Jean-Noël Guérini
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Guérini : la demande de levée d’immunité parlementaire publiée en intégralité

DOCUMENT - Lyon Capitale a eu accès à la demande de levée d’immunité parlementaire déposée par le juge Charles Duchaine contre le président PS du Conseil Général des Bouches-du-Rhône. Il dénonce l’emprise d’un groupe "mafieux" sur les marchés publics. Un document à découvrir en intégralité sur notre site.

Jean-Noël Guérini ()

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Charles Duchaine est pugnace. Le magistrat de la JIRS (Juridiction interégionale spécialisée de Marseille) qui ne lâche pas d’une semelle Jean-Noël Guérini a resserré d’un cran le nœud coulant passé depuis un an autour du cou du président du Conseil Général des Bouches-du-Rhône. Il a déposé devant le bureau du Sénat une nouvelle demande de levée d’immunité parlementaire que nous avons choisi, compte de la gravité des faits reprochés à cet élu de la République, de reproduire dans son intégralité sur notre site. Ceci ne préjuge en rien au demeurant de la décision judiciaire qui sera rendue à l’issue de cette procédure.

Mis en examen en septembre 2011 pour "prise illégale d’intérêts", "complicité d’obstacle à la manifestation de la vérité", "trafic d’influence" et "association de malfaiteurs", pour avoir, semble-t-il, favorisé les entreprises de son frère Alexandre dans la gestion des marchés de déchets du département, voilà désormais J-N.G. placé en première ligne comme "superviseur" supposé de l’infiltration au cœur de marchés publics, d’ABT et Alba Sécurité, deux entreprise liées à Bernard Barresi, un membre influent du grand banditisme marseillais. Le juge Duchaine écrit : "Il existe donc à l’encontre de Jean-Noël Guérini une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’il a commis plusieurs délits et notamment des délits de corruption passive, de trafic d’influence et de participation à une association de malfaiteurs en vue de la commission de ces délits."

"Mafieux"

Pour le magistrat instructeur, qui supporte très mal les fanfaronnades de Jean-Noël Guérini, clamant notamment qu’il entend toujours jouer un rôle majeur lors des prochaines municipales à Marseille, l’enjeu est clair : placer durant quarante-huit heures le président du CG13 dans un bureau face aux gendarmes de la section de recherche de Marseille et aux limiers des Douanes mobilisés sur ce dossier tentaculaire. Et il ne manque pas d’arguments pour convaincre le Bureau du Sénat : "Cette demande est motivée par la nécessité, compte tenu de la gravité de l’affaire, de sa très grande complexité et du caractère "mafieux" de l’organisation mise à jour de procéder à l’audition de ce parlementaire sous le régime de la garde à vue".

Le juge va dés lors expliciter sa demande : "Cette collusion systématique, c'est-à-dire pérenne et organisée constitutive d’une association de malfaiteurs en vue de la corruption, du trafic d’influence et finalement du détournement de fonds publics était scellée entre différents individus parmi lesquels Patrick Boudemaghe et Alexandre Guérini donc, mais également Bernard Barresi, malfaiteur notoire…"

Clef de voute de toute cette affaire, Patrick Boudemaghe, présenté comme une sorte d’expert en blanchiment, est le dénominateur commun à deux instructions ouvertes en 2009, celle qui touche le Conseil Général des Bouches-du-Rhône et celle qui vise le CG de Haute-Corse. L’enquête a notamment révélé dès 2008 des circuits financiers communs entre ces deux affaires, notamment autour de comptes bancaires ouverts en Suisse et au Luxembourg.

Les investigations ont ciblé des malversations financières et des surfacturations autour de plusieurs opérations qui auraient bénéficié à ABT, une société de travaux publics domiciliée à Aix-en Provence, dirigée officiellement par Patrick Boudemaghe et menée en sous-main par Bernard Barresi. Le juge insiste sur le rôle clef de Jean-Marc Nabitz alors directeur de 13 Développement, la société d’économie mixte chargée de gérer les investissements du Conseil général. Ainsi sont listées de nombreuses opérations douteuses comme celle d’un projet de maison de retraite à la Ciotat, des travaux sur la commune de Berre L’étang, ou des autorisations de maisons de retraite à Vauvenargues et Saint Marc de Jaumegarde, sans oublier un marché du syndicat Mixte de l’Arbois.

"J'ai eu peur de ces gens"

Le magistrat évoque les dépositions de Jean-Marc Jaubert, directeur de cette zone de développement économique située à mis chemin entre Aix et Marseille. Jaubert placé sur l’insistance d’Alexandre Guérini, Nabitz et Boudemaghe a ainsi reconnu avoir favorisé ABT dans l’octroi d’un marché public de travaux. Ses déclarations devant les gendarmes le 2 mai 2012 sont reprises dans la demande du juge Duchaine. Elles sont sans équivoque sur le caractère mafieux du système : "Je veux vous dire que j'ai eu peur de ces gens. Ils m'ont fait comprendre qu'il fallait que je rentre dans leur système sous peine de représailles. Je voyais que ce système fonctionnait bien et je me suis laissé embarquer là dedans. Je n'aurai jamais du accepter ce poste de DG à l'Arbois."

Charles Duchaine insiste sur le rôle de Bernard Barresi, caïd présumé du milieu phocéen alors recherché pour sa possible participation à une attaque de fourgon prés de Colmar le 1er mars 1990. L’homme vit depuis sous plusieurs fausses identités : "La présence d’un certain "Monsieur Gilles" était relevée aussi bien sur les chantiers de Berre, qu’à La Ciotat ou au Syndicat mixte de l’Arbois. Ce Monsieur Gilles, titulaire d’un faux passeport établi au nom de Julien Bachet et de comptes ouverts sous ce faux nom en Espagne et à la BSI du Luxembourg n’était autre que Bernard Barresi, à l’époque fugitif. Il partageait manifestement les résultats des entreprises de Boudemaghe à parts égales avec celui-ci et le nommé Damien Amoretti. Amoretti, considéré par ailleurs comme "l’homme de paille" d’Alexandre Guérini dans la SMAD, la structure qui chapeaute ses sociétés.

Le versement de 400.000 euros sur un compte luxembourgeois au bénéfice de Boudemaghe parallèlement à l’octroi de l’autorisation de la maison de retraite de Vauvenargues, jolie commune proche d’Aix-en-Provence, semble enfin très embarrassant pour Jean-Noël Guérini car il se serait, d’après sa plus proche collaboratrice, Béatrix Billes, fortement impliqué dans le dossier.

Charles Duchaine livre sa vision du rôle du président du CG13 : "Dans un certain nombre de cas Jean-Noël Guérini a, en toute connaissance de cause laissé son frère s’immiscer sans titre dans les affaires du département, dans d’autres cas, il a personnellement agi pour favoriser les desseins de ce dernier qui rejoignaient largement les siens". Le magistrat estime qu’il est une pièce essentielle du processus mafieux : "Le groupement "permanent" formé par Alexandre Guérini, Patrick Boudemaghe et Bernard Barresi spéculait évidemment sur l’appui de Jean-Noël Guérini qui, par ses interventions influentes, ses actions ou ses abstentions assurait le succès de leurs différentes entreprises(…) l’orientation systématique de ses prises de position dans le sens exclusif de la satisfaction des intérêts de son frère et de leurs amis trahit sa participation volontaire à l’entente établie".

Le bureau du Sénat devrait statuer le 12 décembre prochain sur cette demande de levée d’immunité.

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