A89, la plus écolo des autoroutes ?

Pourtant, la semaine dernière, la société des Autoroutes du Sud de la France (ASF) a présenté un projet plutôt bluffant à la centaine d'élus, de fonctionnaires de l'Etat et des quelques défenseurs de l'environnement venus assister au comité de suivi environnemental de l'A89, dans les locaux de la préfecture.
Il faut dire qu'ASF avait mis le paquet. Histoire de se rendre compte, de visu, des efforts accomplis depuis le projet initial, le leader français de la concession autoroutière s'est fendu d'une impressionnnante maquette en 3D de la future autoroute : les cinquante kilomètres de l'A89 parcourus au volant d'une voiture et, mieux, vus du ciel. "En général, on réalise de telles modélisations sur des points très singuliers, là où ça faisait mal, explique Jean-Jacques Lacaze, directeur des opérations de l'A89. Mais compte tenu que ce projet est très difficile au point de vue environnemental, on a modélisé l'ensemble du parcours".

Le préfet met les points sur les "i"
Le pavé est lancé. Et c'est ASF en personne qui s'en émeut. Il faut dire que le Grenelle est passé par là, bien que de nombreux maires et la majorité des associations de protection de la nature jugent l'A89 "grenellement incompatible". Il faut dire aussi qu'on ne construit plus une autoroute comme on le faisait il y a quarante ans, sans aucune (ou presque) étude d'impacts sur la faune, la flore, les riverains, etc. En début de séance, Jacques Gérault, le préfet de Rhône-Alpes, avait d'ailleurs pris soin de mettre les points sur les "i" : "nous devons essayer de mettre en place un projet exemplaire en matière d'environnement". Et force est de constater que les travaux réalisés rassurent et que la barre a été mise plus haute que d'habitude sur ce genre de chantier, dixit la Frapna*.

Car pour le coup, cet ultime tronçon de la liaison Lyon/Bordeaux - qui pemettra de relier la façade atlantique à la région Rhône-Alpes - perce des vallées quasi vierges, des ensembles de forêts, des zones de prés, des zones humides, des terrains agricoles, des vignes AOC et des habitations.

L'eau, priorité des priorités
Dix thématiques ont été définies. Parmi elles, un gros chapitre sur l'eau avec la construction de viaducs permettant la continuité des ruisseaux, la reconstitution des berges des cours d'eau avec des aménagements écologiques, de plus de 8 hectares de zones humides, le déplacement de la faune piscicole, la collecte des eaux de ruissellement provenant de l'autoroute ou l'assainissement des eaux utilisés pendant les quatre ans du chantier. Le tout en concertation avec les pêcheurs et les associations. Sur la biodiversité, ASF a, semble-t-il, plutôt séduit : réalisation de mares de substitution pour les batraciens, grottes pour les chauves-souris, sauvegarde des écrevisses à pattes blanches grâce à la cryopréservation (inédite pour la faune), suivi biologique de nombreuses espèces. 245 000 végétaux seront replantés le long de l'autoroute, de manière à recréer les fameux corridors biologiques primordiaux à la survie de la faune. Pour les riverains, des aménagements d'équipements anti-bruit dernier cri sont à l'étude, ce qu'a pu montrer ASF sur son plan en 3D.
"Une balafre qui fera un peu moins mal"
Malgré tout, l'autoroute entaillera 500 hectares de l'Ouest lyonnais, sur 50 km et jusqu'à 35 mètres de large, le projet étant dans les tuyaux du rapport d'audit sur les grands projets d'infrastructures de transport de 2003. "On a fait au mieux, dit un maire. La balafre fera un peu moins mal". Et la Frapna qui suit le dossier de très près de conclure : "on ne sera jamais "main dans la main" avec ASF, qu'on soit bien clair, se défend Alain Chabrolle, vice-président de la Frapna*. En revanche, il y a un vrai travail collectif, une mobilisation des savoirs techniques et scientifiques assez nouvelle pour faire en sorte que cette autoroute soit la moins impactante possible sur les riverains, les milieux, la biodiversité".

* Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature.

Repères
Liaison : Balbigny/La Tour de Salvagny
Longueur : 50 km (32 dans le Rhône, 18 dans la Loire)
Infrastructures : 7 diffuseurs, 7 viaducs, 3 tunnels
Emprise foncière : 500 ha (dont 27 maisons)
Coût : 1,3 milliards d'euros (26 millions d'euros/km)
Début des travaux : début 2 009
Mise en service : fin 2 012

Communes concernées
22 dont Loire > Balbigny, St Marcel de Félines, Néronde, St Just La Pendue, Bussières, Ste Colombe Sur Gand, Violay ; Rhône > Joux, St Marcel l'Eclairé, Tarare, St Forgeux, Pontcharra-sur-Turdine, Les Olmes, St Romain de Popey, Sarcey, Bully, St Germain Sur l'Arbresle, Chatillon d'Azergues, Lozanne, Lentilly, Fleurieux sur l'Arbresle, La Tour de Salvagny

ASF en 3 lettres
A comme autoroute. Le groupe exploite 2 590 km d'autoroutes en France, et construit actuellement 124 kilomètres, dont 50 pour le futur tronçon de l'A89 entre La Tourde Salvagny (Rhône) et Balbigny (Loire). S comme société. ASF est le 1er réseau autoroutier à péage de France, et le 2e en Europe. Elle gère notamment le périphérique Nord de Lyon avec sa filiale Openly. En 2005 ASF a été racheté par Vinci, 1er groupe mondial intégré de concessions-construction. F comme fric. En 2007, le chiffre d'affaires consolidé d'ASF s'est élevé à 2, 811 milliards d'euros (+ 7,1 %). Son résultat net, chiffré à 482,6 millions d'euros, gagne 6, 2 millions par rapport à 2006 (+ 1,3 %).

Les 10 engagements de l'Etat en faveur de l'environnement
Les eaux souterraines et superficielles, le milieu naturel (faune et flore), l'agriculture/la sylviculture, l'aménagement et le cadre de vie, les niveaux sonores, l'air, le patrimoine culturel, le paysage, les emprunts et dépôts de matériaux, les impacts du chantier.

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