout baissé au niveau de mai, juin, juillet où il était très très bas.

Il est stable à un niveau suffisamment haut pour montrer deux choses :

  • le virus circule encore (trop) et le feu n'est pas éteint
  • le feu peut repartir à tout moment s'il est rallumé (et c'est là que la perspective de Noël et du Nouvel An inquiète)

"Il y a vraiment une alerte forte sur les risques d'une troisième vague, qui n'est pas que virtuelle, qui n'est pas qu'une perspective lointaine mais qui est bien dans l'arrière-plan de l'évolution des courbes", a expliqué le président de la FHF, Frédéric Valletoux, lors d'une conférence de presse ce mardi. L'évolution des indicateurs "pose un certain nombre de questions quant à la situation dans les prochaines semaines, à la situation lors des fêtes de fin d'année et cela nous pousse à appeler à une extrême vigilance sur, à la fois les mesures d'assouplissement qui pourraient être mises en œuvre et aussi sur tout le dispositif de dépistage et de suivi de ceux qui pourraient être touchés par le virus", a insisté Frédéric Valletoux, rappelant "que le niveau d'hospitalisation diminue très peu, en tous les cas très loin du rythme que l'on avait connu après le premier confinement".

Noël et le Nouvel An en danger ?

Les autorités ont notamment été alertées par l'exemple, préoccupant, de Thanksgiving aux Etats-Unis. La fête s'est déroulée le jeudi 26 novembre. Les contaminations ont explosé dans le pays début décembre. "Une semaine après  Thanksgiving, on bat les records de contamination aux USA. La documentation que l’on a, les lieux de contamination, ce sont les regroupements familiaux, c’est très clair. Si on veut éviter de se retrouver dans cette situation, il faut que l’on s’approprie le contrôle de la diffusion du virus en intra-familial", explique le réputé virologue lyonnais Bruno Lina, membre du très influent conseil scientifique. Bruno Lina, virologue aux HCL (Hospices civils de Lyon), rattaché à l’hôpital de la Croix-Rousse, pilote désormais le comité scientifique de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

"Pour Noël, il ne se passe rien de magique entre 6 et 7 à table. Ce n’est pas parce qu’on est 6 que tout ira bien, et parce qu’on est 7 que tout ira mal. Quand on organise le repas, on doit le penser : « qu’est-ce que je dois faire en plus de d’habitude pour éviter que je transmette le virus à mes convives si jamais j’étais infecté sans le savoir". C’est s’approprier le comportement de prévention", insiste Lina.

Que faire désormais pour le gouvernement ? Car les Français, et c'est normal, ont besoin de visibilité. Le Premier ministre, Jean Castex, doit prendre la parole jeudi sur l'évolution ou non des mesures sanitaires, au lendemain d'un conseil de défense (mercredi) consacré à la crise du Covid-19. Quid du calendrier du déconfinement en plusieurs étapes ? Est-il tenable ? Faut-il instaurer un couvre-feu plus tôt que 21h à partir du 15 décembre ? Peut-il "recommander" le report de la fête du Nouvel An ? Ou du moins fortement le conseiller... Eléments de réponse vraisemblablement jeudi.

3 commentaires
  1. Abolition_de_la_monnaie - mar 8 Déc 20 à 19 h 06

    C'est l'histoire d'une société qui a oublié ses cours de biologie, qui a oublié que lorsqu'on porte à sa bouche des aliments qui ont été touchés et non cuits ensuite, font prendre un risque de transmission... idem pour les plats, etc. qui a oublié que chanter ou parler fort augmente "l'arrosage", etc, etc.

    L'histoire d'une société où on peut devenir fou à vouloir tout contrôler (car c'est impossible... même à votre fenêtre si un voisin fume et que vous sentez sa fumée, il se passe quoi en terme de transmission ?)

    😀
    Le tout face à cette impératif de "continuer à faire tourner la machine monétaire sous peine d'effondrement".

  2. Galapiat - mer 9 Déc 20 à 0 h 53

    Il y aura d'autres Noël et Nouvel An , par contre nos anciens touchés par le virus risquent de ne pas les fêter. Alors, extrême prudence, ce serait trop idiot.

  3. JANUS - mer 9 Déc 20 à 10 h 09

    Le professeur nous fait part de sa dernière lecture !

Les commentaires sont fermés

Faire défiler vers le haut