Météo Financière

J'avais posté une question sur un forum de bourse en ligne au début du mois : "mon PEA a perdu plus de 20 % depuis l'été 2007, que dois-je faire ?" Les réponses avaient été nombreuses. Entre les invitations à ne pas céder à la panique ou au contraire les injonctions cataclysmiques - "vendez tout tant qu'il est encore temps !" - il m'était difficile de me faire une conviction.

Je commençais à perdre espoir lorsque qu'un des messages datant de quelques jours attira mon attention : "Qu'est-ce que t'attends pour te couvrir ! Les warrants ça sert à quoi ? Elisabeth - Villeurbanne". Après quelques recherches sur ces "warrants", je me retrouvais submergé par un flot de mots techniques (anglais qui plus est !) tels que "calls", "puts" et autres "pricers". Faisant part de mon désarroi à Elisabeth et insistant sur notre proximité géographique, je postais un dernier message d'appel au secours. Sa réponse ne tarda pas : "Jeudi 7 février 17h - café le pré fleuri - tu viens seul."
Au café le "pré fleuri"
J'étais assis à une table depuis plus d'un quart d'heure à siroter un café express serré, impatient et sur le point de repartir lorsque je vis entrer une jeune fille menue, tenue de jogging, capuche sur la tête (adepte de Käfig c'est sûr !), déterminée, l'œil noir. Elle échangea un regard entendu avec le barman et se dirigea directement vers ma table.

Elle ne prit pas le temps de me saluer et démarra immédiatement un véritable interrogatoire : "Il fait combien ton PEA et t'es rentré quand dans le marché ?" Je n'aurais jamais toléré cette insolence de la part de ma fille et pourtant je m'entendis sagement lui répondre que mon banquier m'avait appelé en mai 2005 parce que les 10 000 euros sur mon PEL commençaient à prendre la poussière et que depuis "la purge" de 2001-2003, le CAC 40 faisait du 24 % par an !

Elisabeth m'interrompit et déclara : "t'es donc rentré dans le marché lorsque le CAC était à 4 000 points. Avec un CAC grimpant à 6 000 points pendant l'été 2007, tes 10 000 euros étaient devenus 15 000 euros et t'es pas sorti ... Tu n'as pas lu ce qu'il y a d'inscrit sur le fronton de la bourse de Paris, l'ancienne halle aux blés : "ce qui est à l'abri de l'hiver ne craint pas le froid !" - tu n'as pas rentré tes récoltes à temps et il serait dommage de vendre maintenant à la casse - tu peux encore mettre les 11 750 ? qu'il te reste sous serre en achetant une "garantie" (warrant)."

Garantir son PEA
Elisabeth arracha d'un geste vif un morceau de la nappe en papier et déclara "voilà ce que tu pourrais dire à ton banquier : tu veux acheter 1000 PUTS code ISIN DE000CB3SNQ9 que tu vas payer 1000 euros - c'est une assurance que tu achètes directement à la bourse et dont le prix varie tous les jours - tu peux la revendre quand tu veux - si le CAC reprenait une claque de 10 % d'ici début avril alors la valeur de ton assurance (PUT) grimpera à 1 500 euros et ainsi en revendant ta garantie sur le marché tu auras récupéré 500 ? de plus value - la moitié de ta perte si le CAC reperd 10 % ... Si tu veux t'assurer à 100 % alors tu en achètes le double - mais attention : si la bourse devait repartir à la hausse d'une manière durable alors tu as intérêt à vendre ta garantie avant qu'elle ne perde toute sa valeur. En pratique le mieux est d'acheter tes assurances juste après un rebond du CAC, elles valent alors beaucoup moins cher qu'après une tempête ! Reste connecté-je te ferai signe sur le timing." Et elle repartit aussi vite qu'elle était entrée.

Abasourdi, je réglais mon café et apprenais du barman qu'Elisabeth était une fierté de la rue Château Gaillard, championne de l'informatique depuis l'adolescence et sportive de haut niveau en boxe française catégorie poids super-plume à l'INSA.

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