bar-restaurant "Le Roy" à Roybon
© Janloup Bernard

À Roybon, on est pour le Center Parc

Roybon, petit village d’Isère avec ses deux boulangeries et son bar, est devenu le centre de toutes les attentions depuis une quinzaine de jours. À 5 km de là se trouvent les 200 hectares sur lesquels le Center Parc de Pierre & Vacances doit être construit d’ici à 2017. Au même endroit, une centaine de zadistes occupe une maison forestière appartenant à l’Office national des forêts et bloque régulièrement les engins de déboisement.

Façade d’immeuble à Roybon, le 4 décembre 2014 © Janloup Bernard

Roybon, 4 déc. 2014 ©J.Bernard

On s’attendait à trouver un village ayant pris les armes contre le projet de village vacances, mais il n’en est rien. Sur les façades des maisons, des petits ballons verts pour identifier les "pour" et des pancartes "Oui à Center Parcs". M. Merle, le patron du bar-restaurant Le Roy, nous confirme la tendance générale : "Je suis commerçant donc forcément je ne suis pas objectif, mais on a déjà des retombées positives."

Concernant les 697 emplois créés par le projet, il nous parle de "300 candidatures qui ont été déposées à la mairie pour des emplois en CDI dans le futur Center Parc". "À Roybon, on est loin de tout, poursuit-il. Pour toucher un Smic, il faut aller loin. Ici, 90 % du village est pour, on veut tous pouvoir gagner mieux notre vie."

Bar-restaurant “Le Roy”, à Roybon (Isère), le 4 décembre 2014 © Janloup Bernard

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Quand on lui parle des problèmes liés à l’environnement, en particulier des deux demandes de référé suspensif déposées par des associations de défense de l’environnement, M. Merle tempête : "Ce ne sont pas des écolos, juste des renforts de Sivens. Ils veulent casser, c’est tout." Selon ses dires, un chasseur aurait été pris à parti en début de semaine et une bagarre aurait éclaté. "La tension monte et je ne vais pas les laisser me marcher sur les pieds s’ils viennent jusqu’ici. Leur occupation est illégale. Ces gens-là sont contre tout."

Les nombreuses pancartes "À vendre" achèvent de dresser le portrait d’un village aux abois. Dimanche 7 décembre, une marche de Roybon jusqu’au chantier sera organisée par les pro-Center Parc.

Roybon (Isère), le 4 décembre 2014 © Janloup Bernard

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L’affrontement continue

Au détour d’une petite route de campagne, le chantier est indiqué uniquement par la déclaration de travaux délivrée par la mairie, plantée dans le champ. Il y a des troncs d’arbres entreposés sur le côté, mais les engins ont de nouveau déserté la zone. Hier matin, les zadistes ont laissé avancer les camions après une médiation menée par un huissier. Mais l’un des chauffeurs a visiblement déchargé des pierres au pied des opposants, échauffant ainsi les humeurs. À la suite de l’incident, ils ont achevé de construire une barricade pour rendre le retour des engins de chantier plus difficile.

Zadistes, dans la forêt des Chambaran, à proximité de Roybon (Isère), le 4 décembre 2014 © Janloup Bernard

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L’un d’eux nous interpelle : "C’est bien que la presse soit là, ça nous évite d’être gazés par les gendarmes." Puis, il lance à la cantonade : "Nous, on est pacifistes, on veut être plus intelligents qu’eux." S’ensuivent des échanges bon enfant entre les zadistes et l’huissier en charge du dossier. Ce dernier fait valoir son droit de réserve, il n’est là que pour constater les faits et trouver une issue pacifique.

"Tous les juges sont corrompus. Nous, on veut juste protéger la nature, on est contre ce monde ultra capitaliste, où les gens attachent de la valeur à du plastique", s’insurge une jeune zadiste dont le visage est recouvert par un foulard. Sur une bâche, certains achèvent d’écrire leur slogan à la bombe : "Pierre, les vacances sont finies."

Zadistes dans la forêt des Chambaran, à proximité de Roybon (Isère), le 4 décembre 2014 © Janloup Bernard

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Accès sous haute surveillance

Nous prenons ensuite la direction de la ZAD, où se trouve la maison de La Marquise occupée par les opposants depuis une quinzaine de jours. À l’entrée, deux jeunes "gardes" qui se réchauffent tant bien que mal autour d’un feu accueillent les visiteurs. Ici, changement d’ambiance : chaque journaliste subit un interrogatoire sur le nom de son média, le groupe de presse auquel il appartient, sa ligne éditoriale. Si le chargé de communication juge les réponses satisfaisantes, il vous laisse pénétrer dans le QG.

Une maison défraîchie, une yourte collective et des chiens qui courent un peu partout. Une image stéréotypée que beaucoup de citoyens ont en tête.

ZAD de Roybon (Isère), sur le site du projet de Center Parc, le 4 décembre 2014 © Janloup Bernard

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Pourtant, les zadistes tentent de s’organiser et de monter un projet sérieux, même s’ils disent "refuser de se considérer comme un collectif". Étonnamment, un point presse est organisé, au cours duquel on nous propose un communiqué rédigé au préalable et deux portraits très cadrés de deux opposants. Mais ils refusent de répondre aux questions des journalistes.

Maison forestière de la Marquise, ZAD de Roybon (Isère), le 4 décembre 2014 © Janloup Bernard

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Comme convenu, Bastien, l’un des deux zadistes, nous propose son parcours. Il habite à 1 km de la zone et est là depuis un mois. Il veut "créer une structure où les gens peuvent fonctionner de manière autonome, où les gens peuvent se rassembler et échanger ensemble". "Les habitants qui veulent de ce projet n’obéissent qu’à leurs intérêts égoïstes, juge-t-il. Nous, on pense qu’il y a des choses plus importantes que le matériel." Il tient à signaler qu’il ne fait pas partie intégrante du groupe, car parfois il ne se sent "pas solidaire des actions menées" : "Il y a des individus plus agressifs ici, mais ils ne sont pas représentatifs du groupe."

Bastien, zadiste, à Roybon (Isère), le 4 décembre 2014 © Janloup Bernard

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Les versions changent également sur les actions passées : de ce côté-ci, le chasseur n’a pas été agressé, c’est lui qui est venu provoquer les zadistes. Dehors, on se querelle pour savoir si on autorise les journalistes à photographier la façade de la maison. Une explication se profile, une zadiste nous lance : "On vous connaît, les médias ! On ne veut pas que nos propos et notre cause soient déformés."

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