Laurent Bosetti, adjoint aux mobilités de la Ville de Lyon, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Laurent Bosetti, adjoint aux mobilités de la ville de Lyon, tire la sonnette d'alarme sur la méthode employée par Véronique Sarselli, nouvelle présidente LR de la métropole, concernant la réouverture de la rue Grenette à la circulation automobile. Alors qu'une concertation citoyenne est en cours, à l'initiative de la Ville de Lyon, près de 14 000 avis recueillis en dix jours, l'élu regrette que la métropole veuille trancher avant l'été, court-circuitant une évaluation conjointe initialement prévue entre la ville, la métropole et le Sytral.
Sur le fond, Laurent Bosetti ne refuse pas le débat, mais alerte sur les conséquences d'une réouverture aux voitures : les 90 000 usagers quotidiens des lignes de bus qui empruntent cet axe subiraient une dégradation majeure du service, avec jusqu'à un quart d'heure de trajet supplémentaire. "Nous ne sommes pas opposés à tout prix", insiste l'adjoint aux mobilités.
La retranscription intégrale de l'entretien avec Laurent Bosetti
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Laurent Bosetti. Vous êtes adjoint aux Mobilités à la ville de Lyon. Vous êtes du parti L’Après, qui a été créé par des anciens de La France Insoumise, parti dont vous avez été membre avant de le quitter. Nous n’allons pas forcément parler de la manière dont les gauches sont réconciliables ou non ; six minutes, je pense que c’est un peu trop court. Nous allons plutôt parler de sujets lyonnais et notamment de la rue Grenette, qui est finalement le premier révélateur de ce que vont être les nouvelles relations entre la ville et la métropole de Lyon. Véronique Sarselli a affirmé pendant la campagne, et l’a réaffirmé depuis, son souhait de la rouvrir à la circulation automobile, en tout cas dans le sens ouest-est. Vous, c’est un scénario que vous refusez. Vous avez lancé une concertation pour savoir si les habitants étaient favorables ou non à la réouverture de la rue Grenette. Est-ce que, pour l’instant, cette concertation trouve son public ? Où en êtes-vous en termes de participation ?
Cela fait une dizaine de jours que nous avons ouvert cette consultation sur la rue Grenette et sur les aménagements autour de la Presqu’île à vivre. Nous avons près de 14 000 avis qui ont été rendus après seulement dix jours, donc c’est considérable pour une consultation. Ce n’est pas une surprise non plus. La rue Grenette et la Presqu’île à vivre, la Presqu’île piétonne, font parler. On le sait, avec des avis qui peuvent être clivants, entre des personnes favorables et d’autres opposées. Cela a beaucoup animé pendant la campagne électorale. Ce que je voudrais dépasser, et nous aurons bien sûr un rendu après le 30 mai des chiffres des avis favorables et défavorables, c’est que cette consultation permet aussi aux citoyens d’exprimer des propositions, des ajustements. C’est ce que je voudrais dire autour de la rue Grenette et de la Presqu’île à vivre : nous sommes là aussi pour écouter les propositions et faire évoluer le projet. Cette zone à trafic limité n’est pas figée. Quand le nouvel exécutif métropolitain a un avis divergent, et nous avons été élus sur des légitimités démocratiques différentes, nous sommes tout à fait capables d’entendre la contradiction. Nous ne sommes pas opposés à tout prix. Nous sommes simplement pour le principe de nous mettre autour de la table, puis d’objectiver, de concerter, d’évaluer, afin de pouvoir prendre ensemble des décisions rationnelles à partir de données partagées. C’est un peu notre regret avec la nouvelle présidente, Madame Sarselli : elle a annoncé vouloir être à l’écoute des maires et des communes. J’espère qu’elle le sera sur la durée, mais elle a déclaré vouloir arbitrer pour Grenette avant l’été. Or, normalement, une évaluation parteniariale entre le SYTRAL, la métropole et la ville de Lyon était organisée à l’été ou après l’été pour pouvoir décider ensemble, collégialement.
Elle dit que la rue Grenette dépasse une simple problématique lyonnaise, qu’il s’agit d’un axe majeur qui permet de traverser la Presqu’île, qui est aussi le centre de la métropole, et que c’est une question qui concerne tous les habitants de la métropole. Est-ce que vous l’entendez dire que cela dépasse Lyon ?
Non seulement je l’entends, mais je partage complètement le propos de Madame Sarselli. Cette rue Grenette concerne les Grands Lyonnais.
Cela signifie que votre concertation est trop limitée ?
Cela signifie d’abord que la concertation, vous l’aurez noté, concerne les Lyonnais mais aussi tous les usagers extérieurs, les commerçants, etc. Tout le monde peut y répondre. Nous avons d’ailleurs, dans le questionnaire, la possibilité de mesurer les niveaux de réponse selon que l’on soit lyonnais ou extérieur à Lyon. La consultation est donc ouverte à tous. Madame Sarselli a raison : cela concerne tout le monde. Les 90 000 usagers des transports en commun qui passent par la rue Grenette bénéficient désormais d’un haut niveau de service, en termes de performance des lignes fortes du réseau TCL qui empruntent cet axe. Je pense notamment au TB11, qui va à Villeurbanne et à Vaulx-en-Velin. Ce sont autant d’usagers qui peuvent se rendre en Presqu’île pour travailler, se promener ou consommer grâce à des lignes performantes.
Madame Sarselli, qui a la présidence de la métropole, a aussi celle du SYTRAL. Elle devra garantir cette qualité de service et d’usage des transports en commun.
Mais si les bus sont déplacés sur une autre rue, par exemple la rue du Bât-d’Argent, l’un des scénarios étudiés, et s’il y avait des voitures qui retraversaient Grenette, dans l’absolu, est-ce que ce serait une erreur irréparable de remettre des voitures à cet endroit ?
Sur ce point, je veux que toutes les options soient mises sur la table. Le problème aujourd’hui est justement que les portes ont plutôt tendance à se fermer. Les services de la ville de Lyon constatent que ceux de la métropole se ferment, car on leur aurait demandé de ne plus échanger avec leurs homologues de la ville. C’est une inquiétude sur la méthode. Encore une fois, nous pouvons reconnaître des intérêts contradictoires et divergents. Madame Sarselli avait invité les élus du conseil métropolitain à avancer ensemble, malgré des opinions différentes. Or, entre les propos tenus lors de son installation et la réalité, entre le fait de vouloir décider avant l’été et le blocage des échanges entre services, j’ai des inquiétudes quant à la possibilité de partager des hypothèses qui mériteraient d’être étudiées.
Pour la ville de Lyon, la rue Grenette fermée aux voitures est-elle un totem ?
Je pense que c’est un sujet important pour la ville de Lyon et pour les Grands Lyonnais.
Pour vous, est-ce un vrai problème ?
La question posée par la rue Grenette est celle que Madame Sarselli avait soulevée pendant la campagne électorale, en disant que pour améliorer la circulation automobile, elle supprimerait les voies de bus. Cela avait laissé beaucoup de monde perplexe, car un réseau de transport en commun qui n’emprunte plus des voies réservées voit sa qualité de service s’effondrer. Dans les hypothèses de mixité à Grenette, la première question est celle de la cohabitation entre bus et voitures sur un axe est-ouest. Cette hypothèse ajoute un quart d’heure de trajet aux lignes fortes et dégrade fortement la qualité des grandes lignes de bus du SYTRAL. De ce point de vue, c’est un problème lyonnais et métropolitain. Il est donc, à mon avis, préférable de trouver des solutions alternatives. Je ne dis pas qu’il ne faut pas discuter, mais la réouverture de la rue Grenette, telle qu’elle est parfois envisagée rapidement, pose problème. Je veux croire que Madame Sarselli sera, sinon à l’écoute des élus de la ville de Lyon, au moins attentive aux services de la voirie et du SYTRAL, qui ne manqueront pas de l’éclairer sur les contraintes du projet.
