Les militants du PS adoubent Vincent Peillon

Et ils n'ont pas contredit l'ordre établi depuis Paris. Vincent Peillon mènera bien la liste dans le quart Sud-Est de la France. Gérard Collomb avait appelé à voter contre ou à s'abstenir. Dans le Rhône, 70 % des militants ont voté pour la liste mené par Vincent Peillon.

Après s'être entredéchirée pendant une dizaine de jours, la grande famille du PS était appelée, jeudi soir, à se réconcilier autour d'un bureau de vote. Les militants devaient se prononcer sur les listes pour les élections européennes. Avec en toile de fonds, à Lyon, les récentes déclarations de Gérard Collomb. Suite à la nomination de Vincent Peillon comme tête de liste dans le quart sud-est de la France, il avait dégoupillé et exprimé son profond désaccord avec la direction nationale du PS. Gérard Collomb voulait placer Thierry Philip, le maire du 3ème, en position éligible. Il n'a pas eu gain de cause. Le reste n'a été qu'une illustration des différents désaccords au sein de la famille PS. A quelques heures du scrutin, la fédération socialiste du Rhône ne cachait d'ailleurs pas son embarras : " étant donné l'attitude de Gérard Collomb, on ne s'attend pas à ce qu'il soit présent lors de l'annonce des résultats ". Bien vu.
Le maire de Lyon s'est pourtant rendu dans sa fédération PS, dans le 9ème, avant de filer dîner au restaurant avec sa femme. " C'est la première fois de ma vie que je ne vote pas. Il aura fallu attendre 60 ans pour que cela arrive ", a commenté dans un sourire Gérard Collomb. Juste avant, il venait de passer sa main, vide de tout bulletin, devant l'urne avant de se rétracter.

Les autres ténors du PS du Rhône se sont montrés discrets. Seul Jacky Darne était présent au siège de la fédération PS dans le 3ème. Le vote n'avait pas des allures de grande soirée électorale. Le scrutin n'a d'ailleurs été qu'une formalité, validant l'ordre établi depuis Paris et le conseil national du parti. Le oui l'emportant très largement. Seule la participation n'a pas été au rendez-vous. L'abstention flirtant entre 60 et 70 %.

Sur internet, Gérard Collomb avait lancé une pétition appelant les militants à voter contre ou à s'abstenir. Le maire de Lyon peut donc se targuer d'avoir gagné une bataille : celle de l'abstention. Mais personne ne saura jamais pourquoi la plupart des adhérents du PS ne se sont pas déplacés. Le verdict des urnes sonne, lui, comme la fin de la bataille. " J'ai voté contre mais demain matin (ce vendredi matin), je vais rester ami avec Vincent Peillon et Sylvie Guillaume. Tout comme je vais continuer à travailler avec Gérard Collomb ", soulignait Jacky Darne, premier secrétaire fédéral du parti. L'heure est à l'apaisement même si beaucoup reconnaissent que le maire de Lyon " y est allez fort ". D'autres vont plus loin. " Il s'est ridiculisé ", confie une militante dépitée. " Il a été malhonnête, il faut savoir accepter sa défaite ", lâche un autre.

Encore une fois, difficile de trouver un avis commun dans la famille PS même si l'ambiance dans les bureaux de vote n'était pas tendue. Les militants rigolaient. " S'engueuler fait aussi partie de la démocratie. Et il n'y a pas eu mort d'hommes. J'ai voté contre sur la forme plus que sur le fond. J'en ai marre du fonctionnement jacobin du PS. La conscience politique, on la trouve chez les militants, pas à Paris. Je suis de la même motion que Vincent Peillon mais je n'étais pas d'accord avec la manière dont la liste a été composée ", glisse Balthazar. Un peu plus loin un militant souriant dresse le même constat : " J'ai voté contre la liste. Je voulais faire passer un message mais je n'ai cherché à semer la pagaille. Peillon tête de liste, ce n'est pas dramatique, au contraire ".
Chez les militants comme chez les élus, les mêmes arguments se retrouvent. Entre primauté de la motion ou de la territorialité, chacun y va de son analyse. " Je suis de la motion E, celle de Collomb et Peillon, mais je n'ai pas aimé le parachutage de Peillon. La tête de liste aurait pu être Thierry Philip, Sylvie Guillaume ou Bernard Soulage, quelqu'un de la région ", déplore Amidou, militant PS depuis une dizaine d'années. La motion de Gérard Collomb mènera la liste, avec Vincent Peillon, mais la tête de liste ne sera pas lyonnaise. " Ce n'est pas grave. Nous avons deux lyonnaises éligibles. Il n'y a pas lieu d'être mécontent. Et puis Peillon est un bon candidat, il a une envergure nationale ", soutient la secrétaire du PS du 5ème.

Sur le thème du parachutage, Vincent Peillon vient de la Somme, là aussi, les avis divergent. La plupart des militants ne sont pas opposés à ce qu'ils qualifient " d'aspect du jeu politique ". Et Martine Roure a rôdé quelques instants dans les couloirs de la fédération pour tordre le cou à ceux qui voudraient s'offusquer du parachutage de Vincent Peillon. " Lors des dernières élections, je devais être tête de liste mais au dernier moment, le parti a choisi Michel Rocard. Je n'ai rien dit. D'ailleurs, ce sont les gens qui s'indignent aujourd'hui du parachutage de Peillon qui avait demandé à ce que Rocard soit tête de liste. Gérard est fâché car son poulain n'a pas été désigné mais c'est la vie ", soupire Martine Roure, députée européenne sortante.

L'élaboration des listes a été largement validée par les militants. Et jeudi soir, tout le monde s'accordait à dire que l'incident était clos. " Il faut maintenant se concentrer sur le fond du problème : faire passer le parlement européen à gauche ", espère Jacky Darne. Sur ce point là qui constitue aujourd'hui le fond, tous les militants étaient d'accords. Dans le bureau de vote du 3ème, l'arrondissement dont Thierry Philip est maire, le oui l'a emporté avec 35 voix pour et 7 contre.

Paul Terra

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