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Coronavirus à Lyon : "Le recours massif à la téléconsultation va irrémédiablement s’ancrer dans les usages”

Par Christophe Pascal, maître de conférences en sciences de gestion, directeur de l’Institut de formation et de recherche sur les organisations sanitaires et sociales (Ifross) à la faculté de droit de l’université Jean Moulin Lyon 3.

Alors que les scientifiques s’activent pour trouver des traitements, l’épidémie de Covid-19 soulève également des questions d’une tout autre nature : celle des conséquences organisationnelles d’un tel événement sur le système de santé.

Les épidémiologistes nous apprennent qu’une même maladie peut s’exprimer et se développer différemment selon les écosystèmes dans lesquels elle se diffuse. L’organisation des hôpitaux, cliniques et soins de ville participe à cet écosystème, au même titre qu’elle explique en temps normal une partie de la performance d’un système de santé. S’il est encore bien trop tôt pour tirer des conclusions, les premières publications scientifiques sur l’expérience asiatique et les premiers témoignages de nos professionnels en formation qui travaillent dans les services de soins autorisent néanmoins à formuler quelques pistes de réflexion à moyen et long terme.

Reconsidérer la chaîne logistique

Tout d’abord, les pénuries d’équipements de protection, voire de matériel médical, qui affectent la plupart des pays vont probablement amener à reconsidérer la question de la chaîne logistique de santé d’une façon plus globale au niveau des territoires. La résilience aux crises futures mais aussi le fonctionnement quotidien s’appuieront sur une supply chain plus intégrée, mobilisant des sources d’approvisionnement incluant une part significative de fournisseurs locaux (au niveau régional ou national), réconciliant ainsi les exigences écologiques, médicales et financières aux dépens des approches actuelles, souvent centrées sur le moins-disant.

Les transporteurs sanitaires, un peu oubliés au début de cette crise, seront sans doute également mieux associés aux procédures et formations des établissements en termes de prévention des infections, mais aussi d’achat et de gestion des équipements de protection. La polémique sur l’insuffisance du nombre de tests pourrait bien accélérer la reconfiguration de la biologie hospitalière vers des “point of care” capables de réaliser très rapidement et aisément des tests de biologie moléculaire aux dépens des grands laboratoires hospitaliers centralisés.

Systèmes d’information médicaux

L’interconnexion déjà entamée des systèmes d’information médicaux entre les hôpitaux, la médecine de ville mais aussi les laboratoires d’analyse biologiques et les pharmacies de ville sera étendue afin d’avoir une meilleure gestion globale des ressources en lits, en personnel, en matériels et équipements jugés comme critiques, ainsi qu’un meilleur suivi épidémiologique. L’élargissement de la connexion aux systèmes d’information d’autres secteurs (transports, télécommunication) permettra, grâce aux capacités de traitement des big data, de mieux anticiper la survenue des épidémies et leurs conséquences.

Cette crise va également probablement affecter de façon durable le fonctionnement de la médecine de ville et ses relations avec l’hôpital. Le recours massif à la téléconsultation par les médecins généralistes et la simplification de ses modalités de remboursement par la Sécurité sociale vont considérablement accélérer son déploiement, et ancrer irrémédiablement son usage dans les pratiques des médecins comme des patients. La baisse actuellement constatée du recours aux services d’urgence (hors Covid-19) va peut-être accélérer la prise de conscience collective que d’autres filières de traitement de la “petite” urgence sont possibles en ville, notamment par la téléconsultation mais aussi par des consultations classiques avec un petit plateau technique en appui.

Enfin, à plus long terme, l’architecture des établissements de santé mais aussi des EHPAD pourrait connaître une nouvelle étape face aux difficultés posées par l’isolement physique des patients contaminés : le modèle pavillonnaire, repensé pour s’adapter aux contraintes de la médecine moderne, pourrait connaître un renouveau inattendu.

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