Lyon : la manifestation "Ni Le Pen ni Macron" ne fait pas l’unanimité

Près de 500 personnes se sont rassemblées ce jeudi 27 avril sur la place des Terreaux sous le slogan : "Ni le Pen, ni Macron". Les militants, majoritairement Insoumis, se disent tiraillés entre l’abstention et le vote Macron.

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Manifestation "Ni Le Pen ni Macron", place des Terreaux

À 18 heures, une foule éparse se distingue sur la place des Terreaux, "sûrement à cause du mauvais temps", confie un militant, déçu. Mais rapidement, les manifestants arrivent en masse, devant les banderoles "Ni patrie, ni patron, ni Marine, ni Macron". Ils sont près de 500. "On se refuse le choix entre un banquier et une fasciste", scandent-ils alors. L’un d’eux guide ses homologues avec un haut-parleur. Lorsqu’il chante, tous répètent en chœur : "F comme fasciste, et N comme nazi, à bas le Front National", ou encore, "pas de quartiers pour les fachos, et pas de fachos dans les quartiers". Quand il évoque des "groupuscules fascistes installés dans le Vieux Lyon", une salve de huées se fait entendre. Des policiers munis de boucliers surveillent les événements de part et d’autre de l’Hôtel de Ville, accompagnés d’une quinzaine de fourgons. Parmi les militants se trouvent des Mélenchonistes, mais pas que. Des drapeaux du Parti Communiste et du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) sont visibles. En périphérie de la place, quelques curieux se tiennent en retrait, intéressés par le mot d’ordre du rassemblement, mais probablement trop timides pour s’y mêler.

"On ouvre cinq ans de lutte"

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Manifestation "Ni Le Pen ni Macron", place des Terreaux

Pour Laura, étudiante en Khâgne à Lyon, "la raison de cette manifestation est propre à chacun. Moi, je vois ça comme un rassemblement pacifiste pour montrer que même si l’on va voter le 7 mai, ce sera avant tout un vote contraint". Les profils des manifestants sont variés, certains sont sûrs de leur choix et d’autres sont tiraillés. D’après Émile, étudiant en cinéma à Lyon 2, cette diversité montre que "les Français réalisent qu’il faut se réveiller. Quand je vois ce rassemblement, ce ne sont plus des mouvements ‘d’extrême extrême gauche’ qui manifestent. Maintenant, ça brasse plus large, il y a des gens de tous horizons". L’étudiant compte voter blanc au deuxième tour, mais ne condamne pas pour autant le vote Macron : "Je ne suis pas dans un rejet de ceux qui votent pour lui, je les comprends. Mais moi je ne peux pas. J’étais aux manifestations contre la loi Travail, ce serait incohérent de ma part de voter pour lui".

Morgan, la vingtaine, est vendeur dans un magasin d’informatique. Il n’adhère pas aux idées véhiculées par les manifestants. "Pour moi, leur discours est antinomique. Ils sont en même temps anti-Macron et anti-Le Pen. Sauf qu’il y a inévitablement un choix à faire." Pour Marie, militante France insoumise, le débat est clos : "Je veux ni de Le Pen ni de Macron. Je prône l’abstention et je m’abstiendrai". D’après la quinquagénaire, cette élection "ouvre cinq ans de lutte, qui commencent aujourd’hui". Elle note cependant une hésitation chez les Insoumis : "Jean Luc Mélenchon n’a pas donné de consigne de vote, et je le remercie. Mais on est très partagés". Morgan, quant à lui, trouve "dommage qu’il ne calme pas un peu le jeu. Sans donner de consigne, le leader de la France Insoumise alimente cette volonté d’abstention qui peut devenir dangereuse".

"Marine Le Pen ne gagnera pas"

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Manifestation "Ni Le Pen ni Macron" place des Terreaux

Pour Émile comme pour Marie, "Marine Le Pen ne gagnera pas". L’Insoumise tend à croire qu’"il n’y a pas autant de Français racistes". Chris, jeune mélenchoniste, argumente : "Tout le monde a appelé à voter contre le FN. Macron est déjà largement devant dans les sondages, donc il ne faut pas le renforcer". Ils s’accordent sur un point : "La politique libérale de Macron va renforcer le Front National. Il va tellement monter en puissance que dans cinq ans on ne pourra rien faire". Cette idée est inquiétante pour Morgan : "En 2002, même si les gens n’aimaient pas Jacques Chirac, ils allaient voter pour lui contre le FN. Aujourd’hui, ce sont des rassemblements contre tout, avec des gens qui ne proposent aucune solution".

Si les abstentionnistes considèrent qu’une victoire du FN est improbable, pour Chris et Marie, le vote "anti-Macron" s’appuie aussi sur une question de légitimité. "Je suis de la vieille école", clame Marie. "J’ai vu ce qui s’est passé pour Jacques Chirac en 2002. Il disait qu’avec 82 % de voix il n’était pas le maître de la France, mais pas loin. Je ne veux pas que Macron se prenne pour le maître de la France, il n’aura pas mon vote", soutient la quinquagénaire. Il s’agit surtout pour Chris "de ne pas donner de légitimité à la future victoire de Macron. Il faut qu’il sache qu’il y a des gens contre lui". Face à cette division, tous deux prônent une "révolution via les urnes" en suivant la démarche de Jean-Luc Mélenchon. "Les gens vont mal, nous ne sommes pas dans une démocratie et ce sont toujours les plus petits qui payent. Soit ça va craquer avec des manifestations violentes, soit avec le vote FN".

"La gauche n’est pas morte"

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Manifestation "Ni Le Pen ni Macron", place des Terreaux

Émile ne croit pas en une révolution, l’étudiant prône un rassemblement de la gauche "au sens large". "De l’aile gauche du PS jusqu’au NPA, avec tous ceux qui souhaitent s’engager", précise-t-il. "Si l’on additionne les quatre partis de gauche qui se présentaient à l’élection, on obtient un parti loin devant au premier tour. Pour moi, la gauche n’est pas morte". Il est d’ailleurs déçu que ces mouvements n’aient pu trouver un terrain d’entente. "ll y avait vraiment un coup à jouer. Je pense qu’il faut faire une synthèse des mouvances de la gauche et oublier les querelles de clocher qui ne mènent à rien". Il accuse par ailleurs un "barrage républicain", qu’il qualifie "d’obsolète". "Si le FN passe au second tour, c’est à cause du barrage qui est mis en place depuis quinze ans. Cette stratégie était acceptable jusqu’à maintenant, mais aujourd’hui, ce n’est plus Chirac face au FN, mais le candidat de l’ultralibéralisme". Morgan n'est pas de cet avis. "Je pense qu’il n’y a malheureusement plus d’avenir pour le front républicain, car les deux mastodontes politiques n’existent plus. Au vu de ce rassemblement, j’ai vraiment très peur de ce qui va se passer le 7 mai".

Tout à coup, le soleil pointe le bout de son nez, les militants se tournent vers lui : "Elle est là la vie, regardez, elle est là la vie !" Sur la place des Terreaux, les chants dérivent, on peut entendre "et le PS en PLS", accompagné de rires, ou encore, "tout le monde déteste la police". Un manifestant s’empare du haut-parleur et crie : "Je suis feignant et fier de l’être. Vive les feignants !" Certains rient, d’autres reprennent son allocution en chanson, et quelques-uns se regardent, gênés. Il est 19h, les premières gouttes de pluie commencent à chasser les militants. Un mouvement se crée en direction des forces de l’ordre, qui dispersent rapidement la foule. Repoussé, le cortège s’engage vers les Pentes de la Croix-Rousse. Malgré le mauvais temps, les plus motivés d’entre eux marcheront jusqu’aux alentours de 21 heures, en chanson.

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