Quand faut-il envoyer son enfant chez le “psy “ ?

PSY. Les enfants ne sont pas à l’abri des angoisses, du stress, des colères, des questions métaphysiques… “Cela forge le caractère !”, “il en verra d’autres !” est-on parfois tenté de se dire. Et pourtant, même si certaines épreuves de la vie sont formatrices, d’autres entraînent parfois une souffrance destructrice. Certes, on se plaît à penser que les enfants s’adaptent très bien, voire mieux que les adultes, à toutes les situations, mêmes les plus difficiles. Mais si nos enfants n’étalent pas leurs états d’âme, c’est souvent qu’ils sont en réalité incapables de verbaliser leurs émotions. Est-il alors opportun de faire appel à une aide extérieure ? Si oui, dans quelles conditions ?

Se faire confiance
Nul n’est besoin de rappeler qu’il faut se faire confiance en tant que parent. Être davantage à l’écoute de son enfant, suivre son instinct, déculpabiliser, demander conseil à son entourage proche…Autant d’initiatives qui sont parfois suffisantes pour venir à bout d’une situation délicate. D’autre part, bien connaître les étapes de développement des enfants peut éviter de s’inquiéter inutilement. Pourtant, lorsque l’enfant traverse une épreuve trop lourde pour ses frêles épaules, une réelle souffrance peut s’installer et perdurer.

Les signes qui alertent
La douleur d’un enfant s’exprime souvent là où on ne l’attend pas. “Tout changement de comportement chez l’enfant doit mettre en alerte.” prévient Claude Bardonnet, psychologue (1). “Des troubles du sommeil ou de l’alimentation, un comportement agressif, des régressions qui apparaissent (troubles du langage, énurésie…), des résultats scolaires soudainement en berne, une tristesse qui envahit l’enfant… Dès lors que ces problèmes persistent et que la vie sociale de l’enfant s’en trouve perturbée, on ne devrait pas hésiter à consulter un professionnel.”
Pour la psychologue Karine Josse (2), lorsque le comportement de l’enfant est dans l’excès, il faut être vigilant : “Attention à l’enfant trop sage, qui ne veut pas se salir, qui ne veut pas déranger sa chambre, qui ne profite de rien, ne joue plus...Ou inversement, l’enfant qui se met systématiquement en opposition. Ces enfants là sont en souffrance.”. “Plus généralement, quand on a l’impression de ne plus s’en sortir avec son enfant, quand ses difficultés handicapent la vie de famille, il faut se tourner vers une aide extérieure.” recommande Claude Bardonnet.
Certains cas bien précis peuvent légitimement pousser les parents à consulter : hyperactivité, précocité, certains apprentissages qui ne se mettent pas en place normalement…La souffrance d’un des parents constitue aussi un motif justifié de consultation. Divorce, décès, chômage… Autant de ruptures dans la vie familiale qui poussent parfois les parents à se tourner vers un psychologue ou un pédopsychiatre pour leur enfant.

Les réticences des parents
Pourtant, malgré cela, certains parents rechignent à faire appel à une aide extérieure. Peur d’être jugé, de se retrouver sur la sellette ? Peur de se remettre en question ? Il est des cas où il faut savoir dépasser certains de ses a priori pour venir en aide à son enfant. Non, tous les “psys” ne sont pas des charlatans. Non, on n’est pas un mauvais parent si on amène son enfant chez le “psy”. Non, ce ne sont pas que les “fous” qui vont chez le “psy”… S’il est vrai qu’un thérapeute n’est pas à considérer comme une béquille au quotidien, il est là “pour éviter que les problèmes de l’enfant ne s’enkystent” souligne Karine Josse.
Comment choisir un “psy” ?
Une fois les réticences dépassées, comment s’y prendre ? Il existe des structures publiques, les centres médico psychologiques, où des professionnels (pédopsychiatres, psychologues…) reçoivent les enfants gratuitement.
Parmi les intervenants privés, il peut être utile de s’orienter vers un pédopsychiatre quand il y a une véritable urgence médicale. “En tant que médecin, il peut, si nécessaire, prescrire des médicaments à l’enfant, afin que celui-ci soit apaisé et réceptif à une thérapie (dans le cas de dépressions, d’insomnies lourdes…)” explique Claude Bardonnet.
“Le psychologue est davantage dans la recherche du comment que du pourquoi. Il cherchera à comprendre ce qu’il faut faire pour que la souffrance de l’enfant disparaisse et ne revienne pas. La démarche psychanalytique est moins employée chez les enfants et les adolescents, parce qu’elle est jugée trop intrusive et qu’ils se sentent “mis à nu”, ce qui les inhibe. Face à cette méthode peu directive, les jeunes se sentent désemparés et ne savent pas quoi dire.”
Psychologue est un titre protégé, donc pas de risque de tomber sur un usurpateur. Reste à trouver celui qui conviendra à l’enfant… et à ses parents. Le médecin traitant est bien placé pour orienter la famille vers un thérapeute, car il peut se fier aux retours des patients qu’il aura déjà conseillés. On vérifiera bien sur que le professionnel a l’habitude de travailler avec des enfants, et on n’hésitera pas à lui demander quels sont les outils qu’il utilise : relaxation, hypnose… A-t-il une spécialité ? Si le courant ne passe pas avec le thérapeute, il ne faut pas hésiter à en changer. En fonction des intervenants et de la problématique, les consultations peuvent être individuelles, familiales, en groupe (cf encadré). À Lyon, les tarifs peuvent varier de 50 à 90 euros pour une demie heure à une heure de consultation.

Combien de séances ?
Pousser la porte d’un psy pour son enfant ne signifie pas forcément s’embarquer pour de nombreuses séances… “Bien souvent, on peut venir à bout de la plupart des problèmes en moins de dix consultations. Bien sûr, il y a des cas plus lourds, pour lesquels il faudra davantage de séances” souligne Karine Josse. “Parfois, on résout des problèmes de jalousie, de caprices, en une ou deux séances. Tout dépend du contexte familial. Si les deux parents jouent le jeu, c’est forcément plus efficace.” estime Claude Bardonnet.
* En pratique : cinq séances de 1h30 à l’espace Prévention Santé de l’Hôtel Dieu, les 25 mars, 8, et 29 avril, 20 mai et 3 juin, de 18h à 19h30 (participation conseillées aux cinq séances).
Tarif : 60 euros la séance. Inscription au 06 61 80 07 67.
(1) : Claude Bardonnet, Psychologue Clinicienne, 33 rue Franklin, Lyon 2ème. Tél : 04 78 38 27 56.
(2) Karine Josse, psychologue spécialiste de l’enfance et de l’adolescence, 35 rue Vaubecour, Lyon 2e, Tél : 06 61 80 07 67

Témoignage
“Je me suis sentie aidée”
Nous avons déménagé quand mon fils Hugo avait deux ans, raconte Caroline, quarante et un ans, maman de quatre enfants. À ce moment là, mon mari a commencé à s’absenter quatre jours par semaine en dehors de Lyon pour son travail, et ce chaque semaine. C’est alors que le comportement d’Hugo a globalement changé : il est devenu agressif, tapait beaucoup, il semblait triste, râlait en permanence… Parallèlement à ça, il s’est mis à avoir des problèmes digestifs récurrents, et faisait régulièrement des malaises vagaux quand il tombait. Prise dans mon quotidien, j’étais persuadée que cette situation s’améliorerait d’elle-même. Puis un beau jour, environ six mois après notre déménagement, il s’est mis à bégayer, du jour au lendemain. J’ai alors réalisé son immense souffrance due à nos bouleversements familiaux. Son bégaiement apparaissait comme un ultime appel au secours, face auquel je me sentais complètement impuissante. Même si la démarche de consulter quelqu’un est difficile à entreprendre, nous ne voyions pas d’autre solution. S’en sont ensuivies trois années de consultation chez un pédopsychiatre et une orthophoniste, pour venir à bout du mal être de Hugo, et par la même occasion de son trouble du langage. Je me suis sentie soutenue, aidée, face à la tristesse de notre fils que nous n’arrivions pas à endiguer.

Témoignage :
“Ma fille n’a pas voulu y retourner”
Alors que notre famille traversait une période difficile, ma fille a commencé à devenir très angoissée, témoigne Mélodie, maman d’Agathe, huit ans, et Mathis, six ans. Elle avait tout le temps peur d’arriver en retard à l’école, s’inquiétait pour ses devoirs sans raison… Si je tardais quelques minutes pour venir la récupérer à la sortie de l’école, je la retrouvais en larmes. Je faisais tout pour essayer de la remettre de bonne humeur, la rassurer, mais sans succès. En l’espace de quinze jours, j’ai vu l’état de ma fille se dégrader, sans que je sois capable d’y remédier.J’avais l’impression qu’elle sombrait dans une dépression.
Quand je lui demandais pourquoi elle était triste, ou pourquoi elle pleurait, elle me disait qu’elle n’y pouvait rien, que c’était son corps. On a tout d’abord pris rendez-vous avec sa maîtresse, puis on s’est décidé à l’amener voir une pédopsychiatre.
Notre fille a été fortement déstabilisée par le rendez vous. La thérapeute posait beaucoup de questions, Agathe semblait gênée par cette démarche intrusive. Il y avait des grands blancs pendant que la pédopsychiatre prenait des notes. Personne n’était franchement à l’aise. En sortant, Agathe m’a fait promettre de ne plus jamais y retourner. Nous avons respecté sa demande d’autant plus facilement qu’elle a commencé à aller mieux. Apparemment, le fait que l’on déploie des efforts autour d’elle, au travers de cet unique rendez-vous, mais aussi des discussions en famille et avec sa maîtresse a suffi à lui ramener sa joie de vivre. En tout cas pour l’instant.

Témoignage
“Une séance a suffi”
“À la naissance de Paul, notre fille aînée a changé : elle avait régressé en terme de propreté, elle obéissait moins, elle s’opposait beaucoup à nous” raconte Estelle, 37 ans, maman de Bertille, 6 ans, et Paul, 4 ans. On avait pris le parti d’être ferme, on la punissait même de temps en temps. Au bout de six mois, Paul ne faisait toujours pas ses nuits, et Bertille, qui avait habituellement un bon sommeil, s’est mise à nous appeler plusieurs fois par nuit. On était bien conscient que la naissance de Paul l’avait perturbée, pourtant on avait le sentiment de bien l’y avoir préparée. On était tellement épuisés et à bout de nerf, que l’on a décidé de consulter un psychologue. Il a voulu me recevoir avec mon mari, mais sans Bertille. Il nous a tout simplement conseillé d’être moins exigeants, de remplacer les réprimandes par le dialogue, et surtout de nous mettre à sa place : l’arrivée d’un petit frère avait chamboulé sa vie ! Cette analyse nous semblait un peu simpliste, mais nous avons suivi ses conseils. Les choses se sont désamorcées très rapidement. Bertille obéissait à nouveau, on était tous plus détendus. Au bout d’une semaine, elle a arrêté de nous appeler la nuit. On avait même du mal à y croire nous mêmes !

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