Interpol est-il tombé aux mains du gouvernement chinois ?


Par Mathilde Régis
Publié le 05/04/2017  à 18:42
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Le “père du mouvement démocratique chinois”, Wei Jingsheng, est à Lyon pour exprimer ses craintes sur l’élection à la présidence de l’organisation internationale de police du ministre de la Sécurité publique en Chine, qui serait également le chef de la police secrète du régime communiste chinois.

Wei Jingsheng, en conférence à Lyon
©Tim Douet
Wei Jingsheng, en conférence à Lyon

L'élection de Meng Hongwei à la tête d'Interpol, au lendemain de celle de Donald Trump aux États-Unis, n'a pas fait les gros titres. Pourtant, l'inquiétude est palpable chez les dissidents chinois réfugiés à l'étranger. "La collaboration entre Interpol et le gouvernement chinois ressemble à ce qu'il s'est passé avec l'Allemagne nazie. Il est du devoir des dissidents chinois de dénoncer cela", estime Wei Jingsheng, qui a passé dix-huit ans enfermé et qui a subi la torture pour avoir osé, en 1979, signer de son nom un journal appelant à la démocratisation de la Chine sur le "mur de la démocratie" à Pékin.

En effet, en juin 1940, Reinhard Heydrich, chef du service de sécurité SS, devenait le patron d'Interpol. Aujourd'hui, l'organisation internationale de police la plus importante au monde, dont le siège est basé à Lyon, regroupe 190 pays membres.

Un accès privilégié aux sources

Libéré en 1997 grâce à la pression de la communauté internationale, en particulier celle du président américain d'alors, Bill Clinton, Wei Jingsheng craint que la traque des "terroristes" et des "criminels" ne s'élargisse aux opposants politiques chinois réfugiés à l'étranger. "La nomination de Meng Hongwei à la tête d'Interpol permet au gouvernement chinois d'étoffer ses dossiers et lui donne accès à des sources qu'il n'avait pas auparavant. Normalement, lorsque l'on vit sous une dictature, on peut fuir à l'étranger. Mais, avec cette nomination, je crains que toutes les polices ne collaborent avec le gouvernement chinois", alerte-t-il.

Une inquiétude d'autant plus marquée qu'il a, comme d'autres dissidents chinois, essuyé un refus catégorique de la part d'Interpol sur l'éventualité d'instaurer un dialogue avec les opposants au régime chinois. Il se rappelle également, dans les années 2000, avoir été arrêté par la police genevoise alors qu'il se rendait à un congrès. L'interprète qui l'accompagnait lui aurait alors traduit ce qu’avançaient les policiers suisses : une notice d'Interpol le classant comme un "élément terroriste". C'est seulement après avoir découvert l'accréditation officielle de Wei Jingsheng au congrès auquel il se rendait que les policiers suisses l'ont laissé libre.

“La Chine, c’est la puissance de l’argent”

Selon Wei Jingsheng, l'élection du vice-ministre de la Sécurité publique en Chine à la tête d'Interpol est avant tout liée à des raisons économiques. "Cela fait longtemps qu'Interpol et le gouvernement chinois collaborent et que les gouvernements occidentaux ne trouvent rien à redire. Face à la puissance économique de la Chine, les gouvernements occidentaux préfèrent flatter les officiels chinois. La Chine, c'est la puissance de l'argent et surtout la contribution financière du gouvernement chinois à Interpol est de plus en plus élevée", remarque-t-il, avant d'avancer de forts soupçons de corruption au cours d'une réunion à Pékin et de constater, en parallèle, que la grande campagne anticorruption souhaitée par Xi Jinping semble très orientée vers des personnalités dont le Parti communiste chinois souhaiterait se débarrasser.

À lire aussi sur Lyoncapitale.fr : “Je suis Wei Jingsheng”

 

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