Comment les "Duchérois" vivent leur rénovation urbaine

Suite à la rénovation urbaine réalisé à la Duchère depuis 2003, "Duchoramas", un documentaire sur les habitants du quartier a été diffusé ce mardi au Comoédia. Il présente l'intérêt de donner la parole à ceux qui vivent les changements. "La Duchère c'est pas comme avant, c'est pas la violence d'avant, ici tous les pays sont représentés", souligne l'un d'eux.

"La Duchère : attention fragile", titrait-on dans le mensuel d'octobre dernier. Le quartier fait l'objet d'une opération de renouvellement urbain d'une ampleur considérable depuis 2003, engageant 600 millions d'euros. Ce projet concerne 75 600 habitants, soit 7 % de la population du Grand Lyon. Si l'enjeu est d'améliorer la qualité de vie sur la 3e colline de Lyon, ce chantier n'est pas forcément vécu comme tel par la population. Ainsi, le 19 mai dernier, alors que tombait la barre 220, deux bus et un équipage de police subissaient le soir même des jets de pierres. Et le siège du Grand projet de ville était caillassé le surlendemain. Entre 30 et 60 jeunes refuseraient cette rénovation urbaine (lire Lyon Capitale du mois d'octobre 2010). Ces réactions sont-elles marginales ? Comment les habitants perçoivent-ils les modifications apportées à leur quartier ?

Pour connaître les points de vue des habitants de la Duchère, le collectif "The Womps" vient d'achever "Duchoramas", une série de douze documentaires sur la rénovation urbaine, présenté ce mardi au Comoédia. Le collectif a ainsi réalisé des portraits d'habitants (anciens et nouveaux) à partir de photos et d'interviews sonores qui se regardent comme de petites vidéos. Elisabeth Rull qui a mis en image leur vécu prévient : "les habitants sont porteurs de leurs idées, de leurs point de vue et assument leur propos".

"Il faut d'abord reloger les gens du quartier"

Chacune des chroniques est un témoignage d'environ cinq minutes d'un habitant, exprimant ses doutes, ses joies et ses peines. L'un des membres du collectif explique : " il a été certaines fois difficile d'obtenir des témoignages mais nous avons tout mis en œuvre pour garder leurs propos intacts. La finalité du projet est véritablement de montrer ce que vivent les habitants de la Duchère". Le monteur son justifiant également que "si le documentaire a un ton positif, c'est certainement parce que les personnes les plus réticentes au projet de rénovation du quartier, n'ont pas souhaité s'exprimer".

Ce mardi, chacune des chroniques était symboliquement regroupée par thème. Le témoignage des jeunes, nommé sous le thème "Quartier" a permis à Salah et Ali d'exprimer leur angoisses quant aux changements de leur cadre de vie. Salah explique que "le quartier c'est les amis et il faut d'abord reloger les gens du quartier". Pour Ali, "la Duchère ce n'est pas comme avant, ce n'est plus la violence d'avant. Ici tous les pays sont représentés" mais "si tu écris 'Duchère' sur ton CV, ils ne t'embauchent pas, pourtant on n'est pas des racailles".

Pour Arlette, 85 ans, "ça fait mal au coeur, c'est atroce. Moi ça me dégoûte ces immeubles les uns sur les autres. En plus, ils vont mettre des cas sociaux au milieu des gens qui achètent. Je paye 100 euros de moins mais je préférais mon ancien appartement".

"Ce sont les femmes qui font le quartier"

Après avoir vécu plusieurs mois dans ce quartier, Elisabeth témoigne que "les retours sont mitigés et qu'elle ne souhaite pas dresser de bilan". Pour Virginie et Fabrice, un couple de nouveaux arrivants, l'intégration (le thème de leur chronique) s'est faite progressivement. Virginie pensait au début "être prise pour l'inquisiteur, ils vont croire que j'arrive en terrain conquis. Mais mon but c'était de m'intégrer le mieux possible. La diversité est enrichissante pour nous et les enfants, et ça évite les communautés car là tout le monde est mélangé". "Ce sont les femmes qui font le quartier, les hommes on ne les voient pas", relève-t-elle. "j'ai l'impression d'avoir toujours vécu ici, je suis bien", conclut-elle.

Hanane une jeune Marocaine qui vit ici depuis 1999, "ne veut pas quitter la Duchère". "Beaucoup de souvenirs sont partis avec les bâtiments, regrette-t-elle. Mais je pense que c'est aux anciens d'accueillir les nouveaux". Catherine ne regrette pas de vivre à la Duchère : "A part les brebis galeuses il n'y a pas de problèmes mais il faut pas se promener en mini jupe et mettre du cochon dans sa quiche car il faut s'intégrer". "Je suis pour l'avenir et la mixité sociale, je ne regrette pas de vivre ici".

"Duchoramas" : plus d'informations sur le site Internet de l'association en cliquant ici.

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