À deux jours d’un potentiel acte II de la mobilisation contre la vie chère, prévue ce samedi 24 octobre, les commerçants du 6e arrondissement se barricadent par crainte de vivre les mêmes scènes de chaos que sur la Presqu’île lors du 17 octobre.
Des planches de bois recouvrent les vitrines et les portes des commerces. Ce jeudi 22 octobre après-midi, le long des avenues Maréchal Foch et Maréchal de Saxe, dans le 6e arrondissement de Lyon, les préparatifs sont déjà bien visibles. Des dizaines de commerçants ont installé des protections. Presque toutes les banques du secteur sont barricadées. Sur les quais, en revanche, les boutiques sont encore peu nombreuses à avoir pris ces mesures.
À deux jours d’un potentiel acte II de la mobilisation contre la vie chère annoncé pour le samedi 24 octobre, les commerçants veulent éviter de revivre les scènes de pillages et de dégradations qui ont touché près de 200 commerces en Presqu’île, dans la soirée du 17 octobre. Et ce, malgré l’interdiction de manifester prononcée ce midi par la préfecture du Rhône sur l’ensemble de la capitale des Gaules.

Chez Natacha Foch Bijoux, la gérante, Natacha Nallet, a commencé à retirer les bijoux de sa vitrine. "Je suis déjà en train d’enlever ma vitrine. Je vais complètement débarrasser le magasin pour ce samedi", explique-t-elle. Malgré la présence d’une grille de protection, elle ne se sent pas suffisamment à l’abri. "On a déjà eu peur lors des blocus (ndlr, des casseurs avaient causé des dégâts matériels dans le 6e arrondissement lors de la mobilisation lycéenne). Étant donné qu'ils ont prévu des rassemblements proches d'ici, ils risquent de passer devant la boutique et on ne sait pas ce qui peut arriver…", ajoute la commerçante.
Dans une boutique de prêt-à-porter du secteur, la décision est similaire : fermeture exceptionnelle et retrait des marchandises. Une vendeuse explique que cette organisation doit permettre de protéger aussi bien les biens que le personnel. "La semaine dernière, tout le monde a été surpris par la violence et l'ampleur des faits. Cette fois, on espère que les mesures seront suffisantes pour protéger les commerces."
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"On veut absolument éviter le pire"
À proximité de la place Edgar Quinet, les préparatifs prennent également forme devant Praho, magasin spécialisé dans les meubles de cuisine. Stella, employée de l’enseigne, confirme que le magasin sera aussi fermé le 24 octobre : "On ne travaillera pas exceptionnellement ce jour-là, non seulement pour éviter des dégradations et des vols, mais aussi pour que le personnel soit en sécurité". La salariée s’inquiète également de la possibilité de rassemblements spontanés, malgré l’interdiction des manifestations annoncée par la préfecture. Des rumeurs circulent sur de possibles dégradations dans le 6e arrondissement. "On avait déjà connu des émeutes en 2023, avec pas mal de dégâts aux alentours, donc on veut absolument éviter le pire", déclare-t-elle.

Samedi dernier, le personnel avait été alerté lorsque les violences avaient commencé et avait dû fermer la boutique. Elle se souvient de groupes de personnes vêtues de noir qui se déplaçaient dans le quartier. Sa collègue Gaëlle partage cette inquiétude générale : "comme ils ont déjà tout cassé sur la Presqu’île, on craint qu’ils viennent jusqu’ici."
La mairie du 6e mobilisée pour sécuriser le quartier
Face aux inquiétudes des commerçants, la mairie du 6e arrondissement assure maintenir le contact avec les professionnels et travailler à la sécurisation de l’espace public. "Nous avons créé un groupe WhatsApp avec tous les commerçants pour pouvoir nous transmettre des informations assez rapidement", indique Samuel Soulier, maire du 6e arrondissement. L’objectif est de faciliter les échanges et de permettre une réaction rapide en cas de problème. L’élu assure également que les équipes seront présentes sur le terrain samedi, aux côtés des commerçants.
Plusieurs mesures sont en cours de préparation pour prévenir les débordements. "Nous sommes en train de regarder avec des sociétés de free-floating pour voir si l'on peut interdire l'accès aux trottinettes et même les enlever de l'arrondissement. On fait enlever l'ensemble des silos à verre, on demande à rentrer les poubelle, on sécurise les chantiers pour que les barrières ne soit pas accessibles... Donc on travaille sur tous ces sujets, pour sécuriser un maximum l'espace public", assure l'édile du 6e arrondissement.
La municipalité discute aussi avec la préfecture des moyens de sécurité qui pourraient être déployés dans le secteur. Plusieurs rassemblements de Gilets jaunes sont annoncés dans le 6e arrondissement sur le site consacré au mouvement du 17 octobre. Des points de rendez-vous sont évoqués sur le quai Augagneur, devant le parc de la Tête d’Or et, potentiellement, rue Garibaldi. Reste à savoir si certains oseront braver l’interdiction de la préfecture.
