Saint-Étienne/Lyon : les fausses promesses de l’Hyperloop


Par Justin Boche
Publié le 04/10/2017  à 15:10
5 réactions

Lyon Capitale republie son dossier consacré à l’A45 paru dans le mensuel n°769 de septembre 2017 - La navette du futur est présentée comme l’avenir des transports entre Saint-Étienne et Lyon par de nombreux opposants à l’A45. Pourtant, entre difficultés techniques, financières et manque d’utilité concrète, l’Hyperloop n’apporterait pas de vraie réponse aux problèmes de transport entre Loire et Rhône et pourrait même devenir un nouveau miroir aux alouettes pour les usagers.

L'hyperloop
© DR
L'hyperloop

Saint-Étienne/Lyon en huit minutes. C’est la promesse de l’Hyperloop, le projet du milliardaire américain Elon Musk. En 2013, celui-ci a repris l’idée datant du début du XXe siècle d’un double tube sous très basse pression dans lequel se déplaceraient des capsules pour le transport de voyageurs ou de fret. Sans frottement et grâce à un champ magnétique, les navettes pourraient voyager à plus de 1 000 km/h. Entre Saint-Étienne et Lyon, l’Hyperloop offrirait, selon ses promoteurs, un transport rapide, fiable, silencieux et à bas coût. “Les technologies avancent très vite. D’ici 2026, le projet pourrait fonctionner. En prenant le parcours potentiel qui est celui de l’A45 on a vu qu’on avait des courbes et qu’on pouvait faire du 400 km/h maximum, mais que l’on pouvait donc mettre huit minutes”, s’enthousiasme Christian Brodhag, chercheur à l’École des mines de Saint-Étienne et ancien conseiller régional écologiste, qui porte le dossier dans la région. Une promesse suffisante pour attirer l’intérêt de nombreux acteurs régionaux désireux de trouver une solution de substitution à l’A45 pour désengorger l’A47 entre Saint-Étienne et Lyon.

Des coûts et des délais intenables ?

Les meilleures hypothèses annoncent une mise en service de l’Hyperloop Saint-Étienne/Lyon en 2026. Techniquement, de nombreuses questions restent en suspens : la pressurisation des tubes, la question des sas de décompression, la sécurisation, les trappes de secours sur le trajet, l’alimentation (photovoltaïque ?) ou encore l’itinéraire à emprunter. Quant au coût, il “reste difficile à estimer, car il y a encore de nombreux problèmes techniques à résoudre. Mais, sur le fonctionnement, le coût sera plus faible du fait de la très faible usure du système”, assure Christian Brodhag. Pour le moment, un chiffre de 700 millions d’euros est avancé, soit près de deux fois moins que l’A45 (1,2 milliard d’euros). “Du délire”, pour Yves Crozet, spécialiste de l’économie des transports professeur à Sciences Po Lyon : “Comment va-t-on faire avec les monts entre les deux villes ? [Pour maximiser la vitesse, l’Hyperloop doit être plat et sans trop de virages, NdlR] Va-t-on faire des tubes aériens sur d’immenses pylônes ou un Hyperloop souterrain ? Dans tous les cas, le prix sera exorbitant.” Pour éviter d’avoir à exproprier et favoriser l’entrée dans les villes, l’option du tunnel semble la plus probable. Or, actuellement, un kilomètre de tunnel coûte 100 millions d’euros. Mais Elon Musk, encore lui, affirme avoir trouvé une solution à bas coût pour creuser des tunnels, via son entreprise, The Boring Company. “La ville de Lyon ne peut pas se payer l’Anneau des Sciences et elle pourrait faire un tunnel pour l’Hyperloop ?” questionne Yves Crozet, qui voit dans ce projet “un délire de milliardaire. Mais un milliardaire très malin, qui a compris comment mobiliser de l’argent public pour ses projets”.

L’oubli des périphéries

Chaque jour, près de 90 000 personnes font le trajet entre Saint-Étienne et Lyon via l’A47 et 10 000 autres en TER. Mais pas forcément de centre à centre. “Les deux tiers des gens qui utilisent l’A47 font du cabotage : ils font Saint-Chamont/Givors, Givors/Lyon ou autre. L’Hyperloop ne les prend pas en compte”, commente Jean-Charles Kohlhaas, élu RCES au conseil régional. “La voiture a un avantage qui est de faire du porte-à-porte, analyse Éric Vidalenc, spécialiste des questions énergétiques et de mobilités. À part les modes doux comme le vélo et le deux-roues motorisé, les autres modes impliquent de l’intermodalité. Personne ne va avoir l’Hyperloop en bas de chez soi.” Si les villes périphériques risquent d’être les oubliées de l’Hyperloop, c’est aussi parce qu’une grande vitesse ne peut s’accommoder d’arrêts récurrents.

Le lièvre et la tortue

“Ce qui fascine les gens, c’est le mythe de la vitesse. Mais le problème c’est que ces mêmes personnes n’ont pas réfléchi au fait que le Concorde n’a pas fonctionné. Dans un trajet, le plus important n’est pas la vitesse, mais le débit et le coût par passager et par kilomètre”, affirme Yves Crozet. “C’est contre-intuitif mais, plus on va vite, plus on réduit le débit, développe Éric Vidalenc. Le meilleur exemple, c’est l’autoroute : quand il y a du trafic on réduit la vitesse à 110 km/h pour augmenter le débit. Car, plus on roule vite, moins il y a de gens qui s’insèrent et qui sortent de l’autoroute. La problématique est la même pour l’Hyperloop. Si on multiplie les arrêts, on perd l’intérêt de la vitesse.” “Ce dont on a besoin entre Sainté et Lyon, c’est de la fréquence et du débit”, insiste Yves Crozet. Et, avec un débit plus faible que le TER, l’Hyperloop ne va pas non plus se substituer au train. Ce que concède Christian Brodhag, qui y voit plutôt un complément : “Avec un double tube, on ne peut pas faire comme le TER en termes de débit. C’est pour ça que l’on ne pourrait pas fermer le TER. Il faudrait plutôt proposer deux services en même temps pour avoir une complémentarité des modes de transport et un réseau efficace.”

Dostoïevski et la science-fiction

Vendu comme un projet privé, l’Hyperloop intéresse pourtant énormément les acteurs publics, particulièrement les opposants à l’A45. “Il faut se positionner. Il faut que les collectivités disent que c’est un beau projet et que l’on se rassemble avec les industriels”, s’enthousiasme Renaud Pfeffer, maire de Mornant et premier vice-président du conseil départemental du Rhône. Le conseil régional devrait réunir courant septembre un groupe de travail sur l’Hyperloop ; il sera piloté par le maire de Feurs, Jean-Pierre Taite. Son collègue stéphanois, Gaël Perdriau, s’est lui aussi montré très intéressé par l’Hyperloop, ainsi que par la création d’un pôle industriel de la filière Hyperloop dans sa ville. Il s’est d’ailleurs récemment rapproché de l’entreprise canadienne TransPod, l’une des trois qui travaille sur l’Hyperloop. De la poudre de perlimpinpin, selon Yves Crozet : “Dostoïevski, dans Crime et Châtiment, fait dire à un de ses héros : “La foule préfère les mensonges séduisants aux vérités simples.” C’est exactement ça pour l’Hyperloop. Ça évite de réfléchir”, tacle-t-il. Une vision passéiste pour Renaud Pfeffer : “Il faut regarder les archives de l’INA. Vingt ans avant le TGV et Internet, ceux qui en parlaient étaient regardés comme des extraterrestres. C’est la même chose pour l’Hyperloop, qui est un projet de demain.” “Il y a trente ans, on nous disait qu’il y aurait des scooters volants et des voitures volantes. On peut le faire, mais ça ne sert à personne. Donc il faut savoir ce que l’on veut. Est-ce que l’on fait un truc pour les riches, qui va très vite, et à côté un TER pour les plus pauvres ? Dans ce cas, qui paye quoi ? Les acteurs publics devront justifier leurs investissements dans l’Hyperloop et dire quelle autre chose ils ne financeront plus ou quel impôt ils augmenteront”, répond Yves Crozet. Si tous ces problèmes financiers et techniques ne sont pas résolus, l’Hyperloop pourrait devenir le nouveau serpent de mer de la liaison Saint-Étienne/Lyon, au même titre que l’A45. “L’Hyperloop ne sera pas l’A45 parce qu’au moins l’A45 on sait la faire, même si ce n’est pas ce qu’il faut faire”, conclut Yves Crozet. 

  • Actuellement 4.5 sur 5 étoiles
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Note : 4.3/5 (10 note(s) attribuée(s))

Merci d'avoir participé !

Vous avez déjà noté cette page, vous ne pouvez la noter qu'une fois !

Votre note a été changée, merci de votre participation !

Partagez cet article :   Twitter Facebook Google Plus email

à lire également
A45Hyperloop

Vos réactions
5 commentaires

Le meilleurs moyen de ne pas se mettre dans la merde, c'est de ne pas créer des problèmes. Alors pourquoi des déplacements pendulaires entre ces deux villes ?
Pourquoi des transports en commun qui restent chers ?

Signaler un abus | le 04/10/2017  à 18:20 | Posté par  Abolition_de_la_monnaie  

le plus incompréhensible c'est l'engagement d'argent public par SNCF sur un projet de science fiction à l'état d'ébauche quand on connait ses besoins pour rénover les lignes.

Signaler un abus | le 05/10/2017  à 09:43 | Posté par  Robes Pierre  

Vous croyez qu'il n'est pas incompréhensible que l'état, les collectivités locales engagent de l'argent public dans des projets comme l'A45 en promettant des choses totalement irréalistes comme le temps de parcours de 35 minutes entre St Etienne et Lyon, alors que l'A45 reliera La Fouillouse à Brignais et que le temps de parcours réel sera équivalent à celui d'aujourd'hui avec un péage à 10€ pour un aller et retour !

Signaler un abus | le 06/10/2017  à 09:07 | Posté par  JPaul  

JPaul, toujours et encore , à coté du sujet, avec des raisons infondées, tiens je vais même pas répondre à ce tissus d’âneries.

Signaler un abus | le 06/10/2017  à 09:24 | Posté par  Robes Pierre  

Vous avez raison, allez vous reposer !

Signaler un abus | le 06/10/2017  à 12:28 | Posté par  JPaul  
(Mentions légales, cliquez-ici)
Mot de passe oublié ?