Quand l’école stresse nos enfants

Loin d’être un havre de paix, l’école stresse les enfants, même les plus petits. Plus les enfants grandissent, plus les sources de stress se multiplient. Quelles en sont les causes réelles ? Face à l’anxiété qui touche un nombre croissant d’écoliers, que peuvent faire les parents et les enseignants ?

La psychologue Julie Cuilleret confirme ce triste constat : “Un bon tiers de mes consultations sont liées au stress scolaire”. Un stress présent dès la maternelle…
Pleurs à la séparation, régression sur le plan de la propreté, enfant inhibé…
“Cette angoisse peut être induite par des parents ayant du mal à se séparer de leur enfant.” remarque Julie Cuilleret. “Par peur de trahir sa maman, l’enfant ne veut pas participer aux activités proposées par la maîtresse.” Que les parents “lâchent prise”, pour que leur enfant s’autorise à bien vivre ses temps d’école !
Assez irrégulier jusqu’à l’âge de cinq ans, le développement psychoaffectif de l’enfant peut aussi être incriminé. Les parents s’efforceront de ne pas afficher leur déception quand la maîtresse se plaint de la timidité de leur enfant ou de son manque de débrouillardise. “Si en maternelle, un enfant manque d’autonomie et a des difficultés à s’intégrer, c’est peut-être tout simplement qu’il n’a pas encore acquis la capacité à être en groupe. Ce n’était pas forcément le bon moment pour lui de rentrer à l’école”. Pour autant, on ne le retire pas de l’école en vue de repousser sa scolarisation. Mais on le rassure et on essaie de respecter son rythme. “Attention à ne pas vouloir faire grandir trop vite son enfant” prévient Julie Cuilleret. Lui laisser son doudou, mettre en place un petit rituel de séparation, le garder de temps en temps l’après-midi à la maison… autant d’initiatives à mettre en place afin de le protéger et diminuer son stress…
L’enjeu stressant du primaire : l’apprentissage de la lecture
Autre source de stress, le passage au CP. “Les enfants qui ne sont pas encore prêts à focaliser toute leur attention sur les apprentissages vont très vite se sentir en difficulté” explique Julie Cuilleret. “S’ils ont du mal à se concentrer, ils perturberont leurs camarades, ou seront complètement dans la lune. Si leurs parents insistent sur leurs échecs, ces enfants vont culpabiliser, se sentir dévalorisés”. De quoi ces enfants ont-ils besoin ? Du soutien et de la patience ! “Un enfant peut très bien être en grande difficulté au milieu du deuxième trimestre du CP et savoir parfaitement lire en fin d’année” souligne la psychologue. De quoi rassurer les parents !
Autres victimes du stress scolaire en primaire : les petits anxieux qui surinvestissent leur scolarité. Maux de ventre, cafard le dimanche soir, insomnies, cauchemars… ils se mettent la pression tout seul. Les parents doivent à tout prix relâcher leur exigence vis-à-vis de leur enfant et le rassurer. “Si le stress se transforme en une grande angoisse, il ne faut pas hésiter à consulter. Quelques séances sont généralement suffisantes” recommande Julie Cuilleret. Un enfant qui a peur de mal faire ou qui se retrouve face à un enseignant “difficile” aura besoin du soutien de ses parents. “Car c’est généralement à cet âge là que se préparent les futures phobies scolaires” prévient la psychologue. “Si l’enfant a été blessé par une parole humiliante ou une punition de son enseignant, il ne faut ni minimiser l’événement, encore moins le tourner en dérision. Il faut apprendre à l’enfant à prendre du recul. Egalement, on n’hésitera pas à rencontrer l’enseignant.”
Au collège, le stress monte d’un cran…
“Plongés dans un environnement inhabituel, les enfants peuvent ressentir beaucoup d’insécurité” souligne Julie Cuilleret. “Peur de se perdre lors des changements de classe, crainte de la foule au sein d’un grand établissement, peur d’être agressé...” La compétition et l’importance accordée aux notes gagnent du terrain. La discipline très stricte est également à l’ordre du jour dans un nombre croissant d’établissements. Si cela rassure certains parents, y voyant là le gage d’un certain ordre et donc d’une certaine sécurité, cela ne manque pas de paniquer les enfants anxieux. “Généralement élèves modèles, ces enfants sont angoissés à l’idée de faire le moindre faux pas et se lèvent le matin avec la peur au ventre, ne pouvant rien avaler. Le soir, la pression reste omniprésente : dès leur retour de l’école, ils se mettent instantanément au travail, en oubliant de jouer, de goûter, de téléphoner aux copains…” Que faire ? “Que l’on reconnaisse ce stress énorme qu’il ressent et que l’on soit compréhensif” recommande la psychologue. Chaque parent dosera sa présence en fonction des signaux que lui envoie son enfant. Et si on l’accompagne bien dès le début, les choses s’améliorent très rapidement.
Le stress des décisions d’orientation
À l’heure des choix d’orientation, le stress s’intensifie. Et les parents n’y sont pas étrangers. Par peur d’un manque de débouchés, certains parents détournent parfois leur enfant de sa vocation. Craignant pour son avenir, ils lui transmettent leurs angoisses… “Je conseillerais aux parents de se recentrer sur eux-mêmes et sur leurs projets personnels. L’important n’est pas que leur enfant aient un Bac + 10, mais qu’il ait une bonne santé physique et psychique.” Le choix d’orientation doit être adapté à l’enfant, et non aux ambitions de ses parents. Pour autant, il faut accompagner son enfant dans toutes les démarches administratives qu’il doit effectuer lors des inscriptions à des concours, des examens, ou dans diverses écoles. “Bien souvent, tout ceci se fait par Internet. Les parents, totalement dépassés, laissent leurs enfants gérer seuls ces choses lourdes de conséquences”. Une responsabilité véritablement stressante, car bien trop lourde pour des épaules d’adolescents.
Julie Murard-Cuilleret, psychologue clinicienne. 38110 La Tour du Pin. Tél : 06 81 63 79 41
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La phobie scolaire
Manifestation extrême du stress scolaire, la phobie scolaire s’est considérablement développée ces dix dernières années, notamment en fin des années collège et au lycée.
Les chiffres sont vagues. Entre 1 et 5 % des enfants scolarisés dans les pays occidentaux… Pouvant aboutir à une déscolarisation partielle voire totale de l’enfant, elle s’exprime au travers de différents symptômes : somatisations, troubles du sommeil, syndromes anxieux, phobies diverses (comme celle du bus qui amène à l’école…), attaques de panique…
Très handicapantes, ces manifestations expriment une peur panique d’aller à l’école.
“Prêt à tout pour ne plus mettre les pieds dans son établissement, l’enfant peut aller très loin : falsifier des documents scolaires administratifs ou encore prétendre que son collège a pris feu” prévient Julie Cuilleret. “La scolarisation à distance ne peut être qu’une solution momentanée, car pour surmonter sa phobie, l’enfant devra s’y confronter. Cette pathologie n’est pas encore reconnue par l’éducation nationale, au même titre, par exemple, que la dyslexie. Ce qui fait qu’aucune solution n’a été encore mise en place pour traiter ce phénomène de plus en plus courant.” déplore la psychologue.
Quelques conseils pour déstresser nos enfants 
• Ne pas faire une fixation sur les notes de son enfant.
• Ne pas oublier de valoriser ses efforts.
• Motiver l’enfant mais sans excès, sous peine de lui mettre la pression.
• Essayer de développer la confiance en soi de son enfant.
• Ne pas céder à la surenchère dans les activités extrascolaires.
• Privilégier une bonne hygiène de vie : sommeil, alimentation, pas trop d’écran notamment le soir…

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