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5 mois à vélo dans Lyon : verdict

Plus de mille kilomètres parcourus, quelques belles frayeurs, de nombreuses incompréhensions : 5 mois à vélo dans Lyon pour mieux se rendre compte de la situation. La ville est-elle faite pour les cyclistes ? Le deux-roues est-il le meilleur moyen de transport ?

Je dois faire du sport ! Geek urbain approchant de la trentaine, j’ai eu une révélation concernant ma santé : il faut que je bouge plus, que je mange mieux et surtout que je pratique une activité physique régulière (merci la propagande télévisuelle). N’ayant pas le temps de m’inscrire dans une salle de sport ou un club, je choisis la solution de facilité qui ne m’en fera pas perdre : le vélo. Dès qu’il fait beau, je viens au travail en deux-roues. J’oublie les Vélo’v, je n’ai (toujours) pas le temps de faire plusieurs stations avant d’en trouver un correct et je préfère un modèle léger pour m’attaquer aux montées qui caractérisent la cité.

1er jour

Me voici donc au guidon, à 9 heures du matin, remontant le cours Gambetta en direction de Bellecour. Ne me parlez pas de bande cyclable, les voitures et les camions ont décidé qu’il s’agissait de leur espace de stationnement. Je dois donc continuellement revenir sur la chaussée, où les mêmes ne se privent pas de me frôler. Agacé par cette première expérience, je revis une fois arrivé sur les quais de Saône et leur piste cyclable qui remonte jusqu’à Vaise : un vrai plaisir. Le lendemain, je tente le funiculaire avec mon vélo comme cela est théoriquement autorisé. Après avoir bataillé avec le portique de sécurité, un agent TCL me demande de faire demi-tour au motif qu’il y a du monde sur le réseau. Mes protestations n’y feront rien, il faudra pédaler.

Quelques semaines plus tard

Parfois sportif, souvent pépère le matin, j’arpente les rues de la ville en cycliste bête et discipliné qui respecte les feux rouges (tous) et descends de son vélo pour passer sur les trottoirs. Soudain, j’entends derrière moi et se rapprochant à vive allure un bourdonnement. Dépassé par un éclair jaune, je viens de découvrir – furtivement – mon premier Fixie. Ces vélos à pignon fixe dotés de freins peu utilisés, guères propices aux arrêts, déboulent à toute allure. Son propriétaire ne pose jamais le pied, n’a que faire des automobilistes ou des piétons, monte sur les trottoirs et effraie tous ceux qu’il trouve sur son chemin. Il ne sera pas le dernier à croiser ma route, le Fixie est “tendance”. Cependant, il ravive une question qui me taraude : dois-je respecter les feux rouges ? La loi est claire sur le sujet : je ne peux pas ! Pourtant lorsque je rentre le soir, il n’est pas rare que je fasse la route avec d’autres cyclistes, compagnons de quelques instants qui m’abandonnent dès que nous atteignons un signal cramoisi. J’ai souvent été tenté de les suivre, dans un élan de panurgisme, mais à chaque fois une voiture traversant l’intersection sans changer de vitesse m’en a découragé.

Le complexe du feu rouge

M’ennuyant donc seul aux feux rouges, je décide de m’équiper d’un lecteur mp3. Mauvaise idée : cela me prive d’un sens presque aussi important que la vue à vélo. L’expérience ne durera que quelques minutes. Heureusement pour moi, car le lendemain, alors que je circule tranquillement avec une personne âgée à mes côtés, nous sommes subitement dépassés par une voiture qui nous fait une queue-de-poisson pour se garer devant nous… sur la bande cyclable. Seuls nos réflexes nous évitent l’accident. Hors de moi, je me transforme alors en terroriste, hurlant sur un conducteur qui, culpabilisé ou effrayé, s’enfuit rapidement : le vélo comme antistress, on repassera. Ma deuxième frayeur aura pour décor la rue de la Barre, et le passage piéton entre la place Bellecour et la rue de la Ré’. Les piétons, n’ayant que faire de la circulation et de la signalisation, s’engagent sur la chaussée alors que j’arrive à allure réduite. Et, sans prévenir, un couple s’arrête juste devant moi pour contempler les façades. Merci les freins à disques, sans eux je percutais de plein fouet les amoureux d’architecture.

Au bout de 5 mois

Je connais enfin tous les endroits où il me faut être prudent. J’ai appris à ne pas attendre que les automobilistes mettent leur clignotant, je me méfie des piétons – qui traversent n’importe où – et, surtout, je ne fais pas confiance à certains cyclistes, qui déboulent comme des fusées. Sur la route : point de manichéisme. On ne peut accuser une catégorie d’usagers de tous les maux. Il n’y a que des humains avec leurs qualités et leurs défauts. Parcourir la ville à vélo permet de voir les choses différemment. Au-delà des idées reçues, aux heures de pointe, les trajets sont plus rapides qu’en voiture, même lorsque l’on respecte les feux rouges. Bien sûr, certains quartiers vous passent l’envie de les visiter, notamment la Part-Dieu, ou bien encore l’avenue Garibaldi. Les montées à la Croix-Rousse ou à Saint-Just restent réservées aux plus courageux. Je me contente encore de prendre le funiculaire ou le métro. Par contre les descentes sont toujours aussi délicieuses. Quand vient l’été, les rues désertées se transforment en boulevards de liberté. Rares sont les voitures à me frôler. Tout est plus calme, plus agréable.

Verdict

L’expérience fut gratifiante et enrichissante. J’ai découvert un principe qui m’a été depuis confirmé par d’autres cyclistes. Lorsque je porte un casque et que je suis en tenue de vélo, les automobilistes ne font pas attention à moi. Pensant que je suis un sportif aguerri, ils me frôlent et prennent rarement des pincettes. A l’inverse, quand je suis en tenue de ville et sans équipement, ils sont visiblement effrayés de me voir faire un écart et tiennent leurs distances. Au final, la perte de poids n’est pas miraculeuse, mais mon souffle s’est amélioré, comme ma condition physique globale. J’ai gagné en endurance, mon sommeil est plus paisible et surtout mes trajets sont un formidable sas de décompression entre le travail et la maison. Plus rapide et écologique que la voiture, plus fun que le métro, le vélo reste encore l’une des meilleures façons de se déplacer dans Lyon.

Retrouvez dans notre numéro de septembre 2011 : Le vélo à Lyon : état des lieux.

18 commentaires
  1. eilage - 1 septembre 2011

    Je valide le vélo est le meilleur moyen de locomotion dans Lyon (pour ma part)Cependant amis cyclistes, faites attention quand vous entreprenez de griller un feu rouge ou de rouler sur un trottoir, il y a une brigade mobile deux roues à Lyon qui met des amendes de 90€ à tour de bras !

  2. lyonnais - 2 septembre 2011

    Je vous rejoint à deux cent pour cent sur le fait que le vélo est très certainement l'un des meilleurs moyens de circulation si l'on habite en ville centre mais pas en banlieu.Êtes vous content de la nouvelle piste cyclable côté nord de la place Bellecour ?? Et si oui seriez-vous quand même prêt à ne pas la prendre et donc à la boycoté afin de montrer à Collomb et Buna leur gravisime erreur car comme vous le savez les gens traverse Lyon et passe pour beaucoup d'entre eux par Bellecour.Maintenant avec une seule voie de circulation ce sont des bouchons assurés! Et donc de la polution là où il n'y en avait pas!N'est-ce pas 'eilage'

  3. fautvoir - 2 septembre 2011

    Bonjour, Je ne vous comprendrais jamais. Vous pestez lorsque l'on veut créer des routes, vous pestez quand on laisse pas assez de place aux modes de transports doux. Cela reste contradictoire.Le fait de boycotter une piste cyclable qui laisse plus de place aux vélos en centre ville est une mauvaise idée. Je ne peux pas concevoir que l'on se plaigne d'avoir plus de place pour circuler en vélos et je n'apprécie guère que ces mêmes vélos doivent encombre une chaussée où il faut déjà slalomer entre les voitures stationnées en doubles files.

  4. MLBRLyon - 2 septembre 2011

    @lyonnais: 'Êtes vous content de la nouvelle piste cyclable côté nord de la place Bellecour ?'Evidemment!C'est une piste qui met fin à une situation où les cyclistes roulaient sur les trottoirs, ce qui est le pire des cas.Aux gens de prendre leurs responsabilités: sous cette piste, il y a le métro D, qui fonctionne 365j/365j (même en cas de grève, sauf cas rare de grève totale), toutes les 2 minutes aux heures de pointe, avec une fréquence satisfaisante le soir... Et quand bien même, à vélo on fait mairie de Bron - parvis de la cathédrale St Jean en une grosse vingtaine de minutes à rythme pépère, y compris à l'heure de pointe. Les gens qui ont réellement besoin de circuler rue de la Barre pour déplacer mamie ou un meuble patienteront bien volontiers les 10 minutes nécessaires!Et surtout, cette piste est VISIBLE et rend les cyclistes VISIBLES... et il est temps.

  5. lyonnais - 2 septembre 2011

    Aux ayatollah que sont MLBRLyon et fautvoir.Oui même quelqu'un comme moi qui me déplace seulement en vélo toute la journée sur Lyon n'est pas un anti voiture primaire comme certain.@fautvoir, c'est certainement la plus mauvaise idée de cet été de la part des descideurs actuels au niveau de Bellecour nord ne vous en déplaise!

  6. lavive - 2 septembre 2011

    'J’ai gagné en endurance, mon sommeil est plus paisible et surtout mes trajets sont un formidable sas de décompression entre le travail et la maison. Plus rapide et écologique que la voiture, plus fun que le métro, le vélo reste encore l’une des meilleures façons de se déplacer dans Lyon.' Excellent article, qui montre qu'une fois surmontées les appréhensions des néophytes, on est largement récompensé.@lyonnais: la pollution, ce n'est pas seulement les bouchons! la seule voiture qui ne pollue pas, c'est celle qu'on laisse au garage. Si vous vous déplacez en vélo, pourquoi déplorer qu'on fasse quelque chose pour vous? Cette piste fait descendre les vélos des trottoirs, c'est tout bénéfice pour tout le monde.

  7. Ahbon - 2 septembre 2011

    @Lyonnais : dire qu'avant il n'y avait pas de pollution rue de la barre, c'est plus que grotesque, c'est affligeant. Il me semble d'ailleurs que ce ne sont pas les vélos qui polluent, mais bien les voitures, au passage. Donc cela ne me semble pas idiot d'encourager l'usage du vélo avec ce genre d'aménagements cyclables.Sinon je voulais vous dire que j'adore ce mot que vous employez, à l'UMP, dés que l'occasion : ayatollah. Mais d'autres mots sont à votre disposition pour qualifier les Français qui pensent que l'on peut diminuer la part de la voiture dans les déplacements : khmers verts, stallinien, Robespierristes, Castristes, ...

  8. fautvoir - 2 septembre 2011

    @lyonnais Alors vous déplaçant en vélo toute la journée sur Lyon, vous préférez toutefois boycotter les pistes mises à votre disposition pour ne pas faire de bonne publicité à un maire qui ne vous plait guère.Pouvez par contre me donner la moins mauvaise idée de cet été prise par ces même décideurs?

  9. Ahbon - 2 septembre 2011

    Pour réagir à l'article, c'est tout à fait vérifié par mes soins et bien d'autres cyclistes que le vélo peut vraiment jouer le rôle de sas de décompression après une difficile journée au travail. Et cela permet d'ajouter un aspect ludique aux déplacements quotidiens et obligatoires. La routine est beaucoup moins présente à vélo qu'au volant d'une voiture.

  10. co3t - 2 septembre 2011

    C'est un peu comme ça dans toutes les villes. Je n'avais pas testé le vélo à Lyon mais on pouvait envisager que ça ne soit pas super safe compte tenu de la circulation. Là où je vis aujourd'hui la problématique est la même malgré la présence de nombreuses 'sentes douces' (c'est comme ça qu'on appelle les pistes cyclables dans ma ville), lesquelles servent aussi de parking la majeure partie du temps. Mais il serait mal venu de manifester un quelconque mécontentement... Merci pour ce très bon article quoi qu'il en soit, une expérience à l'issue positive 'malgré tout'.

  11. quidam - 2 septembre 2011

    Le gros problème de Lyon est son manque d'infrastructure pour les vélos. Il faudrait plus de vrais pistes cyclable complètement séparées des voitures. Cela éviterais les problèmes de voitures garées en double file dessus. Une étude hollandaise très intéressante montre que lorsqu'on sépare les vélos des voitures le nombres d'accident baisse et surtout ils sont beaucoup moins grave. Hélas avec les élus que nous avons a Lyon, je n'en vois aucun a vélo a part Collomb qui vient avec sa voiture de fonction pour faire des photos sur un vélo'v ' la voiture est garée sur la bande cyclable bien sûr), les choses ne sont pas prêtent de changer.

  12. lyonnais - 3 septembre 2011

    @lavive : vous ne saviez pas que des voitures à l'arrêt polluaient plus que des voiture roulant à faible vitesse ?!Je n'ai jamais parlé non plus de bouchon sur la rue de la Barre ainsi que de celle de la rue Col Chambonnet.@lavive et les autres... Concernant la place Bellecour proprement dit, oui on pouvait faire mieux et pour moins cher comme cela ce passe dans de bon nombre de ville du nord de l'Europe comme d'ailleurs nous en avons un très bel exemple sur Lyon le long de rue de la Villette entre Pompidou et Paul Bert ou les piétons et cyclistes se partage le trottoir. Que sur Bellecour on sanctionne les cyclistes slaloment trop vite ou trop près des piètons en leur fesant peur? OK.Enfin, à tous les antis voitures primaire je vous laisse la primeur de vos idées concernant ce site bien précis de Bellecour.A noter par ailleurs que l'horrible piste est très mal finie côté ouest de la place.Bien à vous

  13. singulier - 4 septembre 2011

    Ridicule cette piste cyclable au nord de la place Bellecour...Elle n'est là que pour réduire les voies des voitures, la preuve il y a tout l'espace sur la place pour faire une promenade piéton + une piste cyclable double sens (2 x 2 voies vélo)+ 1 piste trottinette, + 1 espace pour les mamies et leurs chiens + ... et pourquoi pas embellir un peu ce coté nord parce que franchement le résultat esthétique... Concernant la circulation en Presqu'ile : allez-y en semaine, en matinée par exemple : les bouchons rue de la barre ne sont pas le fait des les voitures particulières qui n'y sont pas si nombreuses, Bcp de bus, de camions et de camionnettes livraison, voire de taxis. Même le bus à impériale pour les touristes s'y retrouve bloqué de longues minutes , Belle image de Lyon... C'est lamentable, Collomb ferait mieux de s'occuper du TOP. Et faire un choix ferme : qu'il laisse la voiture circuler en ville ou qu'il fasse cette presqu'ile Piétonne mais pitié qu'il arrête de faire croire aux gens qu'on peut y venir en voiture. Je suis commerçant et quand ils en ont fait l’expérience une fois, ils ne reviennent plus et vont sur le Net. Collomb avec cette absence de choix, tue la Presqu'ile

  14. jfrancois - 4 septembre 2011

    Bonjour, j'ai été longtemps sur la croix-rousse et je suis maintenant sur caluire. La montée à vélo tous les jours, c'est pour les acharnés : nous avons tous nos mauvais jours. J'en profite pour lancer l'idée d'un ascenceur au niveau du nouveau tunnel des modes doux. Non seulement cela serait très pratique pour la remontée des vélos, mais cela permettrait également une correspondance plus rapide avec la gare part-dieu et la gare de vaise depuis le plateau, en tcl. Il me semble que le cout d'un ascenceur gratuit de ce type serait faible et économiquement rentable. A étudier par les politiques, après l'ouverture du nouveau tube . cordialement.

  15. Jackass - 4 septembre 2011

    @singulier: entierement d'accord avec vous!

  16. lyonnais - 4 septembre 2011

    'Jackass' l'ami americain est d'accord avec nous (singulier et moi-même) concernant la piste cycliste au nord de Bellecour. C'est une très bonne nouvelle, halléluia !Donc tu serai prêt à la boycotté pour montrer à Collomb et Buna qu'ils ont fait du travail de cochon.

  17. FOurs - 10 septembre 2011

    bonjour l'expérience décrite résume celle des cyclistes ordinaires. J'espère qu'un rapport de tous ses trajets sera utilisé pour améliorer le réseau et son fonctionnement. La police passe à côté des stationnements gênant sans broncher sur A.Thomas/Gambetta et ailleurs. Effectivement remonter les pentes à Lyon reste un problème, autrefois il y avait 'un truc' pour les chargements à la ficelle de st-Just/Fourvière. Ne pourrait-on pas le remettre ?Je ne concorde pas cependant avec le § de conclusion, sauf pour ce qui est de l'activité physique. En effet quand je rentre je suis plutot stressée des efforts pour éviter les automobilistes, pour rester vigilante tout le temps de ce qu'il y a sur la chaussée, de ce qui débouche, de ce qui suit et qui double à gauche pour tourner à droite, des écarts à produire. Cela enlève le plaisir en partie.1 association propose des stages pour apprendre à circycler en ville, on devrait aussi proposer des stages de sensibilisation pour les fous à vélo qui circulent n'importe comment, y compris sur les trottoirs ! Les pouvoirs publics devraient être d'accord pour la sécurité de tous... à+

  18. Solange - 13 septembre 2011

    Je rejoins la dernière phrase du pseudo 'FOurs': Je comprend tout à fait que les cyclistes préfèrent rouler sur les trottoirs à certains endroits pour leur sécurité, mais par pitié, lorsque vous le faite, respectez au moins les pietons! Plusieurs fois ma fille a failli se faire renverser par des cyclistes qui roulaient sur le trottoir en slalomant entre les pietons! Sans parler de ceux qui klaxonnent les gens pour qu'ils s'écartent et qui les insultent presque lorsqu'ils ne le font pas assez vite! Ce sont des comportements qu'on voit hélas de plus en plus.

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