Mon Mai 68, par Daniel Véricel

Peintre en bâtiment, il est responsable du syndicat CFDT du secteur au moment où se déclenche les événements de 1968. Avant et après 1968, il a tenté de mettre en application son idéal, l'autogestion.

"En 1966, suite à un licenciement, j'ai décidé à mettre en pratique mes idées révolutionnaires et autogestionnaires que nous défendions autant à la CFDT qu'au PSU. Pour nous, prendre le pouvoir politique ne suffisait pas. Il fallait aussi contrôler les entreprises, en partant de la base et non pas d'en haut comme le défendait le parti communiste, qui considérait l'autogestion comme une "trahison". J'ai rejoint une première SCOP (Société Coopératives Ouvrières de Production) de cinq personnes. On avait deux règles fondamentales. Premièrement : un ouvrier = une voix, c'est-à-dire que nous gérions collectivement l'entreprise. Deuxièmement : l'égalité de salaire autant pour le technicien que pour le manœuvre. C'était la règle la plus utopique. Certains copains, les plus qualifiés, sont partis car ils trouvaient qu'ils n'étaient pas assez payés.
Quand les événements de Mai 68 sont arrivés, j'ai laissé tombé mon chantier pendant un mois pour m'occuper du syndicat CFDT du bâtiment. Tous les jours, je prenais la mobylette pour faire le tour des chantiers afin de faire débrayer les ouvriers. Tous les jours, on écrivait le "Journal du Rhône". J'allais aussi à la fac de lettres écouter les débats. Mais il y avait peu de contact entre ouvriers et étudiants.
Le soir du 24 mai, j'assistais aux échauffourées à proximité du pont Lafayette. Je ne croyais pas en la capacité des révoltés de pouvoir prendre la préfecture. Malgré tout, j'ai participé aux jets de pavés. J'ai vu aussi le camion lancé sur les flics, tuant soi-disant le commissaire Lacroix.
A la fin du mois de mai, avec ma femme, nous n'avons pas dormi pendant plusieurs jours à notre domicile car des renseignements nous faisaient craindre une rafle de militants.
La reprise du travail dans les semaines qui ont suivi et la victoire de la droite aux élections législatives m'ont mis un sacré coup. On y croyait tellement. J'ai mis un an à m'en remettre.
Du coup, je me suis investi dans le travail. Avec deux copains, j'ai créé une nouvelle coopérative, toujours dans la peinture en bâtiment. Cette fois-ci, pour fonctionner encore plus collectivement, le PDG était une personne extérieure qui ne devait intervenir qu'en cas de litige. En 1971, nous avons embauché l'un des deux boucs émissaires de la mort du commissaire Lacroix, Michel Raton, lorsqu'il est sorti de prison. Ça nous a valu pas mal de problèmes. On a tenu jusqu'en 1975. Je faisais trop de politique avec le PSU et je ne m'occupais pas assez de la boîte".

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