Anneau des sciences de Lyon : l'étrange double discours sur la pollution

Le projet d'autoroute urbaine de l'Anneau des Sciences n'en finit pas de revenir dans les campagnes électorales de la métropole de Lyon. Si Gérard Collomb est l'un des derniers à soutenir le projet dans son tracé vieux de plus de 30 ans, la communication de ses équipes entretient un étrange double discours sur la question de la pollution liée à l'infrastructure.

Il monopolise les campagnes électorales de la métropole de Lyon devenant un symbole qui pourrait finir par rayonner à l'échelle nationale. L'Anneau des Sciences n'en finit pas de faire parler de lui. Cette autoroute urbaine est censée boucler le périphérique de Lyon à l'ouest, vers 2030 / 2035. Selon un dernier sondage, il est considéré comme le grand projet le moins prioritaire selon les habitants de la métropole interrogés (lire ici). Vieux de plus de 30 ans, connu auparavant sous le nom de TOP, tronçon ouest du périphérique, ce projet porte en lui de nombreuses polémiques.

Il y a celle de son impact environnemental direct, avec les dernières zones vertes de l'Ouest qui seraient détruites par son tracé (voir le plan ici). On retrouve aussi des questions sur le trafic induit qu'il pourrait engendrer, avec une augmentation annoncée de la congestion, à l'ouest, mais aussi à l'Est. Le candidat Les Républicains, François-Noël Buffet, estime ainsi que l'Anneau des sciences dans son tracé court va entraîner l'arrivée de 50 000 véhicules supplémentaires sur le périphérique Laurent Bonnevay (lire ici).

Son financement estimé entre 4 et 5 milliards d'euros sur 30 ans, fourchette basse, laisse plus d'un candidat sceptique. Le paiement d'un péage ne suffirait pas à couvrir son coût et son tarif fait grincer quelques dents chez ceux qui le défendent. Dès lors, le prix du péage annoncé est autour de 2,20 / 2,50 euros, ce qui pourrait faire un trajet Oullins / Villeurbanne à 5 euros d'ici 2035, en prenant l'Anneau des Sciences, puis le périphérique nord (lire ici). Le calcul est simple, l'aller-retour serait à 10 euros. Enfin, reste une question importante, quel sera l'impact de l'infrastructure sur la qualité de l'air ? Sur ce point, la communication de campagne de Gérard Collomb, s'emmêle les pinceaux.

Le mantra de Collomb à Lyon

Le candidat à la métropole de Lyon Gérard Collomb est le dernier à défendre ardemment ce projet. Il le fait même depuis plusieurs années, au point que certains de ses adversaires politiques s'étonnent qu'il ne l'ait pas lancé plus tôt après quasiment vingt ans au pouvoir. Même lorsqu'il était au gouvernement comme ministère de l'Intérieur, il n'a pas aidé le projet depuis Paris. Par conséquent, l'Anneau des Sciences ne fait pas partie des projets prioritaires de l'État et n’apparaît pas dans la loi Mobilité. Pourtant, depuis son retour à Lyon, Gérard Collomb en a fait son mantra.

Interrogé à chaque fois sur l'impact de l'infrastructure sur la qualité de l'air, le candidat s'en est toujours remis à l'innovation technologique. Ainsi, il promet que les voitures de demain circuleront grâce à l'électricité ou l'hydrogène. Problème : de nombreuses études scientifiques indiquent que ces types de véhicules entraînent quand même une pollution aux particules fines, notamment à cause du freinage, des pneus et de l'abrasion de la route. Les voitures zéro émission n’existent donc pas tout comme l'idée d'une autoroute propre (lire ici).

Si l'attention a été focalisée pendant longtemps sur le CO2, responsable du dérèglement climatique, les particules fines sont considérées comme dangereuses pour la santé. En outre, les chiffres des ventes de véhicules montrent que dans tous les cas, d'ici 2030, les véhicules diesel ou essence seront toujours une réalité sur les routes.

Le double discours

Ce discours d'un Anneau des Sciences "écologique" qui serait emprunté par des véhicules propres est toujours employé par les militants et candidats de Gérard Collomb qui font campagne à l'Ouest, là où l'autoroute passera. Au rayon des arguments, il est aussi mis en avant que l'infrastructure sera enterrée. Ce point qui est réel ne fait pourtant pas disparaître les particules fines concentrées aux entrées, sorties et puits d'évacuation (sans parler des voitures qui seront prises dans la congestion aux entrées des échangeurs, eux à l'air libre).

Ainsi, si certains ont le droit aux arguments qu'il n'y aura pas de pollution avec l'Anneau, d'autres, notamment les habitants du 2e arrondissement de Lyon, ont le droit à un tout autre discours. En janvier, le candidat Yann Cucherat, expliquait qu'il fallait faire infrastructure pour "sortir la pollution de la ville". Ces éléments de langage sont repris désormais en boucle par d'autres candidats issus des listes de Gérard Collomb.

Se dessine alors un paradoxe : si en 2030 / 2035, les véhicules qu'ils promettent n’étaient pas polluants, pourquoi vouloir sortir une pollution qui n'est censée plus exister ? En parallèle, cet "alpha et oméga" pour l'actuel maire de Lyon, n'arriverait pas avant dix à quinze ans, ce qui équivaudrait à dire que la pollution serait toujours là pour ceux qui la subissent durant cette période, avant de la transférer vers d'autres, en théorie.

Une pollution qui ne respecte aucune frontière ?

Selon Atmo-Auvergne-Rhône-Alpes, Lyon se distingue par "des vents dominants parfois intenses, orientés Nord-Sud et Sud-Nord, ce qui peut favoriser la dispersion des polluants, mais aussi importer des masses d’air polluées : import d’ozone l’été du sud de la France, import de poussières en fin d’hiver et au printemps du nord et de l’est de l’Europe".

Ainsi, le 22 janvier 2020, alors que Lyon était en plein pic de pollution, le vent dominant a ramené les particules fines vers la rive gauche du Rhône et l'Est. Si la rive droite bénéficiait alors d'une relative "meilleure" qualité de l'air, avec un périphérique bouclé elle aurait subi le même sort (avec une pollution également plus importante à l'est à cause de l'augmentation induite du trafic). À travers l'idée que l'on puisse "sortir la pollution" de la ville, se pose en filigrane le fantasme de pouvoir diriger les flux sans s'attaquer directement à la source.

Comme la poussière qui ressort toujours même après avoir été cachée sous un tapis, la pollution ne respecte aucune frontière (sur ce point, le nuage de Tchernobyl reste encore aujourd'hui dans les mémoires en Auvergne-Rhône-Alpes). Dans un couloir rhodanien avec des vents qui ramène parfois la pollution sur l'agglomération, les particules fines retrouveront toujours leur chemin.

Atmo-Auvergne-Rhône pour la journée du 22 janvier

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