rentrée
Tim Douet

C'est la rentrée ! ! !

Chaque année, c'est la même rengaine : on nous rabat les oreilles avec la rentrée. Comme si chacun restait bloqué sur ses années de Primaire. On veut nous faire acheter un nouveau cartable, mais c'est oublier que les chiffres de l'emploi ne suivent pas dans le Rhône.

Cette année encore, le mois de septembre est l'occasion pour les faiseurs d'opinion et autres publicitaires de se déchaîner en employant le célèbre concept de "Rentrée". Il faudrait enfiler de nouveaux pantalons avant de reprendre le chemin du boulot, mais les chiffres de l'emploi, ce mois-ci encore, sont méchamment dans le rouge. Le concept de rentrée aurait-il vécu ?

La rentrée, littéralement l'action de rentrer après une vacation ou des vacances, concerne de moins en moins de personnes. La crise est passée par là, phénomène conjoncturel, mais, surtout, le marché du travail a changé de visage, facteur plus structurel. Avoir un travail en CDI et cinq semaines de congés payés par an relève maintenant de l'exploit.

Résultat : la rentrée, concept qui titillait encore notre inconscient collectif il y a quelques années, ne concerne plus grand monde, sauf à parler de rentrée scolaire.

Le marché de l'emploi de plus en plus éclaté

Pour preuve, la proportion de CDD et de temps partiels subis dans le Rhône est de plus en plus importante. Dans le département, ils sont 32 504 personnes(1) à peupler le marché de l'emploi. Souhaitant travailler plus pour gagner plus, ils représentent environ 30 % du nombre total d'actifs. Inscrits comme demandeurs d'emploi, ils font gonfler les chiffres du chômage : +14 % de chômeurs au 31 juillet 2010 par rapport à 2009, + 22 % l'année dernière par rapport à 2008. Pourra-t-on encore longtemps se féliciter d'une rentrée qui exclue un tiers des actifs ?

La hausse du nombre de chômeurs se poursuit inexorablement depuis deux ans. En cette rentrée, ils représentent près de 10 % de la population active au niveau national, les chiffres du Rhône ne tarderont pas à l'illustrer, sans compter toutes les personnes qui ne figurent pas dans les statistiques et les non-inscrits à Pôle emploi.

Pour eux, c'est tous les jours la rentrée

Le marché du travail change. Un euphémisme. La part de l'emploi salarié est en chute libre dans le Rhône. Chacun cherchant, si ce n'est pas déjà fait, à monter son statut d'auto-entrepreneur avant l'hiver. Pour se constituer un bas de laine ? Non, plutôt pour tenter de sauver son emploi. Devenir son propre patron serait devenu la meilleure façon de le garder. La destruction, en 2009, de 9 050 emplois salariés dans le Rhône a bien marqué les esprits.

Et puis, il y a cette manie, désormais répandue même au plus haut sommet de l'État, d'opposer les catégories : les jeunes, les vieux et tous les autres. Les 40 % de seniors (55-64 ans), chômeurs de longue durée dans le Rhône, comment vivent-ils cet engouement pour la rentrée ? Et comment l'accueillent les 4 000 jeunes de moins de 25 ans qui se sont vus autorisés cette rentrée à percevoir le RSA ? Auparavant, les moins de 25 ans n'étaient pas autorisés à percevoir le RMI. Dispositif étendu sans bruit plutôt que mesure phare, mais qui cache bien mal une réalité sociale dégradée. Les catégories privées d'emploi n'ont d'autres choix que d'adhérer aux dispositifs sociaux pour s'en sortir... Drôle de rentrée pour ceux-là.

Alors, certes, le leitmotiv de la rentrée aidera peut-être certains à se mettre en branle, à repartir à la chasse à l'hypothétique temps-plein. Mais le concept, de plus en plus agaçant, apparaît bien obsolète aujourd'hui. Pour nombre de travailleurs, faut-il le rappeler, c'est tous les jours la rentrée. À tous ceux-là, souhaitons aussi "bonne chance" !

(1) Chiffres pôle emploi, juillet 2010.

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