prison de Montluc

Il y a 70 ans : la prison de Montluc libérée avant Lyon

24 août 1944, alors que les nazis occupent encore Lyon, la prison de Montluc est libérée. Pendant plus d’un an, ce lieu réquisitionné par l’armée allemande a été transformé en antichambre de la mort.

prison de Montluc ()

Lyon, 1921. La prison militaire de Montluc est inaugurée, juste à côté du fort du même nom, dans le 3e arrondissement. Déclarée insalubre dans les années 1930, elle est réouverte en 1939 pour séquestrer les communistes français. Vichy la réquisitionne en juillet 1940 et l'utilise pour enfermer tous ceux qui “dérangent”. Les cellules ne sont pas encore bondées, mais rares sont celles qui accueillent un seul prisonnier.

Montluc ()

Une enclave nazie dans Lyon

Tout bascule en novembre 1942. Les nazis envahissent la zone sud. Montluc, située à côté d'une ligne de chemin de fer, devient un intérêt stratégique. La prison est réquisitionnée le 17 février 1943, Vichy n'a plus aucun droit de regard sur ce qui se passe entre les murs. Jusqu’en août 1944, entre 8 000 et 11 000 détenus passent par ces lieux. Parmi eux, Jean Moulin et Marc Bloch. Seul André Devigny parvient à s’échapper, en 1943. Après avoir été torturé par Klaus Barbie, et condamné à mort. Le 24 août, il s’enfuit par les toits. Un espoir de liberté que n’auront pas les Juifs, détenus dans une baraque en bois de 1942 à 1944. Plus de 2 500 passeront dans ce bâtiment insalubre et bien trop petit. Régulièrement, ils sont déportés jusqu’à Drancy dans des wagons de troisième classe aux portes plombées. Là-bas, ils sont placés dans des bétaillères et envoyés à Auschwitz.

L’ignominie monte d’un cran le 6 avril 1944. Klaus Barbie fait arrêter les 44 enfants de la colonie d’Izieu et les incarcère à Montluc. Ils sont déportés quelques jours plus tard vers les camps de la mort.

Le convoi du 11 août 1944

Face à l’avancée alliée, les nazis exécutent massivement des otages place Bellecour, à Bron, Saint-Genis-Laval et dans une trentaine d’autres lieux. Alors que les voies de chemin de fer sont coupées, Klaus Barbie parvient à faire envoyer directement un convoi de 600 détenus, dont 400 Juifs, à Auschwitz le 11 août 1944. Dans une Europe en guerre, ce convoi mettra une semaine pour arriver (le mémorial de Montluc accueille actuellement une exposition dédiée à ce convoi).

Yves Farge, le commissaire de la République, tente de faire cesser les massacres en menaçant d’exécuter des otages nazis en représailles. Le 21 août, il fait abattre 80 prisonniers allemands suite au massacre de Saint-Genis-Laval où 120 détenus de Montluc ont trouvé la mort (20 août 1944).

Montluc ()

Une libération en forme de piège

Le 24 août, le commandant de la prison de Montluc, se sachant assiégé, négocie un laissez-passer et quitte la prison en confiant les clés au général Chevallier, le détenu le plus âgé. Celui-ci a une seule consigne : attendre le lendemain pour libérer ses codétenus. Les nazis partent, Chevallier annonce la nouvelle à ses codétenus. Les prisonniers ne veulent pas attendre pour retrouver la liberté. La Marseillaise et L’Internationale résonnent entre les murs.

Pris par l’excitation et l’espoir, ces prisonniers parviennent à sortir de leurs cellules. Ils ont faim. Certains partent explorer les lieux à la recherche de vivres. Dans la cave, ils découvrent des explosifs réglés pour tout détruire le soir même. Les nazis avaient prévu de ne leur laisser aucune chance. La bombe est désamorcée, mais d’autres menaces attendent ces hommes et ces femmes de nouveau libres. Lyon n’est pas encore libéré. Pendant dix jours, ils doivent donc se cacher pour éviter d’être repris par les nazis qui occupent toujours la ville. Malgré les dangers, certains retournent se battre. La guerre n’est pas encore terminée.

Aujourd’hui, le lieu est devenu un mémorial qu’il est possible de visiter gratuitement :
Individuels : Visite du mercredi au samedi de 14h à 17h30. Visite guidée gratuite à 15h30.
Groupes : Visite du mardi au samedi de 9h à 12h et de 14h à 17h30, uniquement sur réservation (reservation@memorial-montluc.fr)
Actuellement, le mémorial accueille une exposition sur “Le convoi du 11 août 1944 – Les derniers déportés de Lyon” (jusqu’au 24 décembre 2014).
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Ce mois-ci, on voyagera dans le temps, avec de jeunes artistes tout juste sorties des beaux-arts, deux peintres nés dans l’entre-deux-guerres et un empereur dont on ne connaît souvent à Lyon que la table. Mais aussi dans la géographie, d’un Sud fantasmé aux Fidji de visu pour finir à Annemasse. Bonne route.
1 commentaire
  1. Kasneh - 24 août 2014

    Dans la période actuelle, ceux qui nous rabattent les oreilles avec le terme de nazis, se taisent et respectent les morts de cette tragédie.

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