André Gerin : "Les propos de Nicolas Sarkozy sur la burqa sont positifs et pondérés"

Quelle est votre réaction ?
André Gerin : Ce sont des propos positifs et pondérés. C'est dans le même esprit que des députés, de gauche comme de droite, soutiennent la création d'une commission d'enquête parlementaire. Ce matin, le bureau de l'Assemblée Nationale a décidé de la mise en place d'une mission composée de 32 parlementaires qui sera effective la semaine prochaine. Je ne sais pas la forme que cela va prendre mais l'essentiel, c'est qu'on ouvre un débat national sur ce sujet-là pour sortir de l'indifférence, voire d'un certain aveuglement. Il faut que ce débat soit le plus large possible et qu'on y associe les associations féminines et cette majorité de musulmans qui veut un Islam tolérant et un Islam des Lumières.
Pourtant, lors de la venue de Barak Obama il y a quelques semaines, Nicolas Sarkozy semblait prôner une laïcité qui respecte le port du voile. Vous n'estimez pas qu'il s'agit d'un retournement opportuniste de sa part ?
Je ne me pose pas cette question. Aujourd'hui, nous sommes 84 députés à soutenir cette résolution pour une commission d'enquête parlementaire. Surtout, je pense que Nicolas Sarkozy tient compte du malaise dans la société française.
Le port de la burqa n'est pas foncièrement nouveau. Pourquoi s'en inquiéter maintenant ?
Déjà, il y a un malaise dans l'espace public à voir des fantômes, des prisons ambulantes qui se promènent dans la rue. C'est un phénomène qui tend à se développer sur le territoire national, dans les agglomérations. J'ai l'exemple d'une directrice d'école qui voit arriver un 'fantôme' à la sortie des classes pour récupérer son enfant. Un autre exemple concret qui se développe, ce sont les conflits dans les états civils pour établir un passeport, une carte d'identité ou un mariage. De plus en plus souvent, cela débouche sur un conflit pour que la femme enlève son voile.

En tant que maire de Vénissieux, vous avez constaté une recrudescence de ces tensions liées au port de la burqa ?
Oui, on se retrouve de plus en plus face à gens qui sont complètement odieux envers les fonctionnaires. Ces phénomènes se sont amplifiés et sont beaucoup plus fréquents. J'ai les mêmes échos d'un peu partout dans la région parisienne, lilloise et lyonnaise.

Quelle différence faites-vous entre le port du voile simple (hijab) et le port de la burqa ?
Je ne me pose pas la question dans ces termes-là. Pour moi, le débat est très simple : on ne peut pas être dans la République si on n'a pas le visage à découvert. En plus, d'après ce que nous disent les spécialistes de l'Islam, il ne s'agit pas d'un signe religieux. Au-delà des femmes, toute personne qui a aujourd'hui le visage masqué contrevient aux lois de la République. J'élargis le propos pour ne pas en faire une affaire liée à la religion.
Cela rejoint le décret anti-cagoule de Michèle Alliot-Marie, vous le trouvez donc légitime ?
Tout à fait.
Propos recueillis par Loan Nguyen.

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut